Le robinet ne résume pas tout

Au Burundi, l’eau potable n’est pas seulement une question d’infrastructures. C’est aussi une question de temps perdu, de santé publique et d’équilibre entre villes et campagnes. Dans les zones rurales, la distance jusqu’au point d’eau continue de peser sur les ménages, les écoles et les centres de santé. Les chiffres disponibles montrent d’ailleurs qu’en 2022, 62 % de la population burundaise avait accès à un service d’eau de base, contre 46 % pour l’assainissement de base. Le pays reste donc encore loin d’une couverture universelle.

C’est dans ce contexte que l’exécutif burundais inscrit désormais sa trajectoire hydrique dans la Vision Burundi 2040-2060, un cadre national qui fixe des objectifs précis sur l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement. Le document de référence vise, pour 2040, une hausse nette de l’accès à une source d’eau potable à moins de 30 minutes aller-retour, puis une progression plus large à l’horizon 2060. Le gouvernement ancre ainsi le sujet dans une logique de développement, et non dans une simple réponse d’urgence.

Une cible 2040, une bataille de financement dès maintenant

Le samedi 18 juillet 2026, les autorités burundaises ont réaffirmé leur ambition de porter à 80 % la part de la population ayant accès à l’eau potable et aux services d’assainissement d’ici 2040, avant une couverture universelle en 2060. Cette annonce s’inscrit dans la continuité des engagements déjà portés par le ministère des Finances, du Budget et de l’Économie numérique, qui présente l’eau comme un pilier de l’Objectif 18 de la Vision Burundi 2040-2060.

Quelques jours plus tôt, la délégation burundaise avait pris part au Forum africain de l’eau « Water Forward Africa » à N’Djamena, au Tchad. Selon la Banque mondiale, ce rendez-vous s’inscrivait dans l’initiative Water Forward, lancée en avril 2026 pour améliorer la sécurité hydrique de 400 millions de personnes d’ici 2030. Le forum a réuni des responsables africains autour d’un même constat : sans eau fiable, il devient plus difficile d’avancer sur la santé, l’agriculture, l’industrie et l’emploi.

La présence burundaise était conduite par Francine Inarukundo, secrétaire permanente au ministère des Finances, qui a présenté le Pacte de l’eau 2026-2031. Le texte met l’accent sur trois leviers : le renforcement du cadre réglementaire, le développement des réseaux d’adduction et la mobilisation de financements publics, privés et climatiques. Le gouvernement veut aussi concentrer les investissements sur les écoles et les centres de santé, deux lieux où l’eau conditionne directement l’apprentissage, l’hygiène et la continuité des soins.

Ce que le Burundi cherche à corriger

La cible annoncée dit beaucoup des écarts à combler. D’après les données UNICEF/JMP utilisées pour le suivi des Objectifs de développement durable, le Burundi devait encore composer avec de fortes inégalités entre milieu urbain et rural. Un rapport budgétaire de l’UNICEF Burundi souligne qu’en 2021, 61 % de la population disposait d’une source d’eau améliorée accessible en moins de 30 minutes, contre 90 % en zone urbaine et 57 % en zone rurale. Le même document indique aussi que seulement 6 % des ménages bénéficiaient d’un service d’hygiène de base.

Ces écarts ont des conséquences très concrètes. Dans les villes, la pression porte sur les réseaux, la facturation et la qualité du service. Dans les provinces, le problème reste souvent celui de la proximité, de la saisonnalité et de la vulnérabilité climatique. L’UNICEF Burundi rappelle par ailleurs que 350 000 enfants de moins de 18 ans sont exposés à un risque élevé d’inondation et que 6,6 millions vivent dans un environnement exposé à plusieurs maladies liées à l’eau et au climat. Autrement dit, l’accès à l’eau ne relève pas seulement du confort domestique : il touche la protection de l’enfance, la fréquentation scolaire et la prévention sanitaire.

Le pari du gouvernement burundais repose donc sur un enchaînement précis : mieux réglementer, mieux financer, puis mieux déployer. Le secteur a déjà commencé à se structurer avec le Projet d’Accès à l’Eau Potable et à l’Assainissement au Burundi, financé par l’Association internationale de développement à hauteur de 80 millions de dollars. Ce type de programme montre que la question ne se résume pas à bâtir des forages. Il faut aussi organiser la maintenance, le raccordement, la gouvernance locale et la capacité à suivre les ouvrages sur la durée.

Le Pacte de l’eau 2026-2031 ajoute une dimension importante : la recherche de financements climatiques et de partenariats public-privé. Ce choix traduit une réalité budgétaire. Les besoins dépassent les marges d’action d’un seul ministère. Il faut donc articuler l’État, les collectivités, les bailleurs, les opérateurs et les communautés locales. Dans un pays où l’économie informelle reste largement exposée aux coupures d’eau, cette coordination compte autant que les tuyaux eux-mêmes.

Une annonce burundaise qui résonne à l’échelle de l’Afrique de l’Est

Le Burundi ne parle pas seul. Dans la région, la pression sur la ressource hydrique monte avec la croissance démographique, l’urbanisation et les chocs climatiques. À l’échelle continentale, les partenaires du développement rappellent que des milliards de personnes manquent encore d’eau ou d’assainissement sûrs. Le chantier burundais rejoint donc un débat plus large : comment passer d’une logique de projets ponctuels à une politique de service public soutenable ?

Pour le Burundi, l’enjeu est aussi institutionnel. Une cible à 80 % en 2040 oblige à tenir un calendrier, à publier des résultats intermédiaires et à vérifier si les investissements arrivent réellement dans les communes, les écoles et les centres de santé. La lecture africaine du dossier est là : la réussite ne se mesure pas à l’annonce, mais à la continuité du service. Dans la logique de la Communauté d’Afrique de l’Est, dont le Burundi est membre, l’eau devient ainsi un marqueur de souveraineté pratique, de résilience climatique et de crédibilité des politiques publiques.