À Ouagadougou, la réponse pénale à la crise sécuritaire change de cap. Le Burkina Faso réintroduit la peine capitale dans son droit pour plusieurs infractions, une décision qui relance une question centrale : jusqu’où la justice peut-elle durcir les sanctions sans fragiliser les garanties judiciaires ?

Une rupture dans la trajectoire judiciaire

Le mardi 20 octobre 2026, les 71 membres de l’Assemblée législative du peuple (ALP) ont adopté à l’unanimité le nouveau Code pénal, selon les autorités burkinabè. Le texte rétablit la peine de mort pour certains actes liés au terrorisme, ainsi que pour l’espionnage, la trahison et le parricide. Il prévoit aussi cette sanction dans le cas de l’importation de produits périmés ou interdits ayant causé des décès. Le compte rendu du vote et les infractions retenues a été corroboré par le média burkinabè Espoir Info.

Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a défendu la réforme comme un moyen de renforcer la lutte contre les groupes armés. Il a déclaré que les auteurs et complices d’actes terroristes seraient concernés. Le projet avait été approuvé en Conseil des ministres le 4 décembre 2025, avant son examen parlementaire. Le gouvernement prévoit de faire connaître le nouveau texte, notamment par des traductions dans les langues nationales.

Ce changement rompt avec le Code pénal adopté en 2018, qui avait supprimé la peine de mort pour les crimes de droit commun. La dernière exécution recensée dans le pays remonte à 1988. La peine capitale n’était donc plus appliquée depuis des décennies, avant même son abolition légale. Amnesty International rappelle le jalon de 2018 et la dernière exécution connue.

Sécurité, justice et contexte régional

La réforme intervient alors que les autorités cherchent à reprendre le contrôle de territoires affectés par les violences. Mais le classement du Burkina Faso dans les indices internationaux doit être daté avec précision : le Global Terrorism Index 2025 plaçait le pays au premier rang pour l’année précédente, tandis que son édition 2026 le classe deuxième pour l’année 2025. Ce recul dans le classement ne signifie pas que la crise est résolue. L’édition 2025 du rapport et son édition 2026 présentent ces deux années de référence.

Le cadre régional a lui aussi évolué. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), retrait devenu effectif le 29 janvier 2025. Ils ont constitué l’Alliance des États du Sahel (AES), une coopération entre ces trois pays. Cette nouvelle architecture pèse sur la coordination régionale en matière de sécurité et de justice. La CEDEAO a confirmé la date d’effet du retrait.

La priorité sécuritaire apparaît également dans les finances publiques. Le budget burkinabè de 2026 prévoit 707,89 milliards de francs CFA pour le secteur « Défense et Sécurité », soit 24,87 % des ressources propres de l’État, selon le ministère des Finances. Cette enveloppe mesure l’importance accordée à l’effort sécuritaire ; elle ne permet pas, à elle seule, de juger de son efficacité ni de ses effets sur les services publics. Le ministère des Finances détaille les crédits votés.

Une sanction lourde, des questions de garanties

Pour les autorités, la peine capitale doit accroître le coût pénal des actes terroristes. Le ministre a aussi avancé que les groupes armés utiliseraient la perspective de la prison à vie pour recruter. Cette explication relève du gouvernement. Les éléments consultés ne permettent pas d’établir que le rétablissement de la peine de mort réduira les recrutements ou les attaques.

La portée concrète du texte dépendra de sa mise en œuvre : définition des infractions, qualité des enquêtes, accès à une défense, indépendance des juridictions et procédures d’appel. Ces garanties deviennent particulièrement importantes lorsque la sanction est irréversible. Les habitants des zones touchées par les violences, les personnes soupçonnées de complicité et leurs familles pourraient être directement concernés par la manière dont les autorités appliqueront la loi.

Le gouvernement entend diffuser le Code dans les langues nationales. Cette mesure peut aider les citoyens à connaître les règles, à condition que les traductions soient accessibles et fidèles au texte juridique. Elle ne remplace toutefois ni l’information sur les droits de la défense ni la possibilité de contester une accusation devant un tribunal.

Un signal suivi au Sahel et sur le continent

La décision burkinabè sera observée dans un Sahel où les États confrontés aux groupes armés réorganisent leurs politiques de sécurité et leurs alliances. Elle intervient aussi dans un contexte de débats plus larges sur la place de la peine capitale dans les systèmes judiciaires africains. Le Burkina Faso avait suivi en 2018 une trajectoire abolitionniste de droit ; le nouveau Code inverse ce choix pour des catégories précises d’infractions.

La prochaine étape sera l’application du texte et la publication de ses dispositions complètes. Il faudra notamment vérifier comment les juges interpréteront les infractions visées et quelles garanties procédurales accompagneront les poursuites. À l’échelle régionale, le retrait de la CEDEAO et le rapprochement au sein de l’AES continueront, eux aussi, de façonner les échanges institutionnels entre Ouagadougou, Bamako et Niamey.