Un axe routier qui dépasse la simple chaussée

Entre Cotonou et le nord du Bénin, la route n’est pas seulement un ruban d’asphalte. Elle porte les marchandises, les chauffeurs, les formalités douanières et, souvent, l’équilibre économique de plusieurs villes relais. Quand un corridor se grippe, ce sont les délais, les prix et la sécurité routière qui se dérèglent en chaîne.

C’est dans ce contexte que le projet de reconstruction de la section Setto-Dassa-Zoumè revient au premier plan. Cette portion s’inscrit dans l’axe Cotonou-Bohicon-Dassa-Savè-Parakou-Kandi-Malanville, l’une des grandes artères inter-États du Bénin, et dans le corridor Cotonou-Niamey, vital pour les échanges avec le Sahel. À l’échelle régionale, il s’agit d’un enjeu de connectivité ouest-africaine, donc d’intégration économique, pas d’un simple chantier local.

Ce que le Bénin prépare réellement

Réuni à Cotonou le jeudi 16 juillet 2026, le conseil d’administration du MCA-Bénin régional a indiqué que les conditions préalables au démarrage des travaux étaient désormais réunies. Le programme régional de transport du Compact Bénin-Niger avait été signé en décembre 2022 et lancé en août 2023 côté béninois, avec un budget annoncé de 202 millions de dollars pour la composante Bénin.

Dans les documents du projet, l’intervention béninoise a d’abord visé environ 83 kilomètres entre Bohicon et Dassa-Zoumè. Les mises à jour publiées par le Millennium Challenge Corporation font ensuite état d’un ajustement du périmètre à 77 kilomètres entre Bohicon et Dassa, tout en maintenant l’objectif central : moderniser un tronçon stratégique, améliorer la sécurité et fluidifier le trafic des poids lourds. Le basculement de 83 à 77 kilomètres montre que le dossier a évolué techniquement, sans changer de logique de fond.

Le projet régional initial devait aussi couvrir le Niger, avec une réhabilitation de 127 kilomètres entre Dosso et Niamey. Mais après le coup d’État de juillet 2023, Washington a d’abord suspendu les préparatifs sur la composante nigérienne, puis l’aide au Niger a été suspendue en septembre 2023 avant une fin de partenariat annoncée plus tard. Le chantier béninois, lui, a continué sa maturation.

Pourquoi cette route pèse sur l’économie béninoise

Au Bénin, l’enjeu dépasse la seule circulation intérieure. Le port de Cotonou sert de plateforme de transit pour une partie importante des flux vers le Niger. Lorsque la frontière bénino-nigérienne a été fermée après la crise de 2023, les chaînes logistiques ont été perturbées des deux côtés. Le Fonds monétaire international signalait déjà que la fermeture de cette frontière pesait sur le trafic de transit au port de Cotonou et sur les recettes liées à la revente régionale.

Pour les transporteurs, la modernisation de Setto-Dassa-Zoumè peut réduire les ruptures de charge, les temps d’attente et les accidents. Pour les commerçants, elle peut aussi améliorer la prévisibilité des acheminements entre le sud, le centre et le nord du pays. Pour l’État béninois, elle soutient une stratégie plus large : faire du corridor un atout de compétitivité face aux autres ports du golfe de Guinée.

Cette logique intéresse aussi les zones traversées. Bohicon joue un rôle de carrefour commercial dans le département du Zou. Dassa-Zoumè, dans les Collines, se trouve au croisement de plusieurs mobilités régionales. Les populations de ces espaces ne lisent pas un projet routier comme un tableau comptable ; elles le mesurent en temps de trajet, en coût de transport, en accès aux marchés et en niveau de risque sur la route.

Le dossier béninois dans un moment régional plus large

Le timing compte. Depuis juin 2026, Cotonou et Niamey ont relancé des discussions sur la réouverture de leur frontière commune et sur la reprise de la coopération bilatérale. L’APA a rapporté des avancées sur les volets sécuritaire, juridique et commercial, ainsi qu’un communiqué conjoint allant dans le sens d’un dégel. Dans le même temps, des acteurs du transport maritime ont aussi évoqué la reprise de certains flux vers le Niger via Cotonou.

Autrement dit, l’infrastructure retrouve de la valeur au moment même où la diplomatie tente de réparer les circuits coupés. En Afrique de l’Ouest, les routes comptent autant que les notes diplomatiques. Elles matérialisent la confiance, ou son absence. Pour le Bénin, qui appartient à la CEDEAO, le défi est clair : transformer une route modernisée en levier de résilience économique, même lorsque le voisinage politique reste instable.

La portée continentale est là. Le chantier Setto-Dassa-Zoumè illustre une tendance de fond en Afrique de l’Ouest : les États cherchent désormais à sécuriser leurs corridors commerciaux au lieu de miser uniquement sur les capitales et les ports. Dans cette lecture, le Bénin, avec Porto-Novo comme capitale administrative et Cotonou comme poumon logistique, confirme qu’une politique d’infrastructures bien ciblée peut peser sur l’intégration régionale autant qu’un sommet. Reste à voir si le démarrage annoncé se traduira vite sur le terrain, et si la normalisation avec le Niger permettra de redonner au corridor Cotonou-Niamey toute sa fonctionnalité.