Le scrutin du 23 septembre ouvre une nouvelle phase politique au Maroc. Le Parti Authenticité et Modernité (PAM) arrive en tête, mais il devra transformer son avance électorale en majorité parlementaire. Avec 97 sièges sur 395, il lui manque encore 101 élus pour atteindre le seuil de 198 sièges.
Un Parlement fragmenté après le vote du 23 septembre
Les résultats provisoires annoncés dans la nuit du mercredi 23 au jeudi 24 septembre 2026 placent le PAM en première position à la Chambre des représentants. Le parti obtient 97 sièges, selon les chiffres communiqués par le ministre marocain de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) arrive deuxième avec 66 sièges. Il est suivi de très près par le Parti de l’Istiqlal (PI), qui en décroche 65. Le Parti de la justice et du développement (PJD) revient à la quatrième place avec 54 élus.
Le Mouvement populaire obtient 29 sièges. L’Union socialiste des forces populaires en remporte 26. Le Parti du progrès et du socialisme dispose de 19 élus, tandis que l’Union constitutionnelle en obtient 17.
Le Mouvement démocratique et social et l’Alliance de la gauche recueillent chacun huit sièges. Quatre autres formations se partagent les six sièges restants : le Front des forces démocratiques et le Parti de l’Équité en obtiennent deux chacun, tandis que le Parti des néo-démocrates et le Parti de l’Unité et de la Démocratie en décrochent un chacun.
Ces données restent provisoires. Elles dessinent toutefois une Chambre sans force dominante. Même en additionnant ses sièges à ceux du RNI et de l’Istiqlal, le PAM atteindrait 228 députés. Cette configuration donnerait une majorité au bloc formé par les trois partis de la coalition sortante, mais elle supposerait un nouvel accord politique entre des formations désormais concurrentes.
Le PAM en tête, mais pas seul maître du jeu
Le résultat du PAM lui donne un avantage institutionnel important. L’article 47 de la Constitution marocaine prévoit que le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. La première responsabilité revient donc au PAM : proposer une équipe capable d’obtenir la confiance de la Chambre.
Cette règle ne transforme pas pour autant la première place en pouvoir solitaire. Le gouvernement doit présenter son programme devant les deux Chambres du Parlement, puis obtenir la confiance de la majorité absolue des membres de la Chambre des représentants. Le futur chef du gouvernement devra donc négocier rapidement avec plusieurs partenaires.
Le RNI et l’Istiqlal disposent d’un poids suffisant pour devenir les pivots de la prochaine majorité. Leur rapprochement avec le PAM offrirait une solution relativement lisible, dans la continuité de la coalition précédente. Cependant, les rapports de force ont changé. Le RNI, qui dominait la Chambre après les législatives de 2021, recule nettement dans les résultats provisoires de 2026. Le PAM devient, à l’inverse, la première force parlementaire.
Les discussions pourraient aussi concerner le Mouvement populaire, l’Union socialiste des forces populaires et le Parti du progrès et du socialisme. Leur participation élargirait la base parlementaire du prochain gouvernement. En contrepartie, elle rendrait les arbitrages plus complexes sur la répartition des portefeuilles et les priorités du programme gouvernemental.
Une participation en baisse, avec des écarts territoriaux
Le taux de participation atteint 38,08 % au niveau national, contre 50,86 % en 2021 et 42,27 % en 2016, selon les données communiquées par le ministère de l’Intérieur. Près de six millions d’électeurs ont participé au scrutin du 23 septembre.
Cette baisse constitue l’un des faits politiques majeurs de l’élection. Elle relativise la portée du rapport de force entre les partis. Les résultats traduisent le choix des votants, mais aussi la distance persistante entre une partie de la population et les institutions électives.
La participation n’a toutefois pas évolué de manière uniforme. Les autorités marocaines font état de taux nettement plus élevés dans plusieurs régions du Sud : 77 % à Laâyoune-Sakia El Hamra, 53,48 % à Guelmim-Oued Noun et 61 % à Dakhla-Oued Eddahab. Ces écarts rappellent que la mobilisation électorale varie fortement selon les territoires, les réseaux locaux et les enjeux perçus par les habitants.
Le nombre d’inscrits s’établit à 15 801 162 personnes, dont 46 % de femmes. La prochaine législature devra donc répondre à une attente de représentation plus large, notamment chez les jeunes, les femmes et les habitants des zones moins connectées aux centres économiques du pays.
Emploi, pouvoir d’achat et protection sociale au cœur des attentes
La future majorité devra d’abord traiter des sujets qui touchent directement les ménages. L’emploi des jeunes reste central, alors que les écarts entre les grandes villes, les petites agglomérations et les zones rurales compliquent l’accès aux revenus stables.
Le pouvoir d’achat pèsera également sur la relation entre le gouvernement et la population. Les hausses de prix, le coût du logement et les dépenses liées à la santé ou à l’éducation constituent des préoccupations concrètes. Elles exigent des mesures lisibles, mais aussi une capacité d’exécution dans la durée.
La protection sociale représente un autre chantier majeur. Sa généralisation nécessite une coordination entre l’administration, les collectivités territoriales et les acteurs économiques. Elle devra également tenir compte de la diversité des situations entre l’économie formelle, le travail indépendant et les activités informelles.
Le prochain gouvernement devra enfin soutenir l’investissement et l’entrepreneuriat sans concentrer les bénéfices de la croissance sur l’axe Casablanca-Rabat. La réduction des disparités territoriales sera déterminante pour mesurer l’efficacité de la nouvelle législature.
Une échéance nationale inscrite dans une ambition régionale
La formation du gouvernement interviendra dans une période stratégique pour le Maroc. Le pays poursuit plusieurs projets d’infrastructures et prépare la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Ces investissements peuvent renforcer l’activité, l’emploi et l’attractivité des territoires. Ils feront aussi naître des attentes sur la transparence, la répartition des retombées et l’accès des entreprises marocaines aux marchés concernés.
À l’échelle nord-africaine, le scrutin confirme le poids des institutions nationales dans un environnement régional marqué par la fragmentation de l’Union du Maghreb arabe. Le Maroc cherche parallèlement à consolider ses partenariats économiques et diplomatiques sur le continent, notamment en Afrique de l’Ouest. La stabilité de sa gouvernance intérieure pèsera donc sur sa capacité à porter cette politique.
La prochaine étape sera la désignation du chef du gouvernement issu du PAM, puis la conclusion des accords de coalition. Le principal indicateur à surveiller ne sera pas seulement la composition de l’exécutif. Ce sera aussi la cohérence du programme présenté devant la Chambre des représentants et la capacité de la majorité à répondre aux attentes révélées par la faible participation.