À Zalambessa, chaque mouvement de troupes dépasse l’enjeu d’un poste-frontière. Cette localité du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, se trouve sur un axe stratégique vers l’Érythrée. Son contrôle intervient alors que les combats ont repris entre forces fédérales et groupes tigréens, ravivant le risque d’un affrontement entre États voisins.
Une frontière au cœur de la reprise des combats
Le 13 octobre 2026, des troupes gouvernementales éthiopiennes ont atteint Zalambessa, selon six sources citées par Reuters, dont des personnes en contact avec des habitants et un spécialiste du conflit. Mais leur présence ne suffit pas à établir qui contrôlait la ville juste avant leur arrivée, ni si des combattants érythréens ou tigréens s’y trouvaient encore.
Le groupe de suivi des conflits ACLED a rapporté que des soldats érythréens, auparavant déployés le long de l’axe Zalambessa-Fatsi, s’étaient retirés vers l’Érythrée en passant par Zalambessa le 12 octobre. Des témoins ont aussi signalé l’avancée de véhicules militaires éthiopiens depuis Adigrat. Ces éléments éclairent la progression, sans lever toutes les incertitudes sur les forces présentes dans la zone.
Cette prudence importe. Le 8 octobre, l’Associated Press indiquait que des responsables alliés au gouvernement éthiopien et ACLED faisaient état d’incursions érythréennes dans le Tigré. L’agence précisait ne pas avoir pu vérifier indépendamment ces récits. Asmara et Addis-Abeba s’accusent mutuellement d’alimenter l’instabilité, tandis que les affirmations sur les mouvements militaires restent difficiles à confirmer sur le terrain.
La reprise des affrontements remonte au 23 septembre, selon les informations rapportées par la presse internationale. Le Front de libération du peuple du Tigré, ou TPLF, est à nouveau engagé dans des combats avec les forces fédérales et leurs alliés. L’armée et les forces progouvernementales ont repris plusieurs localités, dont Mekelle, capitale régionale, après le retrait annoncé de groupes opposés au gouvernement.
Des relations éthiopiennes-érythréennes à nouveau sous tension
Zalambessa porte les traces d’une frontière disputée. La guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée, de 1998 à 2000, a profondément marqué la région. En 2018, les deux pays avaient renoué leurs relations après des années de confrontation. Mais leur rapprochement n’a pas réglé les tensions politiques et sécuritaires qui traversent la Corne de l’Afrique.
Un autre précédent pèse sur la situation : la guerre du Tigré de 2020 à 2022. À l’époque, les forces érythréennes avaient combattu aux côtés de l’armée fédérale éthiopienne contre le TPLF. L’accord signé à Pretoria, en Afrique du Sud, a mis fin aux principaux combats entre les parties éthiopiennes, sans inclure l’Érythrée parmi ses signataires. La reprise des hostilités menace donc un équilibre déjà fragile.
Les accusations actuelles se croisent. Addis-Abeba affirme que l’Érythrée soutient ses adversaires et a envoyé des soldats sur le territoire éthiopien. Asmara a rejeté des accusations antérieures de soutien au TPLF. Dans ce contexte, les mouvements de troupes près de la frontière peuvent alimenter une escalade, mais ils ne prouvent pas, à eux seuls, une intention d’attaquer le pays voisin.
La question de l’accès éthiopien à la mer Rouge contribue aussi aux crispations. Pays enclavé, l’Éthiopie dépend de routes passant par des États voisins pour accéder aux ports. Le Premier ministre Abiy Ahmed a défendu la nécessité d’obtenir un accès maritime. Cette ambition nourrit les inquiétudes régionales, mais ne permet pas de conclure que la progression vers Zalambessa annonce une offensive en Érythrée.
Pour les habitants, la sécurité et les services restent en jeu
Pour les habitants du Tigré, la ligne de front n’est pas une abstraction. Les changements de contrôle peuvent perturber les déplacements, l’approvisionnement et l’accès aux services. L’AP a rapporté que des résidents de Mekelle évoquaient des banques fermées, des pénuries alimentaires et des difficultés à obtenir des soins. Ces témoignages décrivent des pressions concrètes, mais ne constituent pas un bilan complet de la situation dans toute la région.
Les conséquences sont aussi différentes selon les lieux et les activités. Les habitants des villes proches des combats peuvent subir des restrictions de circulation et des ruptures de services. Dans les zones rurales, l’insécurité complique les déplacements vers les marchés et les centres de santé. Commerçants, agriculteurs et travailleurs du secteur informel dépendent fortement de routes qui peuvent devenir impraticables ou dangereuses.
À Addis-Abeba, le gouvernement doit gérer simultanément la sécurité nationale, les relations avec Asmara et la contestation dans le nord. Pour les autorités régionales du Tigré, le contrôle du territoire et la représentation politique restent des enjeux centraux. Quant aux populations, elles ont besoin d’informations fiables et d’un accès humanitaire régulier, indépendamment de l’évolution militaire.
Un enjeu pour la Corne de l’Afrique
La situation concerne aussi l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, organisation régionale de l’Afrique de l’Est chargée notamment de promouvoir coopération et stabilité. Une confrontation entre l’Éthiopie et l’Érythrée aurait des répercussions au-delà du Tigré, dans une région où les frontières, les alliances politiques et les routes commerciales sont étroitement liées.
Pour l’Union africaine, dont le siège se trouve à Addis-Abeba, la priorité immédiate est d’éviter que les accusations réciproques et les avancées militaires ne ferment la voie à la diplomatie. L’accord de Pretoria rappelle qu’une sortie politique est possible, mais son application reste déterminante pour la sécurité des civils et la réconciliation au Tigré.
Les prochains éléments à surveiller sont donc précis : qui contrôle effectivement Zalambessa, si les forces érythréennes se sont retirées du territoire éthiopien, et si des canaux de dialogue restent ouverts. Pour l’heure, l’arrivée de troupes fédérales dans la ville est rapportée par plusieurs sources, tandis que la présence et les intentions des autres forces dans la zone ne sont pas entièrement établies.
Sources consultées : dépêche Reuters sur l’arrivée des forces éthiopiennes à Zalambessa, Associated Press sur les signalements d’incursions érythréennes, chronologie d’ACLED sur les mouvements militaires dans le Tigré, Associated Press sur la reprise de Mekelle et l’accord de paix, document de l’IGAD sur les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée.