Un malade peut franchir plusieurs frontières avant que son infection soit identifiée. Le décès, le 5 octobre 2026, d’un ressortissant kényan diagnostiqué après son arrivée à Nairobi rappelle que la riposte contre Ebola dépend autant des soins locaux que de la circulation rapide de l’information entre pays.

Une épidémie étendue dans l’est de la RDC

Déclarée le 15 mai en Ituri, la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est causée par le virus Bundibugyo. Cette souche, moins fréquente que celle de Zaïre, ne dispose actuellement ni d’un vaccin approuvé ni d’un traitement spécifique validé. Les soins de soutien, le dépistage rapide et la prévention des transmissions restent donc essentiels.

Au 6 octobre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recensait 8 728 cas confirmés et 4 205 décès en RDC. Les cas étaient répartis dans 64 zones de santé de sept provinces : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uele, Bas-Uele, Tshopo et Sud-Ubangi. L’Ituri restait le principal foyer, tandis que le Nord-Kivu enregistrait une progression préoccupante. Ces chiffres, également publiés dans les rapports quotidiens du ministère congolais de la Santé, dépassent le bilan communiqué à la mi-septembre par le Comité international de la Croix-Rouge.

La géographie complique les opérations. Dans l’est, les violences armées, les déplacements de population et les longues distances rendent certaines localités difficiles d’accès. Les ménages, les soignants et les équipes chargées du suivi des contacts ne rencontrent pas les mêmes obstacles : les régions rurales isolées manquent de services proches, tandis que les villes et les axes de transport multiplient les déplacements et les contacts.

Détecter plus vite, suivre les contacts

À Kinshasa, le ministère de la Santé coordonne la réponse nationale avec l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), les autorités provinciales et des partenaires, dont l’OMS et Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine. Sur le terrain, la riposte combine surveillance, tests en laboratoire, prise en charge, prévention des infections, mobilisation communautaire et enterrements sécurisés.

La décentralisation des tests constitue un progrès concret. Au début de l’épidémie, des échantillons devaient être acheminés jusqu’à Kinshasa pour caractériser le virus. Des équipements installés notamment à Mongbwalu et Bunia peuvent désormais produire certains résultats en moins d’une heure. L’OMS indique que la capacité quotidienne de dépistage à Bunia et Mongbwalu est passée de 30 à 80 tests. Ce gain réduit les délais, mais ne remplace ni les équipes de terrain ni l’accès régulier aux soins.

Le suivi des personnes exposées demeure un point faible. Selon l’OMS, 23 741 contacts sur 29 535 étaient suivis au 4 octobre, soit 80,4 %, en dessous de l’objectif opérationnel de 85 %. La même organisation rapporte que 264 des 372 décès récents dont le lieu était précisé sont survenus dans les communautés plutôt que dans des centres de traitement. Ces indicateurs suggèrent que des malades échappent encore à l’identification ou accèdent tardivement aux soins.

Les équipes doivent aussi protéger leurs propres membres. L’évacuation médicale, le 1er octobre, d’un soignant infecté alors qu’il travaillait à la riposte en RDC souligne ce risque. La disponibilité des équipements de protection, leur usage correct et l’application des protocoles dans les structures de santé sont des conditions de sécurité, mais aussi de continuité des services pour les autres patients.

La confiance des communautés, une condition opérationnelle

Les dispositifs techniques ne suffisent pas si les habitants ne peuvent ou ne souhaitent pas signaler les symptômes, accueillir les équipes ou se rendre dans un centre de soins. Les rumeurs et la méfiance compliquent la surveillance. L’information doit donc être compréhensible, diffusée dans les langues locales et portée par des interlocuteurs connus des communautés. Les volontaires de la Croix-Rouge de la RDC contribuent notamment à la sensibilisation et à l’organisation d’enterrements dignes et sécurisés.

La Première ministre Judith Suminwa a annoncé le 7 octobre un renforcement de la protection des équipes, de la surveillance et de la communication. Le gouvernement a également indiqué qu’un poste sanitaire contrôlait les embarcations sur le fleuve Congo, à environ 65 kilomètres de Kinshasa. À cette date, les autorités affirmaient qu’aucun cas n’avait été enregistré dans la capitale. Cette déclaration officielle ne signifie pas que la vigilance peut être relâchée.

Le décès au Kenya illustre le défi transfrontalier. Selon l’OMS, le patient avait séjourné en RDC, rejoint Kampala par la route, puis voyagé par avion jusqu’à Nairobi, où il est arrivé le 3 octobre. Les autorités sanitaires kényanes et ougandaises ont lancé le suivi des contacts, notamment parmi les voyageurs. L’épisode appelle à une coordination régionale des alertes et des enquêtes, sans transformer les frontières en substitut au dépistage et aux soins.

Un enjeu pour l’Afrique centrale et le continent

La RDC appartient à plusieurs espaces régionaux, dont la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), qui rassemble des pays voisins appelés à coopérer face aux risques sanitaires. Mais les trajets vers l’Ouganda et le Kenya montrent que les échanges humains dépassent les frontières de l’Afrique centrale. Africa CDC et l’OMS ont annoncé un plan continental de préparation et de réponse au virus Bundibugyo, afin de soutenir la coordination et la préparation des pays exposés.

Pour les autorités congolaises, le défi immédiat est de mieux repérer les cas dans les provinces touchées et de maintenir les soins ordinaires. Pour les habitants, l’enjeu est l’accès rapide à un diagnostic et à une prise en charge digne. Pour les pays voisins, il s’agit de partager les alertes sans entraver inutilement les déplacements. Le financement durable, les moyens destinés aux équipes de première ligne et la capacité des laboratoires resteront déterminants à mesure que l’épidémie évolue.

Sources de suivi : point épidémiologique de l’OMS du 8 octobre 2026, rapports de situation du ministère congolais de la Santé, informations du CICR sur l’épidémie en RDC, reportage de l’OMS Afrique sur les laboratoires décentralisés, enquête de l’Associated Press sur les difficultés de la riposte et communication de la Primature congolaise.