À Yaoundé, la Francophonie parlementaire a quitté le terrain des formules

Dans les salles de Yaoundé, la question n’était pas seulement de savoir comment parler entre parlementaires francophones. Elle était surtout de savoir ce que cette parole peut produire, concrètement, pour des pays qui affrontent des urgences très différentes mais souvent liées. La 51e session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie s’est tenue dans la capitale camerounaise du 7 au 12 juillet 2026, avec une plénière annoncée les 10 et 11 juillet et des travaux préparatoires ouverts dès le 7 juillet.

Le Cameroun a accueilli plus de 300 parlementaires venus de 42 sections de l’espace francophone. Le rendez-vous était organisé par la section camerounaise de l’APF, au Parlement de Yaoundé, avec la participation d’institutions partenaires et d’une 11e édition du Parlement francophone des jeunes. Ce format dit beaucoup du moment : la Francophonie parlementaire veut désormais se montrer utile, visible et reliée aux réalités locales, pas seulement cérémonielle.

Le Cameroun, carrefour francophone et vitrine de l’Afrique centrale

Le choix de Yaoundé n’a rien d’anodin. La capitale camerounaise a déjà accueilli la 30e Assemblée régionale Afrique de l’APF en mai 2024, puis plusieurs grandes rencontres internationales, ce qui confirme son rôle de plateforme diplomatique en Afrique centrale. Le pays est par ailleurs l’un des six États membres de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, aux côtés du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine et du Tchad.

Cette inscription régionale compte. En Afrique centrale, les débats sur l’intégration économique, la circulation des personnes, la stabilité politique et les politiques publiques locales se croisent sans cesse. Une enceinte parlementaire francophone installée à Yaoundé parle donc autant à la sphère nationale camerounaise qu’au reste de la sous-région. Elle se situe aussi dans un contexte où la CEMAC publie régulièrement des notes sur l’inflation, la gouvernance économique et les tensions sanitaires ou environnementales, preuve que les priorités sont autant techniques que politiques.

Des résolutions et des priorités très concrètes

À Yaoundé, les parlementaires francophones ont travaillé sur des sujets très concrets : gouvernance démocratique, éthique parlementaire, protection des lanceurs d’alerte, agriculture résiliente face aux changements climatiques, climat des affaires et autonomisation économique des femmes. Ces thèmes figuraient dans les documents de préparation de l’APF et dans les travaux de ses commissions permanentes.

La session a aussi donné lieu à des résolutions sur des situations politiques suivies de longue date par l’APF, notamment au Cambodge et au Liban. L’organisation parlementaire a réaffirmé son attachement à l’intégrité territoriale, à la souveraineté et à la résolution pacifique des différends. Elle a également rappelé, dans le cas libanais, sa disponibilité à accompagner un retour à des élections libres, transparentes et inclusives lorsque les conditions le permettront.

Sur le climat, l’enjeu n’est plus théorique. L’APF a inscrit dans ses travaux l’agriculture résiliente aux changements climatiques, signe qu’elle lie désormais la discussion institutionnelle à la sécurité alimentaire, aux revenus ruraux et à la stabilité sociale. Dans un pays comme le Cameroun, où l’agriculture structure encore une grande partie de l’économie réelle, cette orientation parle autant aux exploitants qu’aux collectivités locales et aux marchés urbains.

Ce que change la “diplomatie des territoires”

L’un des apports les plus intéressants de cette session tient à la manière de penser la coopération. La Francophonie parlementaire ne se limite plus à des échanges entre exécutifs ou à des déclarations de principe. Elle cherche aussi à relier villes, régions, universités et administrations de proximité. Cette logique de “diplomatie des territoires” est cohérente avec la façon dont les politiques publiques se fabriquent aujourd’hui : dans les communes, les provinces, les hémicycles, les services techniques et les réseaux de formation.

Pour le Camerounais moyen, l’intérêt n’est pas abstrait. Une coopération plus dense entre territoires peut toucher la formation, l’agronomie, la gestion locale, la transition écologique ou l’innovation économique. Pour les autorités, elle ouvre une voie complémentaire à la diplomatie classique. Pour les élus locaux, elle peut offrir des échanges de méthodes et d’outils. Pour les zones rurales, elle peut soutenir des solutions adaptées aux réalités de terrain, loin des grandes annonces sans suivi.

Cette approche trouve un écho particulier dans l’espace CEMAC, où les défis de mobilité, de fiscalité, de développement des infrastructures et de confiance institutionnelle dépassent largement les frontières nationales. En reliant le niveau parlementaire, le niveau local et le niveau régional, la session de Yaoundé a montré que la solidarité francophone peut devenir un outil de méthode, pas seulement un registre d’affichage.

Une portée qui dépasse le seul rendez-vous de juillet

La portée de cette session se mesure aussi à ce qu’elle annonce pour la suite. L’APF a clairement fixé ses prochains chantiers : gouvernance démocratique, éthique, déontologie, protection des lanceurs d’alerte, mais aussi coopération entre commissions et réseaux. Ces sujets dépassent le seul espace francophone ; ils rejoignent des débats plus larges, portés aussi bien à l’Union interparlementaire qu’au sein des organisations régionales africaines.

À Yaoundé, le Cameroun a donc joué un rôle utile : celui d’un pays hôte qui transforme une réunion parlementaire en plateforme de discussions sur la démocratie, le climat, le développement local et la sécurité des institutions. Dans une Afrique centrale souvent réduite à ses tensions, cette séquence rappelle autre chose : la construction politique passe aussi par des mécanismes discrets, des coopérations utiles et des réseaux capables de produire du concret. C’est là que la Francophonie parlementaire sera jugée, désormais : à ce qu’elle aide réellement à faire, et non plus seulement à ce qu’elle promet.