À São Tomé, l’enjeu ne se limite pas au parti arrivé en tête. Le scrutin du 27 septembre 2026 ouvre surtout une période de négociations, alors que le rapport de forces reste très serré entre les deux principales formations politiques.

Un résultat qui renverse l’équilibre de 2022

Le Mouvement de libération de São Tomé-et-Príncipe – Parti social-démocrate (MLSTP/PSD) a obtenu le plus grand nombre de voix lors des élections législatives, selon les résultats provisoires annoncés par la Commission électorale nationale. Le parti a recueilli 17 551 suffrages, contre 17 184 pour l’Action démocratique indépendante (ADI), soit un écart de 367 voix.

Le scrutin s’est déroulé le dimanche 27 septembre 2026 dans cet archipel lusophone du golfe de Guinée. La Commission électorale nationale a toutefois précisé que l’attribution définitive des sièges relevait du Tribunal constitutionnel. Les chiffres annoncés doivent donc encore être distingués de la proclamation officielle des mandats.

Les premières projections placent le MLSTP/PSD et l’ADI au coude-à-coude dans une Assemblée nationale composée de 55 députés. Le mouvement Basta et la coalition Mouvement des citoyens indépendants – Parti socialiste – Parti de l’unité nationale (MCI-PUN) complètent le paysage parlementaire, avec respectivement 4 410 et 4 142 voix. D’autres formations, dont Nossa Terra, le Parti de convergence démocratique et le MDFM, restent nettement derrière.

Cette configuration marque un changement par rapport aux législatives du 25 septembre 2022. L’ADI avait alors remporté 30 sièges sur 55 et disposait de la majorité absolue. Le MLSTP/PSD en avait obtenu 18, tandis que le MCI-PS/PUN et Basta avaient recueilli respectivement cinq et deux sièges, selon les archives parlementaires.

Le retour du MLSTP/PSD en tête des suffrages ne signifie donc pas encore qu’il pourra gouverner seul. Dans une chambre de 55 membres, la majorité absolue commence à 28 sièges. La composition définitive dépendra du décompte validé par les institutions compétentes, notamment pour les sièges de la diaspora.

Le choix des petits partis pèsera sur le prochain gouvernement

Le système politique santoméen donne au président un rôle central dans la nomination du gouvernement. Toutefois, l’exécutif doit pouvoir obtenir le soutien de l’Assemblée nationale. Sans accord de coalition ou soutien parlementaire durable, le parti arrivé en tête risque donc de gouverner sous pression.

Les formations de taille moyenne pourraient devenir les arbitres de la prochaine majorité. Leur décision ne portera pas seulement sur la répartition des postes. Elle devra aussi préciser les engagements politiques du futur gouvernement, dans un pays où les attentes sociales restent fortes.

L’emploi figure au premier rang des préoccupations. L’économie santoméenne offre encore peu de débouchés privés stables, tandis que les services publics, les infrastructures, l’accès à l’eau et la fourniture d’électricité demeurent des sujets sensibles. Ces difficultés touchent différemment la capitale São Tomé, les autres localités de l’île principale et la région autonome de Príncipe.

L’émigration pèse également sur le débat national. Une étude de la Banque mondiale estime qu’environ 39 773 Santoméens vivent à l’étranger, soit près de 18 % de la population. Le Portugal accueille la plus grande partie de cette diaspora, devant notamment l’Angola et le Gabon. Ce phénomène traduit à la fois la recherche d’opportunités par les jeunes et la difficulté du pays à retenir ses compétences.

Pour les familles restées au pays, les départs peuvent apporter des revenus et des réseaux. Mais ils peuvent aussi accentuer les pénuries de main-d’œuvre et séparer durablement les ménages. Le prochain gouvernement devra donc traiter l’émigration comme une question économique, sociale et démographique, et non comme un simple indicateur statistique.

Une cohabitation politique à surveiller

Le résultat des législatives intervient après la réélection du président Carlos Vila Nova à la tête de São Tomé-et-Príncipe. Le chef de l’État devra désormais désigner un Premier ministre capable de réunir un soutien parlementaire suffisant. La relation entre la présidence et le futur gouvernement sera l’un des premiers tests de la nouvelle législature.

Cette question est d’autant plus importante que la vie politique santoméenne a connu plusieurs alternances et des périodes de tension entre les institutions. En 2022, la victoire nette de l’ADI avait permis la formation d’un gouvernement majoritaire. Le scrutin de 2026 rend cette mécanique beaucoup moins prévisible.

Si le MLSTP/PSD confirme sa première place, il devra transformer son avantage électoral en accord politique. L’ADI, de son côté, conserve une base électorale presque équivalente et pourrait chercher à convaincre les formations minoritaires. Le parti qui parviendra à négocier le programme le plus crédible disposera d’un avantage décisif.

La question de la légitimité sera également suivie de près. L’écart de 367 voix entre les deux grands partis impose une publication claire des résultats par circonscription et une validation complète des sièges. À ce stade, les déclarations partisanes sur le nombre exact de députés ne peuvent pas remplacer la proclamation des autorités électorales et judiciaires.

Un scrutin suivi au-delà de l’archipel

São Tomé-et-Príncipe appartient à la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, la CEEAC, même si ses liens historiques, linguistiques et économiques sont aussi très forts avec l’espace lusophone. La stabilité de ses institutions intéresse donc à la fois l’Afrique centrale, les pays de langue portugaise et ses partenaires européens.

Dans une région souvent marquée par des transitions politiques difficiles, l’alternance par les urnes et le respect des procédures constitutionnelles constituent un enjeu régional. Le scrutin santoméen montre aussi les limites d’une lecture réduite aux seuls vainqueurs : avec un écart très faible et une majorité incertaine, la solidité démocratique dépendra désormais de la transparence du décompte et de la qualité des accords parlementaires.

Les prochaines étapes sont clairement identifiées : validation des résultats par le Tribunal constitutionnel, attribution définitive des 55 sièges, consultations présidentielles, puis formation du gouvernement. Pour les Santoméens, la priorité sera de savoir si cette nouvelle majorité pourra répondre aux urgences quotidiennes sans reproduire les blocages qui ont marqué les précédentes séquences politiques.