À São Tomé-et-Principe, le scrutin du dimanche 27 septembre 2026 se joue aussi loin des affiches de campagne. Pour une partie de la jeunesse santoméenne, la question est directe : rester dans l’archipel ou chercher ailleurs les études, le travail et l’autonomie que l’économie nationale peine encore à offrir.
Les électeurs doivent renouveler les 55 sièges de l’Assemblée nationale. Sept forces politiques sont en lice, selon la décision annoncée par le Tribunal constitutionnel et relayée par l’agence santoméenne STP-Press. Le résultat déterminera la majorité parlementaire et pèsera directement sur la formation du prochain gouvernement.
Un scrutin national dans un archipel sous pression
São Tomé-et-Principe est une démocratie parlementaire insulaire du golfe de Guinée. Le président Carlos Vila Nova, réélu en juillet 2026, partage l’exécutif avec un gouvernement responsable devant le Parlement. Cette articulation rend les législatives décisives : le parti ou la coalition capable de réunir une majorité disposera de la principale marge de manœuvre pour conduire les politiques publiques.
Le pays n’appartient pas à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC, qui regroupe six États utilisant le franc CFA d’Afrique centrale. São Tomé-et-Principe dispose de sa propre monnaie, la dobra, et entretient toutefois des liens étroits avec l’Afrique centrale, notamment avec l’Angola, le Gabon et la Guinée équatoriale. Il est aussi membre de la Communauté des pays de langue portugaise, un espace qui facilite certaines mobilités vers le Portugal et le Brésil.
Le vote intervient après les législatives du 25 septembre 2022. L’Action démocratique indépendante, l’ADI, avait alors remporté 30 des 55 sièges, devant le Mouvement pour la libération de São Tomé-et-Principe, le MLSTP, qui en avait obtenu 18. Cette majorité avait permis à l’ADI de diriger le gouvernement, mais les tensions politiques et les difficultés économiques ont continué de peser sur la vie publique.
Le travail, priorité affichée par les jeunes
Dans les rues de São Tomé, la campagne se lit moins dans les discours idéologiques que dans les conversations sur les revenus, les transports, l’électricité et l’accès aux services essentiels. Les petits commerces, les taxis et les activités informelles absorbent une partie de la main-d’œuvre. Ils ne suffisent cependant pas à créer des emplois stables pour une population jeune.
Une analyse économique de la Banque mondiale publiée en 2025 décrit un marché du travail étroit, dominé par l’agriculture, le petit commerce et des activités à faible productivité. Elle estime que près de la moitié des jeunes ne travaillent pas et ne suivent pas de formation. Cette situation réduit les perspectives d’insertion et renforce l’attrait du départ.
Pour les diplômés, le problème ne se limite pas à l’absence d’un premier emploi. Il concerne aussi la faiblesse du secteur privé, le coût de la vie et le manque de débouchés dans les métiers qualifiés. Pour les travailleurs peu diplômés, l’enjeu porte davantage sur la régularité des revenus, l’accès aux protections sociales et la capacité à financer un logement ou une famille.
Cette pression alimente l’émigration. D’après les données compilées par la Banque mondiale, près de 40 000 Santoméens vivaient à l’étranger en 2021, soit environ 18 % de la population. Une autre publication de l’institution souligne que 24 156 citoyens ont quitté le pays en 2023, un niveau particulièrement élevé pour un archipel d’environ 240 000 habitants.
Le Portugal accueille plus de la moitié de la diaspora santoméenne. L’Angola et le Gabon figurent également parmi les principales destinations. Ces départs offrent parfois aux familles des revenus transférés depuis l’étranger. Ils privent toutefois le pays de travailleurs, de compétences et de consommateurs. Le phénomène touche donc à la fois les ménages qui dépendent de la diaspora et les entreprises qui cherchent une main-d’œuvre disponible.
Investir sans fragiliser l’équilibre social
Les principaux partis mettent en avant l’investissement, le tourisme et la modernisation des infrastructures. Le défi consiste à transformer ces promesses en activités durables. Un nouvel équipement ne crée pas automatiquement des emplois locaux. Il faut aussi des formations, un accès fiable à l’énergie, des financements pour les petites entreprises et des règles suffisamment prévisibles pour attirer les investisseurs santoméens comme étrangers.
Le tourisme représente une piste importante. L’archipel possède des littoraux, des forêts et une biodiversité reconnue par l’UNESCO. Mais le développement touristique devra composer avec la protection des écosystèmes, la capacité limitée des infrastructures et la répartition des revenus entre la capitale, les zones rurales et les acteurs économiques locaux.
La question énergétique reste centrale. Les coupures d’électricité ont longtemps perturbé les ménages, les commerces et les services publics. Des améliorations récentes ont soutenu la reprise économique, mais la Banque mondiale estime que la croissance demeure fragile. Son bilan économique indique une progression moyenne du produit intérieur brut limitée à 1,3 % entre 2019 et 2024, après plusieurs chocs internes et internationaux.
Cette fragilité se ressent différemment selon les territoires. À São Tomé, les habitants bénéficient d’une concentration plus forte des services, des administrations et des opportunités commerciales. Dans les districts éloignés, les coûts de transport et l’accès aux soins ou à la formation accentuent le sentiment de distance avec les décisions publiques.
La participation, autre test pour les partis
Le scrutin devra aussi mesurer la confiance accordée aux institutions. La participation présidentielle de juillet 2026 avait déjà attiré l’attention, après une baisse lors des consultations précédentes. Une abstention élevée ne signifierait pas nécessairement un désintérêt total pour la politique. Elle pourrait traduire la déception face aux promesses non tenues, les difficultés matérielles ou le sentiment que les alternances changent peu la vie quotidienne.
Pour les partis, convaincre les jeunes suppose donc plus qu’un programme d’investissement. Il faudra montrer comment les emplois seront créés, dans quels secteurs, avec quels financements et selon quel calendrier. La crédibilité dépendra aussi de la capacité du prochain pouvoir à travailler avec les collectivités, les entreprises, les syndicats, les associations et la diaspora.
À l’échelle régionale, l’élection sera observée comme un nouveau test de la stabilité institutionnelle en Afrique centrale et dans le golfe de Guinée. São Tomé-et-Principe ne connaît pas les mêmes rapports de force que ses grands voisins, mais ses difficultés rappellent une réalité partagée par de nombreux États africains : une population jeune, des économies peu diversifiées et une mobilité croissante vers l’étranger.
Après le 27 septembre 2026, le premier indicateur sera la composition de l’Assemblée nationale. Le second sera la rapidité de la formation du gouvernement. Le plus important, pour les électeurs, restera cependant la traduction concrète du vote : des emplois, des services publics plus fiables et la possibilité de construire un avenir à São Tomé sans considérer le départ comme l’unique option.