À Nouakchott, la propreté n’est pas un détail de trottoir. C’est un test de gouvernance.

Dans la capitale mauritanienne, les déchets débordent vite quand la collecte ralentit, les quartiers s’étendent et la saison sèche laisse la poussière s’installer partout. À Riyad, au sud de Nouakchott, les habitants décrivent depuis longtemps un quotidien où les ordures se mélangent aux eaux usées et aux dépôts sauvages. Cette réalité renvoie à une question simple : qui assure, concrètement, le service urbain de base dans une ville en croissance rapide ?

La réponse passe par les institutions nationales et locales, mais aussi par les opérateurs chargés du terrain. En Mauritanie, la gestion des déchets solides a déjà fait l’objet d’une loi adoptée en 2023, après une étude officielle estimant la production annuelle de Nouakchott à 261 599 tonnes de déchets divers. Depuis, l’exécutif a multiplié les campagnes de propreté dans les trois wilayas de la capitale, avec l’appui d’Arma, la société chargée du nettoyage urbain.

Une injonction politique face à une ville qui déborde

Le lundi 3 août 2026, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Ould Mohamed Lamine, a réuni les services impliqués dans le nettoyage de Nouakchott. Le message était ferme : la situation actuelle est jugée inacceptable et un plan d’action doit conduire à un assainissement visible de la capitale. Cette prise de position intervient dans un contexte où les autorités mauritaniennes ont déjà lancé, depuis plusieurs mois, des opérations de terrain pour corriger les points noirs persistants dans les trois wilayas de Nouakchott.

Le sujet n’est pas nouveau. En février 2026, un membre du gouvernement avait inspecté l’avancement du plan de propreté urbaine et demandé de corriger les lacunes repérées sur le terrain. En septembre 2025, une autre campagne avait été lancée pour cibler les zones les plus exposées. Ces séquences montrent un même constat : la propreté de Nouakchott n’est plus seulement une affaire de visibilité politique, mais une chaîne de responsabilités à tenir dans la durée.

Sur le terrain, les habitants paient le prix des interruptions ou des insuffisances de service. À Riyad, des riverains expliquent que des dépôts anarchiques attirent davantage d’ordures, aggravent les nuisances et compliquent la vie quotidienne. Ce n’est pas qu’une gêne esthétique. Dans une capitale où la densité urbaine augmente, chaque amas d’immondices devient aussi un problème de santé publique, de circulation et de dignité urbaine.

Ce que révèle l’insalubrité de Nouakchott

La question des déchets met en lumière un point essentiel : la capitale mauritanienne doit gérer une urbanisation rapide avec des moyens qui restent sous tension. Nouakchott s’est construite par extension successive de quartiers, souvent sans infrastructures au même rythme que l’habitat. Dans ce type de ville, la collecte des déchets, le drainage et l’évacuation des eaux stagnantes forment un même dossier. Lorsqu’un maillon faiblit, tout l’écosystème urbain se dérègle.

La dimension sanitaire est tout aussi nette. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle depuis des années que les maladies liées à l’environnement restent un fardeau important en Mauritanie, avec des effets particuliers sur les enfants et les ménages vivant dans les zones les plus exposées. L’OMS a aussi accompagné des actions de prévention contre le paludisme et d’autres risques liés aux vecteurs, preuve que l’hygiène urbaine ne relève pas seulement du nettoyage, mais d’une stratégie de santé publique. Dans les quartiers mal desservis, les déchets favorisent la prolifération des moustiques et compliquent la prévention.

Le dossier touche aussi l’économie quotidienne. Dans la capitale, les petits commerces, les transporteurs, les vendeurs ambulants et les ménages supportent directement les conséquences d’une voirie encombrée et de dépôts non maîtrisés. Une rue sale, c’est moins de passage, plus de coûts indirects, plus de temps perdu et, souvent, une pression accrue sur les familles qui doivent compenser elles-mêmes les défaillances du service public. En ce sens, l’insalubrité n’est pas seulement un problème municipal ; c’est une facture sociale.

Une portée qui dépasse Nouakchott

La séquence actuelle s’inscrit dans une trajectoire plus large de l’État mauritanien, qui cherche à montrer qu’il peut améliorer les services urbains tout en affichant des ambitions de durabilité. En 2026, les autorités ont aussi mis en avant des initiatives comme “Mauritanie Zéro Déchet” et des journées de sensibilisation environnementale. Le signal est clair : la question des déchets devient un marqueur de modernisation administrative, au même titre que l’énergie, l’eau ou la mobilité urbaine.

À l’échelle régionale, le cas de Nouakchott résonne dans plusieurs capitales sahéliennes et maghrébines confrontées à la même équation : croissance démographique, étalement urbain, budgets serrés et climat aride. La Mauritanie, située à la jonction du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, agit ici dans un espace où les réponses techniques comptent autant que la coordination politique. L’enjeu ne se limite donc pas à “nettoyer la ville” ; il s’agit de rendre durable un service public urbain capable de tenir dans le temps.

La suite dépendra de la capacité des autorités à passer des annonces à l’exécution, quartier par quartier, avec des indicateurs concrets : régularité de la collecte, traitement des points de dépôt, implication des communes et contrôle des prestataires. Dans une capitale comme Nouakchott, la réussite ou l’échec d’un tel plan dira beaucoup sur la capacité de l’État mauritanien à transformer une urgence visible en politique urbaine durable.