Un siège très convoité, au moment où l’ONU doute d’elle-même
À Dakar comme à New York, la candidature de Macky Sall dépasse la simple trajectoire d’un ancien chef d’État. Elle pose une question plus large : quel visage l’Afrique de l’Ouest veut-elle donner à la prochaine direction des Nations unies, alors que l’organisation cherche à regagner en crédibilité ? Le débat public du 23 juillet 2026 a réuni les candidats au poste de secrétaire général dans la salle de l’Assemblée générale, à un moment charnière pour une institution appelée à prendre sa relève au 1er janvier 2027.
Le contexte est aussi sénégalais. Le 20 juillet, les autorités de Dakar ont officiellement apporté leur soutien à cette candidature, en mobilisant le gouvernement et le réseau diplomatique du pays. Dans un pays où la politique étrangère reste un marqueur de souveraineté et de stature internationale, ce choix donne au dossier une portée nationale autant que continentale.
Une candidature africaine dans une procédure très codifiée
Le nom de Macky Sall figure depuis le 2 mars 2026 dans la procédure officielle de sélection du prochain secrétaire général, après une nomination transmise à l’ONU par le Burundi. Le document onusien précise que cette nomination s’inscrit dans le processus ouvert par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, selon les règles encadrant la succession d’António Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026.
Le rendez-vous du 23 juillet n’était pas un vote, mais un grand oral. L’ONU l’a présenté comme un “town hall”, une réunion publique destinée à exposer les visions des six candidats et à les soumettre aux questions des États membres et de la société civile. Parmi eux figuraient quatre femmes et deux hommes, dont Macky Sall, seul candidat venu d’Afrique dans ce cycle de sélection.
Cette donnée compte pour l’Afrique. Le continent parle souvent d’une réforme du multilatéralisme, mais il est rarement en position d’occuper l’un des postes les plus symboliques de ce système. La candidature d’un ancien président sénégalais redonne donc de la visibilité à une revendication ancienne : voir l’Afrique peser non seulement dans les débats, mais aussi dans les fonctions de commandement.
Ce que Macky Sall a mis en avant devant les autres candidats
Devant les autres prétendants au poste, Macky Sall a défendu une ligne centrée sur le dialogue, la prévention des crises et la réforme de l’Organisation. Selon les comptes rendus disponibles, il a insisté sur la confiance entre États, sur le besoin d’une ONU plus efficace et sur la capacité du secrétaire général à rapprocher les positions quand le Conseil de sécurité se bloque. C’est une lecture très politique du poste, moins technocratique qu’arbitre et médiateur.
Ce positionnement n’est pas anodin. Le secrétaire général ne décide pas seul des conflits ni des sanctions, mais il dispose d’une marge d’influence réelle : mise à l’agenda, médiation, alerte précoce, impulsion diplomatique. Dans un monde fragmenté par les guerres, les rivalités de puissances et les crises budgétaires, la bataille porte autant sur la méthode que sur le symbole.
Le débat a aussi servi à tester sa capacité à parler à plusieurs publics en même temps : les grandes puissances, les États du Sud, les diplomaties africaines et une société civile internationale de plus en plus attentive à la transparence du processus. Sur ce point, l’ONU a voulu faire de ces auditions un exercice plus ouvert que les tractations habituelles du Conseil de sécurité.
Au Sénégal, un choix d’État qui dépasse l’ancien président
Le soutien officiel de Dakar modifie la lecture du dossier. Il ne s’agit plus seulement d’une ambition personnelle portée par un ancien président, mais d’une position assumée par l’État sénégalais. Le ministère des Affaires étrangères a indiqué que l’ensemble du dispositif diplomatique serait mobilisé pour défendre cette candidature auprès des États membres.
Pour le Sénégal, ce geste peut renforcer une image déjà installée : celle d’un pays habitué aux médiations, aux transitions politiques ordonnées et à la présence dans les enceintes multilatérales. Pour Dakar, l’enjeu est aussi économique et diplomatique. Une candidature soutenue par l’exécutif peut servir de levier pour consolider des réseaux, défendre des intérêts commerciaux et rappeler le poids du pays dans la diplomatie ouest-africaine.
Mais le débat ne se réduit pas à l’image. Au Sénégal, ce dossier touche aussi à la mémoire politique récente, à la manière dont se gère l’après-pouvoir et à la capacité des institutions à parler d’une seule voix sur la scène internationale. Dans un pays où les alternances sont scrutées de près, ce soutien officiel montre qu’un intérêt d’État peut survivre aux changements de majorité.
La portée du sujet est également régionale. En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO traverse une séquence de recomposition et de tensions, tandis que plusieurs capitales cherchent à redéfinir leur place dans les équilibres internationaux. Une candidature sénégalaise soutenue par l’État s’inscrit donc dans une diplomatie de voisinage élargie, où l’accès aux postes multilatéraux devient aussi un test de capacité d’influence régionale.
Ce qu’il faudra surveiller après ce premier tour de piste
La suite dépendra d’abord des consultations entre membres du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale. Les prochains échanges diront si Macky Sall parvient à transformer une candidature crédible en dynamique de coalition, face à des profils déjà bien installés dans les circuits onusiens. Le calendrier reste serré, car la succession doit être réglée avant l’entrée en fonctions du prochain titulaire au début de 2027.
Pour l’Afrique, l’enjeu est plus vaste que le seul cas sénégalais. Le continent veut compter davantage dans la réforme du multilatéralisme, dans la gestion des conflits et dans la défense de règles plus équitables. La candidature de Macky Sall rappelle qu’une voix africaine peut prétendre à la tête de l’ONU, mais aussi que cette ambition se jouera, comme toujours, dans l’arène dure des rapports de force diplomatiques.