Une zone minière sous pression permanente

Dans l’est de la République démocratique du Congo, l’insécurité ne se mesure plus seulement en kilomètres perdus, mais en journées de travail interrompues, en familles dispersées et en pistes devenues mortelles. À Mambasa, en Ituri, les carrés miniers restent exposés à des attaques répétées, au moment même où les populations cherchent à tirer un revenu de l’or artisanal.

Le territoire de Mambasa se trouve à la jonction de l’Ituri et du Nord-Kivu, deux provinces placées sous état de siège depuis mai 2021. Cette mesure exceptionnelle confie l’autorité civile à des gouverneurs militaires et doit, en théorie, accélérer la réponse sécuritaire. En pratique, les attaques des ADF continuent d’atteindre les civils, surtout dans les zones rurales et forestières où l’État reste peu visible.

Ce que l’on sait de l’attaque du 22 juillet

Mercredi 22 juillet 2026, plusieurs villages du groupement Mambembe-Bella, dans le territoire de Mambasa, ont été pris pour cible lors d’une incursion attribuée aux Allied Democratic Forces, un groupe armé actif dans l’est congolais et lié à l’État islamique par allégeance affichée. Les premiers bilans ont varié selon les sources locales et médiatiques, de 16 à 18 morts, ce qui confirme un comptage encore provisoire.

Les victimes seraient majoritairement des orpailleurs présents dans la zone. Des habitants et des responsables communautaires signalent aussi des disparus, tandis que les assaillants resteraient encore actifs dans les environs au moment des premiers relevés. Des témoignages recueillis sur place évoquent des exécutions à la machette et des enlèvements, mais ces éléments doivent être lus comme des informations de terrain, non comme un bilan définitif.

Le même jour, à la frontière administrative entre Mambasa et Beni, un autre bilan faisait état d’une dizaine de morts dans une attaque voisine, ce qui illustre la continuité de la menace sur l’axe forestier reliant l’Ituri au Nord-Kivu. Quelques jours plus tôt, la société civile et des acteurs humanitaires faisaient déjà état de libérations d’otages et de nouveaux déplacements de population dans la même zone.

Pourquoi les ADF frappent encore malgré les opérations

Le problème ne tient pas seulement à la capacité de nuisance du groupe armé. Il tient aussi à la géographie. Les ADF opèrent dans un couloir dense de forêts, de sites miniers et de pistes secondaires, où les forces congolaises, les patrouilles onusiennes et la coopération militaire régionale peinent à tenir un maillage constant. La MONUSCO a d’ailleurs indiqué que Mambasa reste une zone prioritaire, après une série d’attaques ayant fait, selon elle, plus d’une centaine de morts en un mois dans le territoire.

Sur le terrain, cela a des effets immédiats. Les orpailleurs cessent de travailler. Les marchés se vident. Les écoles ferment ou tournent au ralenti quand les familles fuient vers des localités jugées plus sûres. Dans une province où l’économie informelle domine, chaque attaque efface un peu plus le revenu du jour. Le coût n’est donc pas seulement humain ; il est aussi économique, avec des routes coupées, des chaînes d’approvisionnement fragilisées et des villages qui basculent dans la peur.

La pression militaire n’a pas disparu pour autant. Les FARDC mènent des opérations dans la zone, avec l’appui de l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa, lancée contre les ADF dans l’est congolais. Mais les résultats restent inégaux, surtout là où les groupes armés se replient d’un territoire à l’autre, entre Ituri, Nord-Kivu et, plus au nord, certaines zones du Haut-Uele.

Un test pour Kinshasa, mais aussi pour la région

À Kinshasa, ces attaques rappellent une évidence politique : la protection des civils reste l’épreuve centrale de la présence de l’État dans l’est du pays. Les autorités congolaises doivent composer avec plusieurs crises à la fois, notamment les combats contre l’AFC/M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, tandis que les ADF continuent de frapper des zones plus diffuses mais tout aussi meurtrières. Cette superposition de fronts complique la répartition des forces et dilue parfois l’attention publique.

Le dossier a aussi une portée régionale. L’Ituri et le Nord-Kivu sont des espaces de circulation transfrontalière, où les dynamiques sécuritaires congolaises touchent l’Ouganda, le corridor vers le lac Albert et les zones minières de l’intérieur. Quand les ADF déplacent des populations ou se replient vers des zones plus isolées, ils déplacent aussi le risque vers d’autres provinces. C’est l’un des motifs pour lesquels les autorités locales, la MONUSCO et les partenaires régionaux parlent désormais de mécanismes d’alerte communautaire et de protection de proximité, en plus des seules opérations armées.

La séquence des 22 et 23 juillet montre enfin une réalité persistante : dans l’est de la République démocratique du Congo, les bilans arrivent souvent par fragments, au rythme des fouilles et des recoupements. Pour les habitants de Mambasa, l’enjeu immédiat n’est pas la lecture stratégique de long terme. C’est la possibilité, très concrète, de circuler, travailler et enterrer les morts sans attendre la prochaine attaque.