Dans le nord du Niger, le projet d’uranium de Madaouela change de cadre. Après plusieurs années d’incertitude, Niamey veut remettre ce gisement sur les rails avec une nouvelle répartition du capital et des engagements financiers immédiats.

Un accord signé pour remettre Madaouela en mouvement

Le ministère nigérien des Mines et la Madaouela Mining Company, ou MAMICO, ont signé une nouvelle convention minière le 23 septembre 2026. Le projet se trouve près d’Arlit, dans la région d’Agadez, au nord du pays.

Le nouvel accord prévoit que l’État nigérien détienne 40 % de MAMICO. Le groupe australien Atomic Eagle conserve 60 % du capital et le contrôle opérationnel du projet. Cette structure remplace l’ancien montage, dans lequel la participation publique était annoncée à 20 %.

La convention prévoit une redevance initiale de 10 millions de dollars. Selon les éléments communiqués par les autorités nigériennes, 5 millions de dollars doivent être versés dans les 30 jours suivant la délivrance du permis d’exploitation. Le solde doit être payé au démarrage de la construction.

Le texte inclut également des engagements en faveur du développement local. Ils concernent notamment le renforcement des capacités de l’administration minière et la formation de jeunes Nigériens. Le ministère avance la création d’environ 1 000 emplois, sans préciser à ce stade leur calendrier ni leur répartition entre la phase de construction et celle de production.

La société MAMICO est liée au projet Madaouela, précédemment porté par GoviEx Uranium. Le permis d’exploitation avait été retiré par les autorités nigériennes en juillet 2024, avant son retour dans le domaine public du Niger. Cette décision avait ouvert une période de contentieux et d’incertitude autour de l’avenir du gisement.

Une nouvelle étape dans la reprise en main du secteur minier

La relance de Madaouela s’inscrit dans la politique menée par les autorités de transition depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. À Niamey, le contrôle de la chaîne minière est présenté comme un enjeu de souveraineté économique. Le gouvernement cherche à augmenter la part des revenus revenant au budget national et à obtenir davantage de retombées pour les territoires concernés.

Cette orientation ne concerne pas uniquement Madaouela. En 2024 et en 2025, l’État nigérien a aussi durci ses relations avec Orano, le groupe français historiquement présent dans l’exploitation de l’uranium au Niger.

Le gouvernement nigérien a retiré le permis du projet d’Imouraren en juin 2024. Un mois plus tard, il a également révoqué le permis de Madaouela détenu par GoviEx. L’Agence nigérienne de presse avait alors rapporté que les autorités reprochaient à l’entreprise canadienne de ne pas avoir respecté certaines obligations liées au développement du projet.

Le différend avec Orano reste cependant distinct de l’accord conclu avec Atomic Eagle. Orano détenait jusqu’à récemment une position majoritaire dans la Société des mines de l’Aïr, ou SOMAÏR, qui exploite l’uranium autour d’Arlit. Le groupe affirme avoir perdu le contrôle opérationnel de cette société en décembre 2024. Il a ensuite engagé plusieurs procédures d’arbitrage contre l’État nigérien.

De son côté, Niamey accuse l’ancien partenaire français de ne pas avoir suffisamment contribué à la valorisation des ressources du pays. Les deux parties défendent donc des lectures opposées sur la gouvernance des actifs miniers et sur les conditions de leur transfert.

Des promesses économiques à transformer en résultats

Pour les populations de la région d’Agadez, l’enjeu ne se limite pas à la signature d’une convention. La question centrale sera celle des emplois réellement créés, des marchés accordés aux entreprises locales et des investissements dans les infrastructures.

La construction d’une mine peut générer une activité importante pour le transport, la maintenance, le bâtiment et les services. Elle exige aussi une main-d’œuvre qualifiée, des équipements adaptés et une logistique fiable. Les entreprises nigériennes devront donc pouvoir accéder aux contrats et aux programmes de formation annoncés.

La répartition des bénéfices constituera un autre point de vigilance. Une participation publique de 40 % peut renforcer les recettes futures de l’État. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, un impact direct sur les ménages. Les résultats dépendront des coûts du projet, du prix de l’uranium, du calendrier de production et de la transparence des flux financiers.

La question environnementale devra également accompagner la reprise. L’exploitation de l’uranium mobilise de grandes quantités d’eau et produit des résidus miniers qui nécessitent un suivi sur le long terme. La protection des ressources locales et l’information des communautés devront faire partie du dispositif de contrôle, au même titre que la sécurité industrielle.

Un dossier qui dépasse le seul cadre nigérien

Madaouela intervient dans un contexte régional profondément recomposé. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, le 29 janvier 2025. Ces trois pays sahéliens ont depuis renforcé leur coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel.

Cette rupture modifie les conditions de circulation des capitaux, des biens et des compétences dans la région. Elle pousse aussi les autorités nigériennes à diversifier leurs partenaires miniers et à réduire leur dépendance envers les groupes liés aux anciennes puissances coloniales.

L’accord avec Atomic Eagle montre cependant que la recherche de souveraineté ne signifie pas la fin des partenariats étrangers. Le Niger conserve une participation publique importante, mais s’appuie encore sur un opérateur international pour financer, développer et conduire le projet.

La prochaine étape sera donc déterminante. Il faudra vérifier la délivrance effective du permis d’exploitation, le versement de la première tranche de 5 millions de dollars et le lancement des travaux. Le respect de ces échéances dira si Madaouela entre réellement dans une phase de production ou reste encore un projet minier en attente.

À l’échelle africaine, le dossier illustre une tendance plus large : les États producteurs veulent renégocier leur place dans les chaînes de valeur des minerais stratégiques. La réussite de Madaouela dépendra autant de la capacité du Niger à défendre ses intérêts que de sa faculté à transformer une ressource du sous-sol en emplois, en compétences et en revenus durables.