À Antananarivo, la santé ne se joue pas seulement à l’hôpital

À Madagascar, parler de santé publique revient vite à parler d’eau potable, d’assainissement, de distance et de temps perdu sur la route. Quand un centre de soins est loin, quand les infrastructures manquent, la prévention devient aussi importante que le traitement. C’est dans cette réalité que s’inscrit le parcours de Marie Lucienne Domoinamalala, médecin malgache engagée à la fois dans l’action associative et dans les institutions de la capitale, Antananarivo.

Le contexte national reste exigeant. L’OMS indique qu’en 2023, le taux de mortalité des moins de cinq ans à Madagascar atteignait 69 décès pour 1 000 naissances vivantes. Le pays fait aussi face à une espérance de vie encore modeste, à des inégalités territoriales fortes et à des causes de décès dominées par les maladies transmissibles, la santé maternelle et les infections respiratoires ou diarrhéiques. Autrement dit, le système de santé ne peut pas être pensé sans le cadre de vie des familles.

Une reconnaissance qui éclaire un enjeu bien plus large

La promotion 2025 des Young Leaders de la French-African Foundation a retenu Marie-Lucienne Domoinamalala parmi 30 jeunes leaders venus d’Afrique et de France. La sélection a reçu plus de 6 000 candidatures issues de 45 pays africains. Le programme a été présenté à Antananarivo, lors d’un rendez-vous organisé autour du dialogue entre la France et l’Afrique à l’occasion de la visite d’État du président Emmanuel Macron à Madagascar.

Cette distinction ne dit pas seulement quelque chose d’un parcours individuel. Elle souligne aussi la montée en visibilité d’une génération malgache qui travaille sur des sujets concrets : santé, innovation sociale, gouvernance locale et services essentiels. À Madagascar, où les besoins restent forts, les profils capables de faire le lien entre terrain, administration et coopération internationale deviennent stratégiques.

Du terrain associatif aux services municipaux

Le parcours de Marie Lucienne Domoinamalala s’inscrit dans cette logique de passerelle. Côté terrain, elle a cofondé Malagasy’s Healers, une association qui mène des missions médicales, des consultations gratuites, des campagnes de dépistage et des actions de sensibilisation dans des zones difficiles d’accès. L’enjeu est simple : réduire le coût réel de l’éloignement pour les familles qui vivent loin des structures de soins.

Côté institutions, elle a travaillé au sein de la Direction de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène de la Commune urbaine d’Antananarivo. Cette direction, créée en 2020, coordonne les activités liées aux bornes-fontaines, aux infrastructures sanitaires, à l’hygiène et à la prophylaxie urbaine. Ce point est essentiel : dans la capitale malgache, la santé publique dépend aussi de la qualité du réseau urbain, des déchets, du drainage et de l’accès à l’eau.

Le sujet dépasse le seul confort des ménages. L’UNICEF rappelle que l’accès à l’eau et à l’assainissement reste un défi majeur à Madagascar, surtout en zone rurale, tandis que l’OMS souligne que les chocs climatiques et les crises récurrentes aggravent la continuité des soins. Le résultat est connu : quand l’eau manque, les maladies évitables circulent davantage, les consultations augmentent et les dépenses des familles pèsent encore plus lourd.

Ce que ce parcours raconte de Madagascar et de la région

À l’échelle malgache, le cas de Marie Lucienne Domoinamalala illustre une tendance plus large : la santé publique n’est plus seulement une affaire de clinique ou de ministère. Elle touche désormais la ville, les communes, les associations, les partenaires techniques et les politiques d’accès aux services de base. Madagascar cherche précisément à renforcer cette coordination. L’OMS parle d’améliorer la surveillance, les ressources humaines, la santé maternelle et l’information sanitaire.

Cette lecture s’inscrit aussi dans l’espace de l’Afrique de l’Est et de l’océan Indien, où Madagascar doit composer avec des vulnérabilités partagées : éloignement des services, pression climatique, poids des maladies évitables et faiblesse des infrastructures. Dans ce contexte, les trajectoires qui articulent santé, eau et gouvernance locale intéressent au-delà du pays. Elles montrent qu’une politique sanitaire durable se construit autant dans les quartiers et les communes que dans les grandes annonces internationales.

La portée continentale est là : à Madagascar, comme dans d’autres pays africains confrontés à des disparités territoriales marquées, l’avenir de la santé publique dépend de la capacité à relier prévention, services essentiels et institutions locales. Le parcours de cette jeune médecin malgache prend alors valeur d’indicateur. Il dit qu’une nouvelle génération de responsables veut agir sur les causes concrètes des inégalités, et pas seulement sur leurs symptômes.