À Madagascar, le projet Ampasindava change d’échelle. La société Harena Rare Earths dispose désormais d’un appui financier américain pour franchir les prochaines étapes vers une éventuelle production de terres rares dans le nord-ouest de l’île. Le financement ne signe pas encore la naissance d’une mine. Il doit d’abord permettre de réduire les risques techniques, environnementaux et réglementaires.
Le dossier intéresse Washington pour une raison précise : les terres rares sont indispensables aux aimants permanents utilisés dans les véhicules électriques, les éoliennes, l’électronique avancée et certains équipements de défense. La Chine domine encore largement l’extraction, le traitement et le raffinage mondiaux. Les États-Unis cherchent donc à sécuriser d’autres approvisionnements, notamment auprès de partenaires africains.
Un financement américain pour préparer la suite
Le 7 août 2026, la U.S. International Development Finance Corporation, ou DFC — l’institution américaine chargée de soutenir des investissements privés jugés stratégiques — a annoncé jusqu’à 4,84 millions de dollars pour le développement d’Ampasindava. Il s’agit du premier investissement minier de la DFC à Madagascar.
Cette enveloppe est destinée aux travaux qui précèdent une décision industrielle complète. Elle doit notamment financer des études environnementales et sociales, les procédures d’autorisation, des travaux d’ingénierie et une installation pilote. Cette dernière doit tester, à une échelle réduite, la capacité du projet à extraire les minerais contenus dans les argiles.
La DFC précise que son soutien pourrait ouvrir la voie à un financement ultérieur sous forme de prêt ou de prise de participation. Cette possibilité n’est toutefois pas automatique. Elle dépendra des résultats techniques, du cadre réglementaire malgache, du coût réel du projet et de la capacité de Harena à réunir les capitaux nécessaires.
Le projet se trouve dans la péninsule d’Ampasindava, dans la province d’Antsiranana, au nord-ouest de Madagascar. Harena travaille sur un gisement d’argiles ioniques. Ce type de minerai peut être exploité par des méthodes de surface et de lixiviation en tas, mais son développement exige un suivi strict de l’eau, des sols, des résidus et des zones habitées.
Des chiffres encourageants, mais encore soumis aux essais
L’étude de préfaisabilité publiée le 26 janvier 2026 estime à 142 millions de dollars le capital nécessaire avant la mise en production. Elle prévoit une durée de vie minière de vingt ans et une production annuelle d’environ 4 000 tonnes d’oxydes de terres rares.
Le projet viserait notamment 1 700 tonnes par an d’oxydes de néodyme et de praséodyme, ainsi que de dysprosium et de terbium. Ces quatre éléments sont particulièrement recherchés pour les aimants permanents. Le néodyme et le praséodyme renforcent leurs performances. Le dysprosium et le terbium améliorent leur résistance à la chaleur.
Ces données restent celles d’une étude de préfaisabilité. Elles donnent une première estimation technique et économique, mais elles ne remplacent pas une étude de faisabilité définitive. Les essais de l’installation pilote seront donc déterminants. Ils devront confirmer les taux de récupération, la consommation d’eau, la stabilité du procédé et la qualité du produit obtenu.
Harena prévoit de produire un carbonate mixte de terres rares, un produit intermédiaire qui devra encore être traité ailleurs pour séparer les différents éléments. Cette étape est essentielle. Extraire le minerai ne suffit pas à créer une chaîne complète de valeur. Le raffinage et la transformation en matériaux utilisables restent concentrés dans un nombre limité de pays.
La société vise une décision finale d’investissement au quatrième trimestre 2027. La première production de concentré est annoncée pour la mi-2028. Ces échéances constituent une feuille de route. Elles pourront évoluer en fonction des permis, du financement, des résultats des essais et des discussions avec les futurs acheteurs.
Pour Madagascar, l’enjeu dépasse la seule mine
Pour les autorités malgaches, Ampasindava peut attirer des capitaux dans un secteur minier encore dominé par quelques grands projets. Le pays dispose déjà d’une expérience dans le nickel, le cobalt, le graphite et les minerais industriels. Toutefois, chaque projet apporte ses propres contraintes logistiques et sociales.
Le principal défi sera de démontrer que les retombées locales ne se limitent pas aux recettes fiscales et aux emplois directs. Les populations proches du site attendront des informations accessibles sur l’usage des terres, l’eau, les indemnisations, les emplois et la remise en état du site. Les entreprises sous-traitantes malgaches devront aussi pouvoir accéder aux marchés liés au projet.
L’impact ne sera pas identique pour tous les territoires. Les emplois spécialisés pourraient se concentrer autour des bases techniques et des installations minières. Dans les zones rurales, les effets dépendront davantage des infrastructures, des achats locaux et de la protection des activités agricoles et de pêche. La transparence du dialogue avec les communautés pèsera donc autant que les indicateurs financiers.
Le projet devra également s’inscrire dans le droit minier malgache et dans les règles environnementales nationales. Une annonce de financement étranger ne dispense pas Harena d’obtenir les autorisations requises. Elle ne remplace pas non plus les consultations locales ni les évaluations indépendantes attendues avant une construction.
Un dossier suivi dans l’espace de la SADC
Madagascar appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui réunit des pays engagés dans la coopération économique et politique en Afrique australe. Ampasindava s’inscrit ainsi dans une région où plusieurs États cherchent à mieux valoriser leurs minerais stratégiques.
La compétition internationale ne porte plus seulement sur l’accès aux gisements. Elle concerne aussi les infrastructures, l’électricité, les ports, la transformation et les contrats d’approvisionnement. Pour Madagascar, la question sera de négocier une place utile dans cette nouvelle chaîne, plutôt que de rester un simple fournisseur de minerai brut.
Le soutien américain donne au projet une dimension géopolitique claire. Il peut faciliter l’accès à d’autres investisseurs et attirer des partenaires industriels. Mais il expose aussi Ampasindava aux priorités changeantes des grandes puissances et aux fluctuations du marché des terres rares.
La prochaine étape sera donc très concrète : vérifier si les études financées par la DFC confirment la viabilité du procédé et si Harena peut boucler les quelque 142 millions de dollars nécessaires au développement. Pour les Malgaches comme pour les investisseurs, le véritable test commencera lorsque les promesses de diversification se confronteront aux exigences du terrain.