À Madagascar, le budget doit répondre à deux urgences à la fois : financer les services et les investissements dont le pays a besoin, tout en composant avec des recettes fiscales qui restent en deçà des objectifs. La difficulté est concrète : accélérer les dépenses peut soutenir l’activité, mais sans recettes suffisantes, l’État dispose de peu de marge pour tenir ses engagements.
Des recettes en retard, des dépenses à faire avancer
Du 5 au 9 octobre, une mission du Fonds monétaire international (FMI) conduite par Constant Lonkeng s’est entretenue avec les autorités à Antananarivo. Les discussions ont porté sur l’exécution du budget 2026, la préparation de celui de 2027 et les réformes engagées dans le cadre des programmes soutenus par l’institution. Dans son communiqué du 12 octobre, le FMI a insisté sur la mise en œuvre des mesures prévues pour réduire certaines exonérations fiscales et améliorer les recettes publiques.
Le constat s’inscrit dans une difficulté plus ancienne. La mobilisation des impôts à Madagascar demeure faible au regard des besoins de financement de l’État. La Direction générale du Trésor français estime que les recettes fiscales intérieures n’avaient atteint que 42,9 % de leur cible à la fin juin 2026. Elle relève aussi un rythme lent d’exécution des dépenses, notamment des investissements publics. Ces indicateurs suggèrent que le problème ne tient pas seulement aux recettes annoncées : les administrations doivent aussi parvenir à recouvrer les impôts et à transformer les crédits votés en projets effectivement réalisés.
La loi de finances rectificative pour 2026, adoptée par le Parlement malgache, prévoit 6 221,7 milliards d’ariary de recettes fiscales intérieures. Ce montant est un objectif budgétaire, non une somme déjà encaissée. La Direction générale du Trésor chiffre les recettes budgétaires totales prévues à environ 2,87 milliards d’euros, en hausse de 1,6 % par rapport au budget initial. Les montants en ariary et en euros renvoient à des périmètres différents : il ne faut donc pas les confondre.
Un chiffre avancé dans le compte rendu de l’exécution du deuxième trimestre — 2 838,8 milliards d’ariary de recettes intérieures nettes, soit 45,6 % de la prévision annuelle — illustre l’écart entre l’objectif et les encaissements à mi-parcours. Ce taux ne permet toutefois pas, à lui seul, de conclure au niveau final des recettes : la collecte peut varier au fil de l’année. Le calendrier des paiements, l’activité économique et la capacité des services fiscaux à appliquer les mesures adoptées pèseront sur le résultat.
Le carburant, un arbitrage budgétaire sensible
Le FMI recommande également de rétablir le mécanisme automatique d’ajustement des prix des carburants. En principe, ce dispositif répercute plus régulièrement les variations des cours internationaux sur les prix à la pompe. Sa suspension peut limiter, au moins temporairement, la hausse payée par les consommateurs. Mais elle peut aussi accroître le coût supporté par les finances publiques lorsque les cours montent.
L’arbitrage touche différemment les ménages, les entreprises et l’État. Une hausse des prix peut alourdir les dépenses de transport et renchérir les biens acheminés, avec des effets qui dépassent la capitale. À l’inverse, maintenir les prix en dessous de leur niveau de référence peut réduire les ressources disponibles pour d’autres dépenses publiques. Le Trésor français indique que la suspension du mécanisme a été utilisée pour contenir l’impact de la flambée pétrolière, tout en soulignant le risque budgétaire associé. Le FMI demande que la reprise du mécanisme s’accompagne de mesures ciblées pour protéger les ménages les plus vulnérables.
Les autorités malgaches doivent donc concilier plusieurs priorités : préserver le pouvoir d’achat, éviter une charge croissante pour le budget et dégager des moyens pour les services publics. L’enjeu ne se limite pas au prix affiché à la pompe. Il concerne aussi la manière dont l’État répartit le coût des chocs entre consommateurs, contribuables et finances publiques.
Une marge de manœuvre réduite par les chocs
Les discussions budgétaires se déroulent dans une conjoncture difficile. Madagascar a subi les effets des cyclones Fytia et Gezani en 2026. Les perturbations de l’approvisionnement en eau et en électricité pèsent sur la vie quotidienne et l’activité des entreprises. La hausse des cours du pétrole, liée aux tensions au Moyen-Orient, ajoute une pression sur les coûts d’importation.
Le FMI estime que ces chocs ont freiné l’activité et réduit les marges de manœuvre économiques. Dans sa décision du 30 septembre, son conseil d’administration a néanmoins achevé les troisième et quatrième revues des programmes en cours et autorisé un décaissement de 114,052 millions de droits de tirage spéciaux, soit environ 155 millions de dollars. La facilité élargie de crédit (FEC) apporte un soutien financier assorti d’un programme économique ; la facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) soutient notamment des réformes liées aux vulnérabilités climatiques.
Cette décision permet de replacer les échanges d’octobre dans leur calendrier. Les revues précédentes viennent d’être conclues. Les évaluations suivantes devront examiner l’application des engagements, notamment la mobilisation des recettes, la gestion des dépenses et le mécanisme des prix des carburants. Le communiqué d’octobre évoque les prochaines revues, mais ne signifie pas qu’elles sont déjà achevées.
La transition politique ouverte après les manifestations de 2025 constitue un autre élément du contexte. Les revendications portaient notamment sur les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité. Dans ce cadre, les choix budgétaires touchent à la fois la confiance dans les institutions et la capacité des autorités à répondre aux attentes exprimées par la population. Les données nationales disponibles ne permettent pas, à elles seules, de mesurer précisément l’impact de chaque mesure selon les régions ou les catégories de ménages.
Le budget 2027, prochain test de mise en œuvre
La préparation du budget 2027 offre aux autorités l’occasion de préciser comment elles comptent accroître les recettes sans fragiliser davantage les ménages et l’activité. Réduire certaines dépenses fiscales — les recettes auxquelles l’État renonce par des exonérations ou des régimes dérogatoires — peut élargir les ressources disponibles. Mais les résultats dépendront aussi de l’administration fiscale et douanière, du calendrier d’application des mesures et de la qualité des dépenses financées.
Le débat porte ainsi sur plus que le respect d’objectifs comptables. Si les crédits d’investissement sont votés mais exécutés lentement, les retombées attendues pour les infrastructures et l’économie locale tardent. Si les recettes restent inférieures aux prévisions, la pression peut se reporter sur l’emprunt, les dépenses de fonctionnement ou les programmes sociaux. Les autorités devront expliquer leurs arbitrages et rendre compte de l’exécution au fil de l’année.
Madagascar est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale de coopération économique et politique. Les contraintes liées aux importations de carburant, aux chocs climatiques et au financement des services publics dépassent les frontières nationales, même si leurs effets varient d’un pays à l’autre. Pour Madagascar, le prochain repère sera la traduction des objectifs du budget 2027 en mesures applicables, puis leur examen dans le cadre des programmes en cours. C’est à cette étape que se vérifiera la capacité de l’État à transformer les annonces de réforme en recettes recouvrées et en dépenses effectivement utiles.
Sources documentaires : décision du FMI sur les revues des programmes de Madagascar, analyse des finances publiques malgaches en 2026, loi de finances rectificative pour 2026 publiée par l’Assemblée nationale et informations des Nations unies sur le relèvement après le cyclone Gezani.