Dans les communes togolaises, la gestion des déchets se joue autant dans les rues que dans les budgets municipaux. À quelques jours de la COP31, des acteurs réunis à Kpalimé ont mis en avant une question concrète : comment transformer les déchets en enjeu de services publics, de santé et de ressources, sans laisser les collectivités seules face à la tâche ?

Des villes aux moyens inégaux face aux déchets

Le défi concerne des territoires très différents. Lomé, capitale et principal centre urbain du Togo, ne fait pas face aux mêmes contraintes que Tsévié, Atakpamé, Sokodé, Kara ou Dapaong. Pourtant, partout, la collecte, le traitement et la valorisation reposent sur des organisations locales, des infrastructures et des financements qui varient d’une commune à l’autre.

La gestion des déchets ne relève donc pas seulement de la propreté urbaine. Elle touche aussi à la santé publique, à l’organisation des services municipaux et à l’usage des matières récupérables. Quand la collecte est irrégulière ou que les installations manquent, les habitants et les petites activités économiques en subissent directement les conséquences. Les travailleuses et travailleurs de la récupération, souvent présents dans l’économie informelle, sont également concernés par les choix de structuration de la filière.

Au Togo, la décentralisation donne aux communes un rôle central dans la gestion des services de proximité. Mais une responsabilité locale ne garantit pas, à elle seule, que les municipalités disposent des équipements, des recettes et des compétences nécessaires. La coopération entre l’État, les communes, les entreprises et les organisations de la société civile devient alors déterminante.

Kpalimé, étape de préparation avant Antalya

Le 26 octobre 2026, plus de 300 participants venus du Togo et d’autres pays africains se sont retrouvés à Kpalimé, ville située à environ 120 kilomètres au nord-ouest de Lomé. Le ministre togolais chargé de l’Environnement, Dodzi Komla Kokoroko, présidait cette rencontre consacrée aux solutions de gestion durable des déchets. Des élus, parlementaires, autorités traditionnelles, universitaires, entreprises, associations et jeunes figuraient parmi les participants.

Les échanges ont porté sur les moyens d’améliorer les systèmes de collecte et de traitement dans les villes et les territoires. Les participants ont aussi discuté de pratiques adaptées aux réalités locales. L’un des objectifs annoncés était de contribuer à une position africaine commune sur la gestion des déchets, dans la perspective des discussions internationales sur le climat.

Le calendrier est serré. La COP31, la conférence annuelle des Nations unies sur le climat, doit se tenir à Antalya, en Türkiye, du 9 au 20 novembre 2026. La rencontre de Kpalimé intervient donc moins de deux semaines avant son ouverture. Elle vise à harmoniser des priorités, mais les informations disponibles ne précisent pas si une déclaration commune a été adoptée, ni quelles propositions concrètes seraient portées à Antalya.

Cette distinction compte. Réunir des acteurs autour d’un objectif partagé ne signifie pas nécessairement que les gouvernements ont arrêté une position de négociation commune. Le poids politique d’une démarche panafricaine dépendra de la suite : coordination entre États, mandat des représentants et inscription de propositions précises dans les discussions de la COP.

L’économie circulaire, entre ambition et capacités locales

Le forum a placé l’économie circulaire au cœur de sa réflexion. Le principe consiste à limiter le gaspillage en réduisant les déchets, en réemployant des objets et en recyclant des matières. Pour les communes, cette orientation ne se résume pas à installer des bacs de tri. Elle suppose des circuits de collecte fiables, des lieux de traitement, des débouchés pour les matériaux et des règles qui associent les acteurs déjà présents dans la récupération.

Les effets des décisions ne seront pas identiques pour tous. Les municipalités devront financer les services et organiser leur fonctionnement. Les entreprises pourraient intervenir dans la collecte ou la transformation des matières, tandis que les ménages devront pouvoir accéder à des services réguliers. Dans les quartiers éloignés des centres, la distance et le coût du transport peuvent compliquer la collecte. Les activités informelles, elles, risquent d’être fragilisées si de nouveaux dispositifs les excluent au lieu de les intégrer.

Le parcours du Togo offre un point d’appui, mais aussi un rappel sur la durée des projets. Le programme GEDEC, consacré à la gestion des déchets et à la décentralisation, a été lancé en 2023 avec un financement européen de 4,2 millions d’euros et une mise en œuvre annoncée sur trois ans. Il ciblait cinq communes : Zio 1 à Tsévié, Ogou 1 à Atakpamé, Tchaoudjo 1 à Sokodé, Kozah 1 à Kara et Tône 1 à Dapaong.

Cette initiative visait à renforcer les services locaux d’assainissement et de gestion des déchets. La période annoncée pour le projet, de février 2023 à janvier 2026, est désormais passée. Les éléments consultés ne permettent pas d’établir ici quels résultats ont été atteints ni quelles activités ont été prolongées. Pour mesurer les progrès, il faudra donc distinguer les objectifs de départ des résultats vérifiés et de la capacité des communes à poursuivre les services après la fin du financement.

Une voix régionale à traduire en engagements

La discussion dépasse les frontières togolaises, mais les solutions ne peuvent être uniformes. Les villes africaines diffèrent par leur taille, leurs ressources, leurs infrastructures et leurs filières de récupération. Une position continentale utile devra ainsi conjuguer des priorités communes — financement, transfert de compétences, accès aux technologies et reconnaissance des besoins locaux — avec des réponses adaptées aux contextes nationaux.

À Antalya, l’enjeu sera de faire le lien entre les déclarations sur le climat et les services municipaux qui influencent directement la vie quotidienne. La gestion des déchets peut contribuer à réduire les pollutions et à mieux utiliser les ressources, mais elle nécessite des financements durables et des responsabilités clairement réparties. Les communes, en première ligne, auront besoin d’un appui qui ne s’arrête pas à la durée d’un projet.

La prochaine étape sera donc moins le nombre de participants que la traduction des échanges de Kpalimé en propositions suivies et défendues par les pays africains. La COP31 permettra de voir si la gestion des déchets trouve une place concrète dans les priorités portées par les délégations, et si les besoins des collectivités sont associés aux engagements internationaux.