À Lemba, dans la capitale congolaise, les séances d’escrime se tiennent à ciel ouvert. Pour Mervie Yembele Tulunga, qui s’entraîne plusieurs fois par semaine, la préparation aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar pose une question concrète : comment transformer le talent d’un jeune sportif en performance quand la fédération manque d’équipements et d’infrastructures ?
À Kinshasa, une discipline encore peu connue
Le sabre est l’arme de prédilection de Mervie. Dans un entretien réalisé avant les Jeux, le jeune escrimeur, alors âgé de 16 ans, expliquait s’entraîner le matin, du lundi au samedi, et reprendre certaines soirées. À Lemba, les athlètes travaillent leurs déplacements, leurs parades et leur vitesse sur un terrain extérieur.
Son premier contact avec l’escrime remonte aux Jeux de Rio, en 2016. Il avait alors découvert à la télévision les masques et les lames, sans savoir que la discipline se pratiquait aussi en République démocratique du Congo. Il a ensuite rejoint la Fédération congolaise d’escrime.
Ce parcours illustre un enjeu de visibilité. En RDC, où le football occupe une place majeure dans l’espace sportif, les disciplines moins médiatisées doivent souvent se faire connaître auprès des jeunes, des familles et des partenaires. L’escrime requiert en outre du matériel spécialisé et des espaces adaptés, difficiles à remplacer par un simple terrain polyvalent.
Neuf Congolais attendus aux Jeux de Dakar
Mervie figure dans la délégation de neuf athlètes de la RDC annoncée pour les JOJ, répartis dans huit disciplines. Le Comité olympique congolais a officialisé cette sélection en septembre 2026, selon deux médias congolais. La liste comprend notamment de l’athlétisme, du judo, de la natation, du taekwondo et du beach-volley. Pour ce dernier, la paire congolaise a obtenu sa qualification sur le terrain ; les autres disciplines ont bénéficié de places d’universalité accordées par le Comité international olympique, indique Cœur d’Afrique Media. Le chiffre et la composition de la délégation sont également rapportés par Cumulard.cd.
Les Jeux se déroulent au Sénégal du 31 octobre au 13 novembre 2026. Dakar 2026 est le premier événement sportif olympique organisé sur le continent africain. Les épreuves se tiennent à Dakar, Diamniadio et Saly, et réunissent des athlètes de 15 à 18 ans, selon le Comité international olympique.
Pour la RDC, représentée depuis Kinshasa, la compétition offre une scène internationale à une génération qui évolue dans des conditions très différentes de celles des délégations dotées de structures d’entraînement permanentes. Mais la participation n’efface pas ces écarts. Elle les rend aussi visibles : préparation, déplacements, équipement et encadrement pèsent sur la capacité à rivaliser.
Le rêve d’une médaille face aux limites matérielles
Dans l’entretien, Mervie dit vouloir saisir cette occasion et espérer rapporter une médaille olympique à son pays. Cette ambition lui appartient ; elle ne constitue pas une prévision de résultat. Pour un athlète de 16 ans, les JOJ représentent d’abord une première expérience de compétition de haut niveau, avec des adversaires venus de nombreux pays et un cadre différent des séances quotidiennes à Kinshasa.
Anaël Konga, présenté comme vice-président de la fédération, décrivait des conditions d’entraînement difficiles : pas de salle propre à l’organisation, peu de moyens et absence de sponsors. Il estimait que ces contraintes compliquent la formation d’un nombre suffisant d’escrimeurs pour les compétitions. Ces propos, issus de l’entretien, n’ont pas pu être recoupés indépendamment ; ils doivent donc être attribués à leur auteur.
La fédération compterait un peu plus d’une centaine de licenciés, selon ce même reportage. Ce chiffre donne un ordre de grandeur, mais ne renseigne pas à lui seul sur la répartition des pratiquants dans le pays, leur accès au matériel ou la continuité de leur encadrement. Il souligne néanmoins la fragilité d’une discipline dont le vivier reste limité.
Les conséquences touchent les athlètes de manière inégale. Un espoir sélectionné peut bénéficier d’une exposition internationale, tandis que les pratiquants restés dans les clubs font face aux mêmes besoins quotidiens sans garantie de soutien durable. À Kinshasa, l’absence de salle peut aussi limiter les créneaux et la qualité des séances ; hors de la capitale, les obstacles d’accès à un club et aux équipements peuvent être encore différents, mais les informations disponibles ne permettent pas d’en mesurer l’ampleur.
Un rendez-vous africain, un test pour la suite
Dakar 2026 donne aux jeunes sportifs africains la possibilité de concourir sur leur continent, sans réduire l’événement à une promesse de retombées automatiques. L’organisation de ces Jeux au Sénégal marque une étape olympique, mais les bénéfices pour les fédérations voisines dépendront aussi de ce qui restera après la compétition : formation des entraîneurs, équipements accessibles et parcours réguliers vers les tournois internationaux.
Pour l’escrime congolaise, le résultat de Mervie sera suivi, mais il ne résumera pas à lui seul l’état de la discipline. La question de fond est celle des moyens qui permettront aux jeunes escrimeurs de continuer après Dakar et à la fédération d’élargir son recrutement. Une médaille serait une performance individuelle marquante ; un encadrement plus stable donnerait, lui, une chance à davantage de talents.
Les JOJ se poursuivent jusqu’au 13 novembre. Pour la délégation de la RDC, l’échéance immédiate est la compétition. Pour les responsables sportifs congolais, l’enjeu plus long est de convertir cette sélection en expérience transmissible, afin que la prochaine génération ne dépende pas seulement de l’engagement personnel de quelques athlètes et encadreurs.