Un ballon, dans une ville encore sous tension

À Khartoum, la guerre a fragmenté les trajets, les familles et les terrains. Pourtant, un groupe de footballeurs soudanais continue de se retrouver pour s’entraîner, avec peu de moyens et beaucoup d’obstination. Leur objectif n’est pas symbolique seulement : ils veulent représenter le Soudan au Maroc, lors de la deuxième édition de la Coupe du monde de football des personnes de petite taille, prévue du 20 au 30 novembre 2026.

Le contraste dit beaucoup de l’époque soudanaise. Le pays reste traversé par un conflit armé qui a provoqué l’une des plus grandes crises de déplacement au monde, selon une déclaration conjointe de l’ONU et de l’Union africaine publiée en avril 2026. Dans ce contexte, la présence d’une équipe nationale, même issue du sport adapté, prend une portée bien plus large qu’un simple rendez-vous sportif.

Khartoum, le sport et la survie des institutions

Le Soudan appartient à l’IGAD, l’organisation régionale de la Corne de l’Afrique, tandis que l’Union africaine suit de près l’évolution du conflit et appelle à un processus politique inclusif. En février 2026, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a encore rappelé son attachement à l’unité et à l’intégrité territoriale du pays. En juin, la Commission de l’UA a de nouveau dénoncé l’escalade des violences.

Cette toile de fond compte, car le sport soudanais ne se résume plus à la performance. Il s’agit aussi de maintenir un minimum d’organisation collective dans un pays où les structures publiques ont été durablement bousculées par la guerre. L’équipe des joueurs de petite taille existe depuis 2020, grâce à l’initiative de bénévoles et de journalistes sportifs, et elle a depuis obtenu une reconnaissance officielle.

Le tournoi marocain est lui-même un signe de structuration du sport adapté sur le continent. SNRT News indique que la compétition rassemblera 24 sélections. Maroc World News rapporte la même configuration et précise que le Soudan figure parmi les équipes engagées. Le royaume, qui a déjà fait du football un outil de rayonnement régional, devient ainsi un point d’ancrage pour une discipline encore peu visible.

Les faits : une qualification préparée dans l’adversité

À Khartoum, les joueurs s’entraînent régulièrement malgré les contraintes de sécurité et de transport. Une image publiée par Reuters le 19 août 2026 montre une séance de travail datée du 17 août, dans la capitale soudanaise, signe que la préparation s’inscrit dans le temps long et non dans l’événementiel. Le média soudanais Al Jazeera Net a, de son côté, consacré le 16 août un reportage à cette équipe, confirmant l’intensité du travail de mise en place.

Les responsables de la sélection décrivent un dispositif construit à partir de peu. L’un d’eux, Mohammed Nour Kasha, président de la fédération soudanaise des personnes de petite taille, a expliqué que le groupe venait de différentes régions du pays et que les déplacements compliquaient la constitution du collectif. Un autre encadrement a rappelé que l’équipe avait déjà manqué une précédente édition, faute de financement suffisant et à cause des difficultés logistiques. Ces éléments sont rapportés par des médias arabophones et confirmés par les indications de Reuters.

Le tournoi de novembre sera la première participation internationale de cette sélection, selon Reuters. La coupe réunira 24 équipes, avec l’Argentine comme tenante du titre, détail qui donne aussi la mesure de l’écart entre les nations déjà installées dans cette niche sportive et celles qui cherchent encore à exister dans le circuit.

Ce que cette équipe dit du Soudan d’aujourd’hui

La portée de cette qualification dépasse largement le rectangle vert. Pour les joueurs, l’enjeu est d’abord personnel : exister dans un cadre sportif où la différence de taille a souvent servi de prétexte à l’exclusion. Pour le pays, l’équipe offre un rare récit de continuité. Elle montre qu’au milieu des déplacements internes, des ruptures administratives et des fragilités économiques, des groupes soudanais continuent d’organiser des pratiques collectives, des entraînements et des sélections nationales.

Ce point est important pour comprendre le Soudan sans le réduire à la guerre. D’un côté, les autorités régionales et continentales multiplient les appels au cessez-le-feu, au dialogue et à la protection des civils. De l’autre, des acteurs locaux tentent de maintenir des espaces de vie sociale, même minuscules. Le football adapté devient alors une preuve de résistance civique, mais aussi un indicateur : quand un pays arrive encore à faire circuler des joueurs entre régions pour préparer une compétition internationale, c’est qu’il existe toujours des réseaux, des solidarités et des relais institutionnels à préserver.

Le contraste est aussi social. Dans la capitale, où les installations restent limitées, l’effort repose sur des moyens très concrets : terrains disponibles, transports, équipement, accompagnement administratif. Dans les régions, la guerre a désorganisé les déplacements et rendu plus difficile la venue des joueurs. Ce déséquilibre résume une réalité plus large du Soudan contemporain : ce qui fonctionne encore le fait souvent par l’initiative locale, la débrouille et l’attachement à une idée de la représentation nationale.

Une résonance africaine au-delà du Maroc

Sur le plan continental, cette histoire rejoint un mouvement plus large : l’Afrique cherche à élargir la place donnée aux disciplines peu couvertes, aux athlètes marginalisés et aux formats sportifs qui n’entrent pas toujours dans les grands circuits commerciaux. Le Maroc, déjà au centre du football africain avec la CAN 2025 et coorganisateur du Mondial 2030, renforce encore sa position de plateforme sportive régionale. La tenue de cette Coupe du monde de football des personnes de petite taille s’inscrit dans cette stratégie d’accueil et de visibilité.

Pour le Soudan, la date à surveiller est claire : la fin novembre 2026 au Maroc. Pour l’UA et l’IGAD, le signal est différent. Tant que les institutions sportives et civiques continuent d’exister, même faiblement, elles offrent des points d’appui à une reconstruction future. Le match n’est donc pas seulement sur le terrain. Il se joue aussi dans la capacité des Soudanais à préserver des formes de vie commune pendant que les canons, eux, n’ont pas encore cessé.