À Katlehong, dans la périphérie de Johannesburg, des familles attendent depuis des années un raccordement officiel à l’électricité. À l’approche des élections municipales sud-africaines, cette attente devient un enjeu politique : des habitants disent vouloir sanctionner les responsables locaux en s’abstenant de voter.

Un service municipal au cœur du scrutin

Katlehong se trouve dans la province du Gauteng, au sein de la municipalité métropolitaine d’Ekurhuleni. Le township est proche de Johannesburg, capitale économique du pays, mais relève d’une administration municipale distincte. Cette distinction compte : la distribution des services de proximité, dont l’électricité et l’assainissement, engage plusieurs niveaux de responsabilité et ne dépend pas du seul gouvernement national.

Le scrutin municipal est fixé au 4 novembre 2026. Il déterminera la composition des conseils locaux, qui prennent des décisions sur des services concrets : entretien des rues, déchets, eau et planification des infrastructures. Pour les habitants, le bulletin de vote offre donc un moyen direct de juger leurs élus. Certains de Katlehong affirment toutefois qu’ils pourraient ne pas se rendre aux urnes.

Dans un secteur du township, environ 180 foyers dépendraient de branchements électriques non autorisés depuis plus de vingt ans. Des câbles posés le long des chemins relient les habitations au réseau. Ce chiffre et la durée sont rapportés par des habitants ; ils ne sont pas établis ici par un relevé municipal indépendant. Les résidents expliquent que leurs démarches pour obtenir des raccordements réguliers n’ont pas abouti.

La colère dépasse la question des câbles

« Nous avons pris une décision collective », résume un responsable communautaire cité dans les témoignages recueillis à Katlehong. Le mot d’ordre lancé par certains habitants — pas d’électricité, pas de vote — exprime une rupture de confiance. Il ne permet pas, à lui seul, de savoir combien de personnes s’abstiendront le jour du scrutin.

Les griefs évoqués dépassent l’accès au courant. Des habitants dénoncent également des problèmes d’assainissement, des dépôts sauvages de déchets et des espaces publics laissés à l’abandon. Ces plaintes mettent en cause la capacité de la municipalité à répondre aux besoins quotidiens, mais ne constituent pas une évaluation complète de l’ensemble des services ni de chaque quartier d’Ekurhuleni.

Les branchements de fortune répondent à un besoin immédiat, mais ils ne remplacent pas une desserte sûre et réglementée. Ils exposent les familles aux risques liés aux installations précaires et ne garantissent ni la stabilité de l’alimentation ni une réparation rapide en cas de panne. Les habitants, eux, soulignent les conséquences pratiques d’une absence de courant, notamment pour les tâches domestiques et les études des enfants.

La situation révèle aussi un problème de responsabilité publique. La municipalité intervient dans la planification et les services locaux, tandis que la fourniture et l’entretien du réseau peuvent impliquer d’autres opérateurs publics. Sans clarification sur l’origine du blocage et les travaux nécessaires, les résidents risquent de se retrouver entre administrations, chacune pouvant renvoyer la responsabilité à une autre.

Un avertissement pour l’ANC, pas un résultat électoral

Le mécontentement local survient après un recul historique du Congrès national africain (ANC). Aux élections nationales de 2024, le parti a recueilli 40,18 % des suffrages et perdu sa majorité parlementaire pour la première fois depuis 1994. Il a ensuite constitué un gouvernement d’unité nationale avec plusieurs partenaires. Ce résultat documente une évolution nationale ; il ne prédit pas automatiquement l’issue du scrutin municipal à Ekurhuleni.

L’ANC reste confronté à une question politique de fond : son héritage de mouvement de libération suffit-il encore à maintenir la fidélité électorale lorsque les habitants jugent les services locaux insuffisants ? À Katlehong, certains disent vouloir tourner le dos au parti. D’autres peuvent rester attachés à l’ANC ou hésiter entre abstention et soutien à une autre formation. Une déclaration de boycott ne mesure donc ni les préférences de tous les habitants ni leur vote effectif.

L’impact d’une telle abstention pourrait aussi différer selon les groupes. Dans les quartiers où les réseaux informels sont répandus, le manque de raccordement pèse directement sur la vie domestique. Pour les petites activités économiques, l’électricité conditionne aussi le fonctionnement d’équipements et la continuité du travail. Mais sans données locales détaillées, il serait hasardeux de quantifier ces effets ou d’affirmer qu’ils sont identiques dans tout le township.

Un test local dans une Afrique australe attentive

En Afrique australe, les élections municipales sud-africaines seront suivies comme un indicateur de confiance envers les administrations locales et les partis historiques. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale de coopération, ne gère pas les services d’Ekurhuleni ; l’enjeu est plutôt politique : la manière dont les collectivités répondent aux demandes des habitants nourrit le débat régional sur la représentation et la gouvernance.

Pour l’Union africaine, le cas rappelle aussi qu’une élection ne se résume pas au décompte des voix. La participation, l’accès à l’information et la capacité des élus à rendre compte de leurs décisions contribuent à la confiance démocratique. Mais l’abstention annoncée par certains habitants ne doit pas être présentée comme un boycott général ni comme un verdict déjà rendu contre l’ANC.

Le 4 novembre, le résultat dira si le mécontentement exprimé à Katlehong se traduit dans les urnes, par l’abstention ou par un vote en faveur d’une autre formation. Il restera ensuite à voir si les nouvelles autorités préciseront les responsabilités autour des raccordements et fixeront un calendrier crédible pour les services attendus. Pour les habitants concernés, l’enjeu dépasse la campagne : il s’agit de sortir d’une attente qui, selon eux, dure depuis des décennies.