À Kananga, le défi ne consiste pas seulement à produire davantage d’eau. Il faut aussi la rendre disponible dans les quartiers, sécuriser l’énergie des installations et maintenir un réseau capable d’accompagner la croissance de la ville. Le lancement d’un vaste chantier, le 5 octobre 2026, ouvre une nouvelle étape pour l’accès à ce service essentiel dans le Kasaï-Central.
Un chantier pensé pour changer l’échelle
Le programme mobilise environ 164 millions de dollars avec l’appui de la Banque mondiale. Il doit porter la capacité nominale de production de Kananga à près de 125 000 mètres cubes d’eau potable par jour. L’objectif annoncé est de desservir environ 1,5 million d’habitants.
Le ministre congolais des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, a lancé les travaux à Kananga au nom des autorités nationales. Le projet relève d’AGREE, le Projet d’accès, de gouvernance et de réforme des secteurs de l’électricité et de l’eau. Ce programme soutient l’extension des services publics dans plusieurs provinces de la République démocratique du Congo.
La première composante concerne la rivière Lulua. Une nouvelle usine de traitement doit y être construite, avec des ouvrages de captage, de pompage et d’acheminement vers le réseau urbain. La première phase prévoit une capacité de 75 000 mètres cubes par jour, selon les documents d’appel d’offres liés au projet.
Le dispositif ne repose toutefois pas sur une seule infrastructure. L’usine de Kanyuka doit être réhabilitée et agrandie. Les installations de captage de Tshibashi, les réservoirs de stockage et les conduites de distribution font également partie du programme. Cette approche vise à limiter le risque de créer une capacité de production sans résoudre les difficultés de transport et de stockage.
À Kananga, l’accès dépend aussi de la fiabilité du réseau
Kananga, chef-lieu du Kasaï-Central, connaît depuis plusieurs années une desserte irrégulière. Les habitants de plusieurs quartiers ont encore recours aux puits, aux forages ou aux points d’eau collectifs lorsque les robinets de la REGIDESO restent à sec.
En juin 2026, des quartiers de la ville ont été privés d’eau pendant plus de deux semaines, d’après des témoignages recueillis localement. Cette situation a rappelé que la question ne se limite pas au volume d’eau disponible. Les pannes, les conduites endommagées, l’insuffisance du stockage et les difficultés d’alimentation électrique pèsent aussi sur la continuité du service.
La REGIDESO, entreprise publique chargée de la distribution d’eau, avait déjà signalé en 2024 les contraintes liées à l’énergie et à la vétusté de certains équipements. À Kananga, la production et le pompage dépendent donc de la capacité à alimenter régulièrement les installations. Sans solution énergétique durable, une usine neuve pourrait fonctionner en dessous de son potentiel.
Le projet prévoit ainsi des équipements complémentaires. Les études et documents techniques mentionnent notamment des réservoirs, un château d’eau, des conduites primaires, secondaires et tertiaires, ainsi que des dispositifs de supervision. Ils prévoient aussi des branchements et des bornes-fontaines afin d’élargir la desserte au-delà des zones déjà raccordées.
Un investissement qui devra être suivi sur le terrain
Le montant annoncé donne une idée de l’ampleur du chantier. Mais son impact réel dépendra de plusieurs étapes : l’achèvement des travaux, la mise en service progressive des ouvrages, la qualité de l’exploitation et la capacité à entretenir les équipements.
Le premier indicateur sera la livraison effective de la première unité de l’usine de Lulua, annoncée avec une capacité de 75 000 mètres cubes par jour. Il faudra ensuite vérifier le rythme des raccordements, la régularité de la desserte et l’évolution des pertes sur le réseau.
Cette dernière question est centrale. Une hausse de la production ne garantit pas automatiquement une hausse équivalente de l’eau reçue par les ménages. Les fuites, les branchements non fonctionnels et les interruptions d’énergie peuvent réduire fortement le volume qui arrive effectivement aux usagers.
La gouvernance du secteur jouera également un rôle important. AGREE ne vise pas uniquement la construction d’ouvrages. Le projet comprend aussi des actions sur la réforme et la performance des secteurs de l’eau et de l’électricité. Pour Kananga, l’enjeu sera donc de transformer un financement d’infrastructure en service public durable.
Les effets ne seront pas identiques pour tous les habitants. Les ménages raccordés au réseau pourraient bénéficier d’une desserte plus régulière. Dans les quartiers périphériques, l’accès passera probablement par l’extension des conduites et l’installation de points d’eau. Les petites activités économiques, les établissements de santé et les écoles ont, eux aussi, besoin d’un approvisionnement prévisible pour fonctionner dans de bonnes conditions.
Un projet inscrit dans la trajectoire de la RDC
La République démocratique du Congo dispose d’importantes ressources hydriques, mais leur transformation en service accessible reste inégale. L’écart entre les centres urbains, les périphéries et les zones rurales demeure marqué. La croissance démographique augmente, en parallèle, la pression sur les réseaux existants.
Dans ce contexte, le chantier de Kananga s’inscrit dans une stratégie plus large. Le programme AGREE intervient dans plusieurs provinces congolaises et associe l’accès à l’eau à la question de l’électricité. Ce lien est décisif : le traitement, le pompage et la distribution nécessitent une énergie stable.
À l’échelle régionale, la réussite du projet sera observée au-delà du Kasaï-Central. Elle illustrera la capacité de la RDC à conduire des investissements urbains complexes dans des villes éloignées de Kinshasa. Elle posera aussi la question de la coordination entre l’État central, les autorités provinciales, la REGIDESO et les partenaires financiers.
Pour les Congolais de Kananga, l’échéance la plus concrète reste toutefois celle du robinet. Le projet ne sera pleinement jugé ni sur son montant ni sur ses annonces, mais sur la durée et la régularité de l’eau distribuée dans les quartiers. Les prochaines étapes à surveiller sont la construction de l’unité de Lulua, la réhabilitation de Kanyuka et l’extension effective du réseau.