À Jijel, le feu ne détruit pas seulement des maisons. Il bouscule aussi les routines les plus simples : dormir, manger, se soigner, recommencer.
Dans la wilaya de Jijel, au nord-est de l’Algérie, les incendies de forêt ont forcé des familles entières à quitter leur village en quelques minutes. Des écoles ont servi d’abris provisoires. Là, des bénévoles ont pris le relais pour distribuer de l’eau, du pain, du lait et des produits de première nécessité. Ce type de chaîne de solidarité dit beaucoup d’un pays où la réponse d’urgence repose souvent sur l’État, mais aussi sur les réseaux locaux, les associations et les habitants eux-mêmes.
Le cas de Jijel rappelle une réalité plus large en Afrique du Nord : la multiplication des épisodes de chaleur, de sécheresse et de feux de végétation rend les territoires forestiers plus vulnérables. L’Union africaine a déjà placé l’adaptation climatique et la résilience au cœur de son agenda, tandis que la FAO prévient que le changement climatique accentue la fragilité des forêts face aux incendies. Pour l’Algérie, pays méditerranéen exposé aux étés secs, la question n’est plus seulement celle de l’extinction des flammes, mais celle de la préparation, de la prévention et de la protection des populations.
Des villages évacués, des écoles transformées en centres d’accueil
Les personnes touchées par les feux proviennent notamment des communes de Djemaa Beni Habibi et de Bordj Tahar. Dans ces zones, les habitants déplacés ont trouvé refuge dans des établissements scolaires, où l’aide est centralisée puis redistribuée. Les équipes médicales sont également mobilisées dans les centres d’hébergement provisoires, afin d’assurer les soins de base et le suivi des personnes fragiles. La Protection civile a indiqué que les principaux foyers avaient été éteints, ce qui a permis de stabiliser progressivement la situation dans la wilaya, même si le bilan matériel reste lourd.
Les autorités ont aussi annoncé l’ouverture d’enquêtes approfondies pour déterminer l’origine de plusieurs incendies enregistrés dans différentes wilayas. Ce point est important. En Algérie, comme dans d’autres pays méditerranéens, un feu de forêt peut être la conséquence d’un accident, d’une imprudence, d’un acte criminel ou d’une combinaison de facteurs climatiques et humains. Tant que les enquêtes ne sont pas achevées, mieux vaut éviter toute conclusion hâtive. Le premier enjeu reste la sécurité des habitants, puis la consolidation des faits.
Au cœur de cette urgence, les bénévoles jouent un rôle visible. Farida Briber explique que les dons sont rassemblés dans un centre avant d’être répartis dans chaque village touché, y compris au centre-ville. Saïd Bouzit, lui, évoque une situation difficile à compter précisément, tant l’ampleur du drame complique tout recensement immédiat. Ces témoignages rappellent une chose simple : dans une catastrophe, la logistique locale compte autant que les annonces officielles. Une bouteille d’eau, un morceau de pain, du lait pour les enfants, une couverture pour la nuit peuvent faire la différence dans les premières heures.
Ce que la catastrophe révèle de Jijel, et plus largement de l’Algérie
Jijel est une wilaya forestière, côtière et agricole. Quand les flammes avancent, elles ne menacent pas seulement des habitations isolées. Elles touchent aussi des exploitations, des chemins de desserte, des petits commerces et des activités informelles qui font vivre une partie des familles. Dans les communes rurales, une maison perdue ne se remplace pas vite. Une récolte brûlée non plus. Pour les ménages, le choc est donc double : perte matérielle immédiate, puis incertitude sur la reprise.
Cette différence entre le centre urbain et les villages périphériques compte beaucoup. En ville, les services publics et les commerces restent souvent accessibles plus rapidement. Dans les zones enclavées, en revanche, les évacuations dépendent d’équipes mobiles, de bus, d’axes routiers dégagés et d’une coordination sans faille entre protection civile, santé et collectivités locales. C’est là que la solidarité associative prend tout son sens : elle comble le vide entre la première alerte et le retour à une vie normale.
Le drame de Jijel intervient aussi dans un pays qui a déjà connu, ces dernières années, des saisons d’incendies particulièrement éprouvantes. Les autorités algériennes ont renforcé la surveillance et l’inventaire des dégâts après les feux récents, tandis que le gouvernement insiste sur la prise en charge des sinistrés et la réparation des pertes. La réaction publique ne se limite donc plus à l’extinction des flammes : elle inclut désormais le recensement, l’indemnisation et le suivi des ménages déplacés.
Une alerte pour tout le pourtour méditerranéen et l’Afrique du Nord
La portée de ces incendies dépasse la seule wilaya de Jijel. L’Algérie fait partie d’un espace nord-africain où les épisodes extrêmes se répètent plus souvent. L’Union africaine rappelle que le continent doit penser la sécurité climatique comme une politique publique à part entière. Autrement dit, la lutte contre les feux de forêt ne relève pas seulement des pompiers ; elle engage aussi l’aménagement du territoire, la gestion des forêts, l’alerte météo, l’éducation au risque et la coordination régionale.
Pour Alger, la question est aussi politique et sociale. Quand une catastrophe survient, la capacité de l’État à protéger, déplacer, nourrir et reloger vite devient un test de confiance. Quand les bénévoles se mobilisent en parallèle, ils ne remplacent pas les institutions ; ils révèlent leur complémentarité. C’est souvent dans ces moments-là que se mesure la solidité réelle d’un territoire : non pas à l’ampleur du désastre, mais à la vitesse avec laquelle la chaîne de secours et de solidarité se remet en marche.