Un marché régional encore étroit, mais plus lisible

Quand un titre concentre presque l’essentiel des échanges sur une place boursière, cela dit beaucoup plus que la seule santé d’une entreprise. Cela raconte aussi la profondeur d’un marché, la confiance des investisseurs et la capacité des sociétés cotées à attirer des ordres dans la durée. À la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale, cette réalité reste très marquée. Le compartiment actions demeure petit, avec seulement six valeurs cotées, dans un écosystème CEMAC où la BVMAC, installée à Douala, cherche encore à élargir sa base d’épargne longue.

Dans ce paysage, la Société des Eaux Minérales du Cameroun s’est imposée comme le titre le plus échangé en 2025. Le phénomène compte pour le Camerounais, mais aussi pour l’ensemble de l’Afrique centrale. Il montre qu’un papier industriel local peut devenir un point d’appui de liquidité quand l’offre de titres reste limitée et que les investisseurs arbitrent entre peu d’options.

SEMC tire le compartiment actions

Selon le rapport annuel 2025 de la BVMAC, la SEMC a enregistré une hausse très nette de son activité boursière. Le volume de titres échangés sur sa valeur a progressé de 204 %, la valeur des transactions de 201 % et le nombre d’opérations de 229 % par rapport à l’exercice précédent. Son ratio de liquidité est passé de 0,14 % en 2023 à 1,59 % en 2024, puis à 4,84 % en 2025. En bourse, la liquidité mesure la facilité avec laquelle on peut acheter ou vendre un titre sans déséquilibrer le marché.

Cette montée en puissance ne tombe pas du ciel. La SEMC, filiale du groupe Castel et acteur industriel camerounais bien installé, a également amélioré ses comptes en 2025. Ses états financiers font apparaître un chiffre d’affaires d’environ 10,46 milliards de FCFA et un résultat net de 840,7 millions de FCFA. La société a aussi convoqué ses actionnaires en 2026 pour approuver les comptes de l’exercice clos le 31 décembre 2025, signe qu’elle reste l’une des rares entreprises industrielles du pays à combiner présence boursière, activité commerciale régulière et distribution de valeur aux actionnaires.

Le contexte rend cette performance plus parlante encore. La BVMAC reste un marché de taille modeste, structuré autour d’un nombre réduit d’émetteurs et d’un flottant limité. Cela signifie qu’un seul titre dynamique peut peser lourd dans les statistiques globales. Le volume total des actions échangées a atteint 23 817 titres en 2025, contre 15 762 en 2024, soit une hausse d’environ 51 %. La valeur cumulée des transactions a, elle aussi, progressé pour s’établir autour de 739,844 millions de FCFA.

Les autres valeurs montrent des trajectoires très contrastées

Le reste du marché n’a pas suivi la même cadence. SAFACAM, autre entreprise camerounaise cotée, a vu son cours progresser entre le début et la fin de l’exercice 2025, avec une hausse de 14,07 % à 30 000 FCFA. Les échanges ont suivi, avec un volume et une valeur de transactions en hausse. Le tableau est différent pour SOCAPALM, où le volume négocié a reculé alors que le nombre d’opérations a légèrement augmenté. La Régionale Bank et BANGE ont également vu leur activité boursière se contracter. SCG-Ré, de son côté, a connu un regain d’échanges plus marqué, alors que son cours s’est légèrement apprécié.

Valeur cotée Tendance 2025 sur les échanges Lecture principale
SEMC Forte hausse du volume, de la valeur et du nombre de transactions Valeur la plus liquide du marché actions
SAFACAM Progression du cours et des échanges Hausse soutenue, mais marché plus étroit
SOCAPALM Repli du volume et de la valeur échangés Moins d’animation sur le titre
La Régionale Bank Baisse du volume et de la valeur transigés Retrait d’une valeur bancaire pourtant suivie
BANGE Contraction de l’activité boursière Moindre circulation du titre
SCG-Ré Rebond net des échanges Progression d’un titre de réassurance encore peu profond

Cette dispersion rappelle une donnée centrale : la BVMAC reste un marché de valorisation autant qu’un marché de financement, mais elle peine encore à jouer pleinement son rôle de liquidité continue. Pour les entreprises, cela signifie que la cote ne garantit pas une animation régulière du titre. Pour les actionnaires individuels, cela veut dire que la sortie du capital peut rester lente, surtout quand les volumes sont faibles. Pour les investisseurs institutionnels, enfin, le ticket d’entrée et de sortie dépend encore fortement d’un nombre très limité de contreparties.

Ce que ce signal change pour le Cameroun et l’Afrique centrale

Pour le Cameroun, la lecture est double. D’un côté, une entreprise installée à Douala peut devenir la principale valeur d’échange d’une bourse régionale censée irriguer plusieurs économies de la CEMAC. De l’autre, la place financière camerounaise profite d’un titre qui prouve qu’une marque de consommation courante peut créer de l’activité boursière quand la gouvernance, les résultats et la visibilité de marché suivent. C’est important dans une économie où l’épargne formelle cherche encore des supports lisibles, au-delà du crédit bancaire classique.

À l’échelle régionale, le signal est plus large. La CEMAC a besoin d’un marché secondaire plus vivant pour donner de la profondeur aux émissions déjà cotées, qu’il s’agisse d’actions ou d’obligations souveraines et corporates. La BEAC et les institutions financières régionales poussent depuis plusieurs années à améliorer l’intégration financière, mais la réalité de terrain reste celle d’un marché concentré, peu diversifié et sensible à la présence de quelques titres phares. La hausse de la SEMC ne règle pas cette fragilité, mais elle montre qu’une liquidité existe dès qu’un émetteur réunit résultats, visibilité et confiance.

La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, la capacité de la BVMAC à attirer de nouveaux émetteurs sans diluer les exigences de transparence. Ensuite, la faculté des sociétés déjà cotées à maintenir des résultats réguliers et des politiques de distribution claires. Dans un marché encore compact, chaque publication de comptes, chaque assemblée générale et chaque opération sur titre a un effet plus visible qu’ailleurs. C’est là que se construit, lentement, la crédibilité d’une place boursière d’Afrique centrale.