Le 31 octobre, lorsque les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) s’ouvriront au Sénégal, six jeunes réfugiés prendront part à une première : une équipe olympique dédiée aux athlètes déplacés participera pour la première fois à cette compétition. Parmi eux, deux sprinteurs originaires de l’est de la République démocratique du Congo, Florence Masumbe et Rachid Rochene, courront le 200 mètres.

Leur présence inscrit une histoire de déplacement dans un événement organisé à Dakar, mais elle ne résume ni leur parcours à l’exil ni leur avenir à la piste. Elle pose aussi une question concrète : quelles conditions permettent à de jeunes sportifs de poursuivre leurs études, leur entraînement et leurs ambitions après avoir fui leur pays ?

De l’Ouganda à la piste de Dakar

Florence Masumbe, 16 ans, a grandi dans le camp de réfugiés de Rwamwanja, dans l’ouest de l’Ouganda. Rachid Rochene, lui aussi adolescent, s’entraîne dans le pays qui accueille sa famille après sa fuite de l’est congolais. Tous deux sont sélectionnés pour le 200 mètres, respectivement dans les épreuves féminine et masculine.

Le Comité international olympique (CIO) a dévoilé en juin une délégation de six athlètes réfugiés, accueillis par les Comités nationaux olympiques du Kenya et de l’Ouganda. Elle comprend quatre athlètes en athlétisme, ainsi que des représentants du judo et du taekwondo. La sélection compte trois filles et trois garçons. La Radiodiffusion Télévision Sénégalaise a également rapporté que plusieurs sportifs avaient été repérés lors de sélections au Kenya et en Ouganda.

Leur préparation les a conduits au centre d’entraînement de Kaptagat, au Kenya, puis à des compétitions régionales. Le Comité olympique ougandais indique que Masumbe et Rochene ont disputé le 200 mètres aux Jeux de la Zone V de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique. Ces étapes offrent une expérience de compétition avant Dakar, sans garantir pour autant un résultat ni un parcours sportif durable.

Le sport, mais aussi la continuité des parcours

En Ouganda, leur progression est liée à Game Connect, un programme de la Fondation olympique pour les réfugiés. Selon le Comité olympique ougandais, l’initiative associe jeunes déplacés et communautés d’accueil dans plusieurs localités. Elle utilise le sport pour soutenir le bien-être psychosocial, les liens sociaux et l’inclusion. L’organisation indique toucher plus de 10 000 jeunes.

Le programme donne un cadre d’entraînement et des occasions de rencontre. Mais une sélection olympique ne règle pas les obstacles du quotidien : accès aux études, déplacements, équipements, encadrement et stabilité du suivi sportif. Dans le cas de jeunes réfugiés, les appuis nécessaires dépassent donc la seule période de compétition. La source à l’origine des informations sur Masumbe et Rochene évoque également un financement de préparation. Ce montant n’étant pas confirmé par une seconde source indépendante, il n’est pas repris ici.

Florence espère que l’athlétisme pourra élargir ses perspectives, notamment sur le plan scolaire, et encourager d’autres jeunes réfugiés. Rachid parle, lui, de son envie de courir contre les meilleurs. Leurs ambitions sont personnelles. Elles ne doivent pas être ramenées à une fonction symbolique, même si leur présence donnera une visibilité nouvelle à des jeunes sportifs déplacés.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a salué la création de cette première équipe de jeunes réfugiés. Dans son communiqué, il précise que ses six membres vivent au Kenya ou en Ouganda et viennent de plusieurs pays africains. Les deux sprinteurs congolais font ainsi partie d’une délégation diverse, et non d’une équipe représentant un seul pays d’origine.

Dakar, scène sportive et rendez-vous africain

Les JOJ auront lieu du 31 octobre au 13 novembre 2026, à Dakar, Diamniadio et Saly. Environ 2 700 athlètes de 17 ans et moins sont attendus, selon la RTS. Il s’agit du premier événement olympique organisé sur le continent africain. Pour le Sénégal, l’enjeu est aussi d’accueillir une compétition répartie entre plusieurs sites et de faire vivre l’événement au-delà de la capitale, dans les lieux qui recevront les épreuves.

Le rendez-vous dépasse les frontières sénégalaises. En Afrique de l’Ouest, les membres de la CEDEAO — la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest — partagent des enjeux liés à la mobilité, à la jeunesse et à la coopération sportive. Les Jeux ne résolvent pas les difficultés rencontrées par les personnes déplacées. Ils offrent toutefois une scène où les institutions sportives africaines, les pays d’accueil et les organisations internationales peuvent rendre visibles des parcours souvent absents des grandes compétitions.

Le CIO et le HCR présentent cette participation comme une première pour les JOJ. Le Comité olympique ougandais, lui, met en avant le rôle de programmes locaux dans le repérage et l’accompagnement des athlètes. Ces approches se rejoignent sur un point : l’accès à la compétition dépend de partenariats et d’un travail engagé bien avant l’arrivée au stade.

À Dakar, les chronos de Masumbe et Rochene seront mesurés comme ceux des autres concurrents. Leur participation rappelle en même temps que l’accès au sport de haut niveau reste lié à des ressources concrètes : entraînement, études et accompagnement dans la durée. Après les Jeux, la question sera de savoir si cette première équipe ouvre des possibilités durables pour les jeunes athlètes déplacés, au Sénégal comme dans les pays qui les accueillent.