À Nairobi, le judo a commencé dans un espace familial : Arno Yafunga Botay observait son père s’entraîner avant de lui demander de lui apprendre les prises. À 15 ans, le jeune Congolais s’apprête à porter un autre rôle : celui de judoka de l’équipe olympique des réfugiés aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar.
De la RDC à Nairobi, un parcours façonné par le judo
Arno avait six ans lorsque sa famille a fui la République démocratique du Congo. Son père, Arnold, affirme avoir été menacé. Il raconte qu’une attaque contre leur domicile a coûté la vie à l’un de ses enfants, âgé de sept mois. Ces éléments relèvent du témoignage familial et n’ont pas été corroborés indépendamment.
La famille a d’abord vécu au camp de Kakuma, dans le nord-ouest du Kenya, puis s’est installée à Nairobi. À sept ans, Arno a commencé à apprendre les règles et les techniques du judo auprès de son père. Depuis 2020, il s’entraîne dans un dojo de la capitale kényane.
La sélection d’Arno en catégorie des moins de 55 kg s’inscrit dans une équipe de six jeunes athlètes réfugiés. Le Comité international olympique (CIO) confirme que cette délégation participera à trois sports : l’athlétisme, le judo et le taekwondo. Elle a été constituée avec l’appui des comités olympiques du Kenya et de l’Ouganda.
Arno dit avoir été surpris par sa sélection. Il a décrit des larmes de joie et le poids particulier de représenter sa communauté. « Un réfugié est un être humain comme les autres », résume-t-il dans son témoignage.
Un rendez-vous inédit sur le continent
Les Jeux de Dakar se dérouleront du 31 octobre au 13 novembre 2026. Le Sénégal accueillera ainsi le premier événement olympique organisé sur le sol africain. Dakar, Diamniadio et Saly doivent accueillir les compétitions et les activités liées aux Jeux.
Dakar 2026 marquera aussi une première pour les Jeux olympiques de la jeunesse : une équipe olympique de jeunes réfugiés y prendra part. Le CIO inscrit cette participation dans la continuité de l’équipe créée pour les Jeux de Rio, en 2016. À Paris, en 2024, la boxeuse Cindy Ngamba, née au Cameroun, avait décroché le bronze, première médaille de l’histoire de cette équipe.
La portée de cette première dépasse le symbole. La présence d’athlètes réfugiés dans une compétition organisée en Afrique rend visibles des trajectoires souvent racontées uniquement à travers le déplacement et la précarité. Elle place aussi les institutions sportives devant une question concrète : comment permettre à ces jeunes de s’entraîner et de progresser au-delà d’un grand rendez-vous ?
Les obstacles ne s’arrêtent pas à la sélection
Arno évoque des difficultés matérielles : l’achat d’un judogi, le transport vers les compétitions locales et les frais liés à l’école. Il dit que sa famille a peu de moyens et qu’il faut disposer de documents pour vivre au Kenya. Ces propos décrivent leur situation particulière, sans établir qu’ils résument celle de toutes les familles réfugiées du pays.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés indique que les enfants réfugiés peuvent accéder à l’enseignement au Kenya. Pour les familles vivant en milieu urbain, l’accès à l’école publique primaire et secondaire de jour est gratuit, mais des frais et contributions supplémentaires peuvent être demandés. L’accès en droit ne supprime donc pas tous les coûts qui pèsent sur un ménage.
Dans ce contexte, le soutien sportif peut ouvrir une voie, mais ne remplace ni des papiers accessibles, ni la continuité scolaire, ni les moyens réguliers de s’entraîner. Le CIO a annoncé un programme communautaire et un parcours de soutien aux athlètes pour accompagner la délégation. Reste à savoir si ces dispositifs pourront produire des bénéfices durables dans les clubs et les communautés d’accueil.
Au dojo de Nairobi, le père d’Arno continue de l’entraîner. Son frère Christian, âgé de 17 ans selon le récit familial, lui sert parfois de partenaire. Le propriétaire du club estime que cette sélection a suscité davantage d’intérêt pour le judo parmi les parents. C’est un effet local, encore modeste, mais tangible : une réussite individuelle peut attirer de nouveaux jeunes vers une discipline qui enseigne aussi la maîtrise et le respect.
Après Dakar, l’enjeu sera la continuité
Arno a confié vouloir rendre visite aux judokas de Kakuma et leur transmettre ce qu’il a appris. Il espère une médaille d’or, mais cette ambition reste la sienne : aucune performance ne peut être présumée avant les épreuves. Son projet met déjà en lumière un autre enjeu, celui de faire circuler l’expérience entre les clubs urbains et les jeunes sportifs des camps.
Pour la RDC, son parcours rappelle les liens qui relient les populations déplacées aux sociétés voisines, ici le Kenya, sans effacer son identité congolaise. Pour le Sénégal, la tenue des Jeux fait entrer le continent dans une nouvelle étape de l’histoire olympique. Et pour les instances sportives africaines et internationales, le test ne se limitera pas à la cérémonie : il portera aussi sur l’accès à la pratique, la formation et l’accompagnement après novembre 2026.
Arno ne peut, à lui seul, représenter toutes les personnes réfugiées. Mais son parcours donne un visage à une équipe nouvelle et pose une question précise : que restera-t-il de cette visibilité une fois les tatamis rangés ?