La condamnation de Saad Lamjarred ajoute un nouveau chapitre judiciaire à une affaire suivie bien au-delà de la France. Le chanteur marocain a été reconnu coupable, en appel, de viol aggravé commis à Paris en 2016. La décision intervient alors qu’une autre condamnation pour viol, prononcée en mai 2026 dans le Var, reste contestée.

Une peine alourdie en appel

Dans la nuit du vendredi 25 au samedi 26 septembre 2026, la cour d’assises d’appel du Val-de-Marne, réunie à Créteil, a condamné Saad Lamjarred à dix ans de réclusion criminelle. En première instance, la cour d’assises de Paris lui avait infligé six ans de prison en février 2023.

La peine prononcée en appel est donc supérieure de quatre ans à celle décidée en première instance. Le parquet général avait requis huit ans de réclusion. La cour a également ordonné le mandat de dépôt de l’accusé, qui a été incarcéré à l’issue du verdict, ainsi que son inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles.

Les faits jugés remontent à octobre 2016. Saad Lamjarred avait alors rencontré Laura P., âgée de 20 ans, dans une discothèque parisienne. La jeune femme l’accusait de l’avoir violée dans une chambre d’hôtel. La circonstance aggravante liée à l’état alcoolisé de l’accusé a été retenue par la cour.

Le procès s’est tenu à huis clos, comme le permet la procédure dans ce type d’affaire afin de protéger la vie privée des parties. Saad Lamjarred continue de nier les faits. Son avocate, Me Marie Burguburu, a annoncé un pourvoi en cassation. Cette démarche ne constitue pas un nouveau procès sur les faits : la Cour de cassation vérifie principalement le respect des règles de droit et de procédure.

Une affaire suivie au Maroc et dans le monde arabe

Le verdict concerne une procédure française, mais ses répercussions dépassent largement le cadre judiciaire national. Saad Lamjarred reste l’un des artistes marocains les plus connus dans l’espace arabe. Ses chansons ont rencontré un large public au Maroc, au Maghreb et au Moyen-Orient.

Cette notoriété explique l’attention portée à chaque étape de la procédure. Elle rappelle aussi une distinction essentielle : la popularité d’un artiste ne préjuge ni de sa responsabilité pénale ni de l’issue d’une procédure. De la même manière, une condamnation rendue par une cour doit être rapportée avec précision, sans transformer un dossier judiciaire en jugement collectif sur une société ou une communauté.

Au Maroc, cette affaire intervient dans un paysage culturel où les artistes disposent d’une forte visibilité publique, notamment grâce aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux. Elle met en lumière la tension entre la place d’une vedette dans l’industrie musicale et les exigences de la justice lorsqu’une personne est accusée de violences sexuelles.

Le débat autour d’un volet d’extorsion

La défense avait insisté sur un autre dossier judiciaire. En avril 2026, cinq personnes ont été condamnées pour tentative d’extorsion visant le chanteur. Selon les éléments rapportés pendant les audiences, trois millions d’euros auraient été réclamés en échange du retrait de la plainte et de l’absence de témoignage de la plaignante.

Laura P. a été relaxée dans cette procédure. Sa mère, une avocate, une influenceuse et deux autres personnes ont, en revanche, été condamnées à des peines comprises entre six mois et deux ans d’emprisonnement avec sursis.

La défense de Saad Lamjarred estimait que ce volet devait peser davantage dans l’appréciation du dossier principal. Elle a jugé la décision de la cour « incompréhensible » et a soutenu que les demandes financières démontraient l’existence d’une tentative de pression autour de l’affaire.

Les avocats de Laura P. ont défendu une lecture différente. Ils ont estimé que la peine s’expliquait par le profil judiciaire de l’accusé et par la manière dont la défense avait contesté la parole de leur cliente. Ces arguments appartiennent au débat contradictoire du procès. Ils ne modifient pas, à eux seuls, la portée juridique du verdict rendu le 26 septembre 2026.

Une deuxième condamnation contestée

Le dossier de Créteil n’est pas le seul volet judiciaire concernant le chanteur marocain en France. Le 15 mai 2026, la cour d’assises du Var, à Draguignan, l’a condamné à cinq ans de prison pour le viol d’une jeune femme rencontré près de Saint-Tropez en 2018. Saad Lamjarred a fait appel de cette décision.

Cette condamnation n’est donc pas définitive. Elle porte sur des faits distincts de ceux examinés à Créteil. Les deux procédures ne doivent pas être confondues, même si elles concernent le même accusé et des accusations de nature comparable.

Dans l’affaire parisienne, la décision d’appel marque toutefois un tournant important. La cour a confirmé la culpabilité retenue en première instance tout en aggravant la peine. Le pourvoi annoncé par la défense ouvre désormais une nouvelle étape, centrée sur d’éventuelles erreurs de droit.

Ce que l’affaire révèle au-delà du verdict

Cette séquence judiciaire place au premier plan la question du traitement des violences sexuelles lorsque la personne mise en cause est une personnalité très connue. Elle montre aussi la difficulté de préserver la parole des parties dans un espace médiatique dominé par les prises de position immédiates et les campagnes numériques.

Pour les victimes présumées, l’exposition publique peut rendre la procédure plus éprouvante. Pour les personnes condamnées, elle impose également que les voies de recours prévues par la loi soient distinguées des commentaires publics. Dans les deux cas, la justice doit rester le lieu où les faits sont examinés selon les règles de preuve et les droits de la défense.

La prochaine échéance sera l’examen du pourvoi en cassation annoncé par Saad Lamjarred. Le calendrier dépendra de la procédure française. Son appel dans le dossier du Var constitue une autre étape à surveiller. Pour le public marocain et les audiences de l’espace arabe, ces décisions continueront de poser une question simple mais centrale : comment concilier la puissance d’une célébrité avec l’exigence d’une justice indépendante et égale pour tous ?

Le verdict de Créteil ne clôt donc pas l’ensemble des procédures. Il établit, à ce stade, une condamnation en appel pour les faits de 2016. Toute évolution ultérieure devra être rapportée à partir des décisions judiciaires correspondantes et des déclarations vérifiables des parties.