À Cotonou, l’eau de pluie met à l’épreuve bien plus que les routes. Quand les quartiers sont submergés, les trajets vers l’école, les soins et les lieux de travail deviennent plus difficiles. Les chantiers d’assainissement cherchent donc à répondre à la fois à un risque climatique et à un enjeu quotidien de services publics.
Une ville exposée à plusieurs formes d’inondation
La capitale économique du Bénin se trouve entre le lac Nokoué et l’océan Atlantique. Selon la Banque mondiale, les inondations peuvent venir de pluies intenses qui saturent les caniveaux, de la montée du lac, de la nappe phréatique ou encore de fortes marées. Ces phénomènes peuvent se cumuler, ce qui complique l’évacuation des eaux.
Le Programme d’assainissement pluvial de Cotonou, lancé en 2020, intervient sur 34 des 50 bassins et sous-bassins de la ville. Il est financé par plusieurs partenaires, dont la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale, la Banque ouest-africaine de développement et l’Agence française de développement. La BAD soutient un volet spécifique, le Projet d’appui au programme, qui associe drainage et équipements de proximité.
Les besoins dépassent ainsi la seule construction de caniveaux. Le fonctionnement des ouvrages dépend aussi de leur entretien, de la gestion des déchets et de la préservation des zones où l’eau peut s’écouler ou être retenue. L’Agence française de développement souligne notamment le rôle des zones humides dans la régulation des crues et l’équilibre urbain.
Des écoles, des voies et des équipements de santé
Une mission de supervision de la BAD s’est déroulée du 12 au 15 octobre, selon les informations communiquées sur le projet. La matière disponible ne précise pas l’année de cette visite. Sur le terrain, les équipes ont examiné des ouvrages de drainage et de protection contre les inondations, ainsi que des infrastructures sociales dans le secteur de Vèdoko.
Les travaux présentés comprennent la reconstruction et l’équipement de l’École béninoise des sourds et de l’école primaire publique Vèdoko 2, la construction d’un laboratoire intégré à un centre de santé communal et l’installation de latrines publiques. Le projet prévoit aussi l’aménagement de voies urbaines. Ces équipements sont liés à l’assainissement : une rue praticable et un accès plus sûr aux services comptent particulièrement lorsque les pluies perturbent les déplacements.
À l’école de Vèdoko 2, une cantinière citée dans le compte rendu du projet décrit un réfectoire qui permet désormais de travailler à l’abri et d’accueillir les enfants dans de meilleures conditions. Son témoignage illustre un bénéfice concret, mais ne suffit pas, à lui seul, à mesurer l’effet global des investissements ni leur durée. Le suivi devra aussi vérifier l’accès effectif aux équipements et leur entretien.
Le projet initial de la BAD prévoit notamment un bassin de rétention de 220 500 mètres cubes et 33 kilomètres de collecteurs et de caniveaux. Ces chiffres décrivent les objectifs du volet financé par la Banque, et non un bilan confirmé des ouvrages achevés lors de la mission d’octobre. Une communication gouvernementale publiée en 2024 faisait état d’une intervention du programme global sur 34 bassins et sous-bassins.
La question décisive : qui bénéficie des ouvrages ?
Les réseaux de drainage peuvent réduire les stagnations d’eau et améliorer la circulation. Mais leurs effets sont différents selon les quartiers, les ménages et les activités. Pour les enfants et les personnes sourdes, la qualité et l’accessibilité de l’école comptent autant que son bâtiment. Pour les vendeuses, les travailleurs informels et les petits commerces, des voies praticables peuvent faciliter les déplacements et l’activité, sans garantir à elles seules une hausse des revenus.
La municipalité doit également pouvoir suivre les ouvrages et organiser leur maintenance. Le compte rendu de la mission indique que les équipes ont salué les progrès et demandé aux entreprises et aux missions de contrôle de maintenir leurs efforts sur la qualité et les délais. Cette recommandation rappelle un enjeu central : un ouvrage inauguré ne protège durablement que s’il fonctionne, reste accessible et est entretenu.
À l’échelle régionale, le dossier s’inscrit dans un défi partagé par les villes côtières d’Afrique de l’Ouest, sans que leurs situations soient identiques. L’urbanisation, les épisodes de pluie intense et la montée des eaux imposent de mieux articuler drainage, planification urbaine et services municipaux. Le programme béninois d’assainissement des villes secondaires, soutenu par la BAD et lancé en 2024, étend d’ailleurs les investissements à Porto-Novo, Ouidah, Abomey et Bohicon.
Pour Cotonou, la suite se jouera dans la vérification des ouvrages livrés, leur capacité à fonctionner pendant les fortes pluies et la répartition des bénéfices entre quartiers. Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir un bilan indépendant de la mission ni de confirmer le chiffre de près de 100 000 bénéficiaires avancé dans la présentation du projet. L’enjeu est donc de distinguer les réalisations annoncées des résultats mesurés au fil des saisons pluvieuses.