Un sommet touristique peut-il transformer une histoire de séparation en échanges durables, sans réduire la mémoire à un produit de voyage ? En 2027, Cotonou accueillera la première édition africaine du Black Travel Summit. Pour le Bénin, l’enjeu dépasse la visibilité : il s’agit aussi de relier patrimoine, activité économique et liens avec les diasporas afro-descendantes.
Une étape dans la stratégie touristique béninoise
Le choix du Bénin a été annoncé le 17 octobre 2026, à Milwaukee, aux États-Unis, pendant le gala des Black Travel Awards. L’événement réunira à Cotonou des professionnels du tourisme, des entrepreneurs et des créateurs de contenu venus de plusieurs régions du monde. Bénin Tourisme, l’agence publique chargée de promouvoir la destination, sera partenaire de l’organisation. Les dates précises et le programme détaillé restent à confirmer.
Cette annonce prolonge une présence déjà engagée sur la scène du sommet. En novembre 2025, Bénin Tourisme avait participé à l’édition organisée à Rio de Janeiro. Le passage d’une délégation béninoise au Brésil, puis l’accueil de l’événement au pays, illustrent une démarche suivie de promotion auprès des voyageurs afro-descendants et des acteurs du secteur.
Le tourisme est devenu un axe de développement public au Bénin. La promotion du patrimoine culturel et des sites historiques y occupe une place importante, notamment autour de Ouidah, ville côtière liée à l’histoire de la traite transatlantique. Cotonou, principale métropole économique, servira de point de rencontre. Porto-Novo demeure la capitale politique du pays.
La mémoire, le droit et l’expérience du voyage
La démarche touristique s’inscrit aussi dans un cadre juridique. La loi n° 2024-31 du 2 septembre 2024 permet à des personnes afro-descendantes de demander la nationalité béninoise par reconnaissance. Elle vise les personnes pouvant établir, par leur généalogie, qu’un ascendant africain subsaharien a été déporté hors du continent dans le cadre de la traite et du commerce triangulaire.
Le texte prévoit notamment que les demandeurs soient majeurs, ressortissants d’un État ou territoire non africain et apportent des éléments attestant leur ascendance. Il mentionne plusieurs formes de preuve, dont des documents d’état civil, des pièces officielles ou des témoignages établis. Ce dispositif donne à la politique de reconnexion une dimension civique, distincte de la simple visite touristique.
Pour les autorités, le sommet doit favoriser les collaborations entre le continent et sa diaspora, tout en faisant connaître l’offre béninoise à l’international. Pour les entreprises locales, il peut ouvrir des débouchés dans l’hébergement, la restauration, les transports, les visites guidées et la création culturelle. Les retombées dépendront toutefois de la place accordée aux prestataires béninois et de la capacité à convertir la visibilité en activité au-delà de l’événement.
Des retombées à mesurer au-delà de Cotonou
Les bénéfices ne se répartissent pas automatiquement entre les acteurs. Les hôtels et entreprises formelles peuvent capter une partie des dépenses des visiteurs. Les guides indépendants, artisans, artistes et petites structures peuvent aussi en profiter, si leur accès aux marchés et aux partenariats est organisé. À l’inverse, un événement concentré dans la métropole risque de laisser à l’écart des communautés et des sites situés hors de Cotonou.
La question est également celle de l’équilibre entre accueil et mémoire. Ouidah n’est pas seulement une étape touristique : son histoire porte des réalités de déportation, de violence et de résistance. Les présenter avec rigueur suppose d’associer les acteurs locaux, de soutenir la transmission historique et d’éviter que les lieux de mémoire ne deviennent de simples décors. La qualité des parcours et la répartition des revenus compteront autant que la fréquentation.
Cette vigilance concerne aussi la vie quotidienne. Une hausse ponctuelle de la demande peut bénéficier aux commerces, mais les effets sur les prix, les emplois et l’accès aux sites devront être observés. À ce stade, aucun chiffre public ne permet d’estimer les retombées économiques du sommet. Il serait donc prématuré d’annoncer des gains précis pour les habitants ou les entreprises.
Un enjeu ouest-africain, avec des résultats à vérifier
Le projet s’inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest cherchent à nouer des liens plus visibles avec les diasporas. Le Ghana avait notamment lancé en 2019 l’initiative « Year of Return ». Ces démarches ne sont pas identiques, mais elles posent une question commune : comment faire durer les relations créées par un événement, au-delà des visites et de la communication institutionnelle ?
La CEDEAO, communauté économique de quinze États d’Afrique de l’Ouest, constitue un cadre de mobilité et de coopération régionale. Le sommet pourrait aussi intéresser des professionnels des pays voisins, mais son annonce ne suffit pas à démontrer qu’il entraînera une hausse des échanges régionaux. Les partenariats concrets, la participation des entreprises locales et les suites données aux rencontres seront des indicateurs plus solides.
Pour le Bénin, la portée de 2027 se mesurera donc à plusieurs niveaux : la qualité de l’accueil à Cotonou, la place donnée aux acteurs béninois, la manière de transmettre l’histoire de la traite et les retombées au-delà de la capitale économique. Le rendez-vous peut renforcer des liens entre l’Afrique et ses diasporas. Son impact dépendra moins de son caractère inédit que de ce qu’il laissera après sa clôture.