À Dar-es-Salam, le chantier ne se résume pas à faire disparaître une montagne d’ordures. Il doit aussi empêcher qu’un site fermé ne continue de menacer les riverains et garantir que les déchets de Conakry trouvent désormais une autre destination.
Un site fermé, mais un risque à traiter
Le 2 novembre 2026, le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah a lancé les travaux de réhabilitation environnementale de la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, à Conakry. Le projet prévoit de sécuriser et d’assainir le terrain, puis d’y aménager un parc urbain végétalisé. Aucune date d’ouverture du parc n’a été annoncée.
L’enjeu est d’abord immédiat. Dans la nuit du 22 au 23 août, une partie du dépôt s’est effondrée sur des habitations voisines. Le bilan officiel, établi ensuite par les autorités guinéennes, s’élève à 36 morts, dont 17 ressortissants sierra-léonais. Une cérémonie funèbre organisée le 4 septembre a confirmé ce bilan. Les premières informations publiées le jour du drame faisaient état de 30 morts et de recherches toujours en cours : le chiffre a donc évolué avec le temps et les décès enregistrés à l’hôpital.
La catastrophe a mis en évidence le danger créé par l’accumulation de déchets à proximité des logements. Elle a aussi frappé des familles guinéennes et sierra-léonaises, rappelant que les risques urbains ne s’arrêtent pas aux frontières. Après trente-six jours d’hébergement d’urgence, les familles sinistrées ont quitté les centres d’accueil le 29 septembre, selon le ministère guinéen de l’Administration du territoire.
La fermeture déplace le problème
Dar-es-Salam est annoncé comme fermé. Mais fermer une décharge ne suffit pas à organiser la collecte dans une agglomération. Les déchets doivent toujours être ramassés dans les quartiers, transportés et traités. Si ces étapes ne suivent pas, les dépôts sauvages et les nuisances peuvent se déplacer vers d’autres zones.
Le gouvernement guinéen présente Baritodé, à Coyah, comme le site appelé à prendre le relais pour l’enfouissement des déchets. Ce centre doit permettre d’éloigner le traitement des zones habitées de Conakry. Sa mise en service, ses capacités et l’organisation concrète du transport restent toutefois des éléments déterminants pour que la transition fonctionne.
Le Premier ministre a lui-même décrit cette réorganisation comme un chantier qui engage l’ensemble de Conakry : collecte, transport et traitement doivent former une chaîne continue, avec des installations qui protègent les riverains. C’est là que se joue une part importante de la réussite du projet. Les habitants ont besoin d’un service fiable, tandis que les équipes de collecte, les communes et les opérateurs doivent disposer de moyens et de responsabilités clairement définis.
Un mémoire consacré à la gestion des déchets de Conakry souligne notamment l’intérêt du tri à la source, de collectes régulières, d’unités de valorisation et d’une meilleure coordination entre acteurs publics, privés et communautaires. Ces pistes montrent que la réhabilitation de Dar-es-Salam n’est qu’un volet d’une politique plus large. Le parc pourra améliorer l’usage du site, mais il ne remplacera ni la collecte quotidienne ni le traitement des déchets.
Stabiliser avant de transformer
Le programme prévoit d’abord de stabiliser la masse de déchets et de réduire les risques d’effondrement, d’incendie et de pollution. La dépollution du terrain doit précéder son aménagement. Les annonces du lancement décrivent un projet financé par Winning International Group, entreprise singapourienne également présente dans le secteur minier guinéen. Le montant des travaux et leur calendrier complet n’ont pas été précisés dans les informations rendues publiques lors de la cérémonie.
Les chiffres avancés sur le volume du site varient légèrement selon les communications : la Radiodiffusion télévision guinéenne évoque environ 7,2 millions de tonnes de déchets, tandis que d’autres présentations parlent de sept millions. Ces estimations donnent la mesure du chantier, mais ne constituent pas à elles seules un bilan indépendant de la pollution. Pour juger le résultat, il faudra connaître les contrôles réalisés sur les sols et les eaux, ainsi que le dispositif prévu pour surveiller le site après les travaux.
La transformation annoncée rappelle celle de l’ancienne décharge d’Akouédo, à Abidjan, devenue un parc urbain après sa fermeture et sa réhabilitation. Cette expérience ivoirienne montre qu’un ancien site de dépôt peut recevoir de nouveaux usages. Elle ne garantit toutefois pas que les mêmes méthodes conviennent à Dar-es-Salam : la nature des déchets, le voisinage, les risques et les besoins des habitants doivent guider les choix techniques en Guinée.
Le résultat se mesurera au quotidien
Pour les riverains, l’évaluation ne portera pas seulement sur l’apparence du futur parc. Elle dépendra aussi de la réduction effective des fumées, des odeurs, des écoulements polluants et des dangers liés aux mouvements du terrain. Les familles touchées par l’effondrement doivent également pouvoir suivre la réponse apportée aux conséquences humaines du drame, au-delà de la période d’hébergement d’urgence.
À l’échelle régionale, le dossier concerne aussi la Sierra Leone, dont des ressortissants figurent parmi les victimes, ainsi que les échanges entre les deux pays voisins. Il rappelle plus largement qu’une grande ville ne peut traiter durablement ses déchets en repoussant simplement les nuisances vers une périphérie moins visible. Les autorités guinéennes devront désormais démontrer que Baritodé peut prendre le relais et que la collecte reste organisée dans les quartiers.
Le chantier entre ainsi dans une phase concrète, mais son calendrier final reste à préciser. Les étapes à surveiller sont la stabilisation du site, la réduction des risques de pollution et la mise en fonctionnement du centre de Baritodé. C’est leur enchaînement — et non la seule promesse d’un espace vert — qui dira si Dar-es-Salam marque un changement durable pour Conakry.