À Butembo, la lutte contre Ebola se retrouve au cœur d’un drame politique et sanitaire. Marie-Célestin Karondwa Mwanaweka Bytaty, cadre de l’UDPS/Tshisekedi, est mort après avoir été violemment agressé à son retour d’une émission consacrée à la prévention contre la maladie. Son décès intervient alors que le Nord-Kivu reste l’un des principaux fronts de la dix-septième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.
Une agression après une émission de sensibilisation
Les faits se sont produits le dimanche 27 septembre 2026, dans le quartier de Vulindi, au nord de Butembo. Selon la fédération locale de l’UDPS/Tshisekedi, Marie-Célestin Karondwa venait de participer à une émission de la Radio Mwangaza. Il y avait défendu les mesures de prévention et rappelé que la maladie à virus Ebola constitue une menace réelle pour la population.
Le responsable politique occupait la fonction de président par intérim de la Commission électorale permanente fédérale de l’UDPS à Butembo. Il était également présenté comme communicateur et porte-parole de la formation présidentielle dans la ville.
Dans un communiqué, la fédération locale affirme que des personnes issues de son voisinage l’ont agressé, avant de piller certains biens et d’incendier son domicile. Grièvement blessé, il a ensuite succombé à ses blessures, selon plusieurs médias congolais qui ont relayé l’annonce du parti.
Ces éléments doivent toutefois être distingués des faits déjà établis. L’identité des agresseurs, leur nombre exact et leur motivation restent inconnus. La fédération de l’UDPS relie l’attaque aux propos tenus par son cadre au sujet d’Ebola. Cette lecture devra être confirmée par une enquête indépendante.
La demande d’investigation prend une importance particulière dans une ville où les tensions sanitaires, sécuritaires et politiques se superposent. Une enquête crédible devra établir le déroulement précis de l’agression, identifier les auteurs présumés et déterminer si les propos tenus à la radio constituent réellement le mobile de l’attaque.
Le Nord-Kivu face à une nouvelle épidémie
La République démocratique du Congo fait actuellement face à une flambée provoquée par le virus Ebola Bundibugyo. Cette souche diffère du virus Zaïre, associé aux précédentes épidémies du pays. Les outils de prévention et les traitements disponibles ne peuvent donc pas être transposés automatiquement d’une épidémie à l’autre.
Le ministère congolais de la Santé a lancé un plan révisé de 180 jours avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé, d’Africa CDC et d’autres partenaires. L’objectif est de renforcer la surveillance, la prise en charge des malades, le suivi des contacts et le dialogue avec les communautés.
D’après le bilan de l’OMS arrêté au 7 septembre 2026, la RDC comptait 6 757 cas confirmés et 3 267 décès liés à cette épidémie. Les cas avaient été recensés dans 61 zones de santé réparties sur six provinces. Le Nord-Kivu comptait alors 16 zones de santé touchées, derrière l’Ituri, principal foyer de transmission.
Ces chiffres restent évolutifs. Ils peuvent augmenter avec l’élargissement des tests, la recherche active des cas et la consolidation des données provinciales. Ils montrent néanmoins l’ampleur de la crise sanitaire et la difficulté à interrompre la transmission dans des territoires marqués par les déplacements de population, l’insécurité et la densité des échanges commerciaux.
À Butembo, la situation est d’autant plus sensible que la ville a déjà été fortement impliquée dans les précédentes ripostes contre Ebola. Entre 2018 et 2020, des centres de traitement et des équipes sanitaires y avaient été attaqués. Ces violences avaient perturbé la prise en charge des patients et affaibli la confiance envers les acteurs de la riposte.
La confiance, un enjeu sanitaire décisif
Une épidémie ne se combat pas seulement dans les laboratoires et les centres de soins. Elle se joue aussi dans les quartiers, les marchés, les familles et les stations de lavage des mains. Lorsque les habitants doutent de l’existence de la maladie ou craignent les structures médicales, les malades peuvent tarder à consulter. Ce délai augmente le risque de transmission.
La méfiance ne peut cependant pas être réduite à une simple opposition aux messages de santé publique. Elle s’enracine dans plusieurs expériences locales : interventions perçues comme imposées, rumeurs sur les enterrements sécurisés, accès inégal aux soins, fatigue après des années de crises et défiance envers les autorités.
Dans ce contexte, les radios communautaires jouent un rôle majeur. Elles permettent de diffuser rapidement des informations en langues comprises par les habitants. Elles donnent aussi une place aux responsables locaux, aux professionnels de santé, aux chefs religieux et aux associations de quartier.
La mort de Marie-Célestin Karondwa rappelle néanmoins le risque auquel s’exposent les personnes qui portent des messages sanitaires dans des zones sous tension. Les autorités congolaises devront protéger les équipes médicales, les relais communautaires et les journalistes, sans transformer la sensibilisation en opération de contrainte.
La réponse sanitaire doit aussi rester attentive aux conséquences quotidiennes de l’épidémie. Les mesures de contrôle peuvent perturber les déplacements, le commerce, la scolarité et l’accès aux soins ordinaires. Les habitants de Butembo et des territoires voisins ont besoin d’informations fiables, mais aussi de services accessibles et d’un traitement respectueux.
Un dossier qui dépasse les frontières de la RDC
La crise concerne directement l’Afrique centrale et les Grands Lacs. Le Nord-Kivu partage des axes commerciaux et des mobilités avec l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. L’OMS souligne que les passages informels aux frontières compliquent la surveillance et peuvent favoriser l’exportation ou l’importation du virus.
La coordination régionale devient donc essentielle. Elle doit associer la RDC, l’Ouganda et les autres pays voisins, mais aussi les communautés frontalières. Les contrôles sanitaires ne peuvent être efficaces sans coopération avec les transporteurs, les commerçants, les responsables locaux et les structures de soins.
Le suivi de cette affaire reposera sur deux échéances. La première concerne l’enquête sur l’agression de Marie-Célestin Karondwa et les éventuelles poursuites contre ses auteurs. La seconde porte sur la capacité de la riposte à maintenir le dialogue dans les zones de Butembo, Katwa, Musienene et Kayna.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse le seul bilan épidémiologique. Il s’agit de protéger les communautés, de restaurer la confiance et de démontrer qu’une réponse sanitaire peut être conduite avec les populations plutôt que contre elles.