Une découverte pétrolière au large du Liberia ne garantirait pas, à elle seule, que les emplois et les contrats profitent aux Libériens. Une part importante de la valeur se joue aussi à terre : dans les ports, le transport, l’approvisionnement et les services techniques qui soutiennent les forages en mer.

Buchanan au cœur du dispositif envisagé

Le 5 octobre 2026, la National Oil Company of Liberia (NOCAL), l’entreprise publique du secteur pétrolier, a annoncé un accord de développement conjoint avec Lagos Deep Offshore Logistics Base (LADOL), un groupe nigérian spécialisé dans les infrastructures et services logistiques. L’accord a été signé à Londres et porte sur un projet de base à Buchanan, dans le comté de Grand Bassa, au sud-est de Monrovia. L’annonce a été rapportée par Liberia Public Radio et par The New Republic Liberia, repris par AllAfrica.

Une base logistique offshore, parfois appelée « shorebase », est une plateforme à terre qui organise les opérations menées en mer. Elle peut accueillir le stockage de matériel, l’approvisionnement des navires, le transport et certains services techniques. Le projet de Buchanan n’est toutefois pas encore une installation en construction : l’accord ouvre d’abord une phase d’étude et de préparation.

Selon les informations communiquées par NOCAL et relayées par les médias libériens, LADOL doit financer et conduire l’étude de faisabilité, puis coordonner les travaux d’ingénierie. L’étude est annoncée dans un délai d’environ 45 jours et devrait durer six mois. Elle doit examiner notamment l’accès maritime, les réseaux, les caractéristiques des terrains et la viabilité commerciale. Les modalités définitives de construction et d’exploitation restent à négocier.

NOCAL indique avoir réservé deux parcelles près du port de Buchanan, d’une superficie cumulée d’environ 83,6 hectares. La compagnie présente le site comme un moyen de rapprocher du pays les services requis par les futures opérations pétrolières. La faisabilité du projet, son financement final, les autorisations et les accords d’exploitation restent cependant des étapes à franchir.

Une reprise de l’exploration, sans production garantie

Le projet intervient alors que le Liberia cherche à relancer l’exploration de son bassin offshore après une longue période de faible activité. En septembre 2025, TotalEnergies a signé des contrats de partage de production pour quatre blocs, LB-6, LB-11, LB-17 et LB-29. Ces blocs couvrent environ 12 700 kilomètres carrés. La Liberia Petroleum Regulatory Authority, l’autorité nationale de régulation, et l’entreprise ont confirmé la signature. Un contrat de partage de production fixe notamment les règles de répartition entre l’État et l’opérateur si des hydrocarbures sont découverts et produits.

Cette étape ne signifie pas qu’un gisement commercial a été identifié. L’exploration doit encore améliorer les connaissances du sous-sol et, selon les résultats, pourrait conduire à des forages. En février 2026, l’autorité de régulation indiquait que le programme envisagé par TotalEnergies comprenait des études géochimiques en mer, de la sismique 3D et une cartographie détaillée des fonds marins. Ces travaux sont des étapes d’évaluation, pas une preuve de réserves exploitables.

La distinction compte pour les finances publiques comme pour les attentes des communautés. Tant qu’une découverte commercialement viable n’est pas établie, les recettes pétrolières restent hypothétiques. En revanche, les décisions d’investissement, les études et les contrats de services peuvent déjà déterminer qui acquiert de l’expérience et qui capte les premières dépenses.

La promesse du contenu local mise à l’épreuve

NOCAL explique que le Liberia a déjà dû s’appuyer sur des bases logistiques en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Sénégal lors de précédentes opérations offshore. Une infrastructure à Buchanan pourrait réduire cette dépendance et créer des débouchés pour des entreprises libériennes, des techniciens et des travailleurs portuaires. Mais la localisation d’une base ne garantit pas, à elle seule, que les emplois qualifiés et les contrats reviendront aux entreprises nationales.

Le cadre légal prévoit une place pour la participation locale. La LPRA définit le contenu local comme la valeur des biens, services et personnels fournis dans le pays, et la participation locale comme l’implication d’entreprises détenues par des Libériens. L’enjeu sera donc de traduire ces principes en objectifs vérifiables : formation, accès des petites entreprises aux marchés, publication des contrats et suivi des retombées à Buchanan et dans le comté de Grand Bassa.

Les bénéfices et les contraintes ne se répartiraient pas uniformément. Les entreprises de services et les travailleurs qualifiés pourraient accéder à de nouvelles activités. Les habitants proches du port pourraient, eux, être concernés par l’usage des terrains, les emplois disponibles et les effets des travaux sur leur environnement. Les pêcheurs et autres acteurs du littoral pourraient également être touchés par l’intensification du trafic maritime. L’étude annoncée devra préciser les besoins fonciers, techniques et environnementaux avant toute décision finale.

Un enjeu ouest-africain de capacité industrielle

Le partenariat relie une entreprise publique libérienne à un opérateur nigérian, dans une région où les activités pétrolières en mer mobilisent déjà des infrastructures et des compétences réparties entre plusieurs pays. Pour le Liberia, l’objectif affiché est de conserver davantage de dépenses et de savoir-faire sur son territoire. Pour LADOL, le projet représenterait une présence supplémentaire dans les services énergétiques ouest-africains. L’accord ne préjuge toutefois ni de la rentabilité de l’installation ni d’une décision définitive de construction.

La prochaine échéance concrète sera la réalisation de l’étude de faisabilité, suivie de la négociation des accords définitifs. Les Libériens pourront alors juger le projet sur ses engagements précis : qui finance, qui possède et exploite la base, quelles règles encadrent l’accès aux contrats, et comment seront évalués les impacts sociaux et environnementaux. Dans une phase d’exploration encore incertaine, la capacité de l’État à rendre ces étapes transparentes pèsera autant que l’existence d’infrastructures sur la promesse de retombées nationales.