À Brazzaville, une coupure de courant ne s’arrête pas au moment où les lampes s’éteignent. Elle peut aussi immobiliser un atelier, perturber les études et compliquer la conservation des aliments. La mobilisation signalée samedi 24 octobre met en lumière une question quotidienne pour les habitants : quand le service reviendra-t-il, et qui doit rendre des comptes ?
Une crise qui dure au-delà d’un quartier
Les coupures ne sont pas un phénomène nouveau dans la capitale de la République du Congo. En avril 2026, l’Agence congolaise d’information rapportait que des quartiers entiers étaient touchés depuis plusieurs semaines. Lors d’une visite au poste électrique de Mbouono, des parlementaires avaient reçu les explications d’Énergie électrique du Congo (E2C), l’entreprise publique chargée de la fourniture d’électricité. Son directeur général évoquait alors un transformateur unique en service et la saturation de certains câbles, dans des zones où la densité de population augmente.
Quelques mois plus tard, la situation restait préoccupante. Un reportage publié le 13 octobre évoquait des soirées régulièrement sans courant à Brazzaville, notamment dans des secteurs de Bacongo et de Makélékélé. Certains habitants et petits commerces dépendant de l’électricité recouraient à des groupes électrogènes, quand leurs moyens le permettaient. Ces constats décrivent des expériences locales, et non une durée uniforme de coupure dans toute la ville.
La difficulté est aussi documentée dans les données de planification. Un rapport consacré aux objectifs de développement durable à Brazzaville souligne que la hausse de l’accès à l’électricité en milieu urbain ne supprime pas les fortes disparités entre quartiers. Les délestages récurrents restent un obstacle pour les habitants et pour l’activité économique.
Une mobilisation rapportée, des détails encore limités
Le 26 octobre, un compte rendu de l’actualité congolaise faisait état d’une manifestation de jeunes à Brazzaville, organisée la veille, samedi 24 octobre, contre les coupures. Il indiquait que des habitants de certains quartiers pouvaient rester plusieurs semaines sans courant. Un autre média local a également signalé la circulation d’une vidéo montrant des jeunes protester et réclamer le départ du directeur général d’E2C.
Les informations disponibles ne précisent toutefois ni le lieu exact du rassemblement, ni le nombre de participants, ni les suites données par les autorités. Ces éléments ne peuvent donc pas être présentés comme établis. La mobilisation rapportée s’inscrit dans un mécontentement plus large, mais elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’ampleur du mouvement dans la capitale.
Les revendications visant la direction de l’entreprise reflètent une demande de responsabilité. Elles ne règlent pas pour autant les questions techniques et financières du réseau : état des transformateurs, entretien des installations, capacité de transport et adaptation à l’extension urbaine. Distinguer ces enjeux est essentiel. Un changement de dirigeant, s’il était demandé ou décidé, ne garantirait pas automatiquement un approvisionnement régulier.
Des conséquences différentes selon les ménages
Pour les familles, une coupure prolongée peut compliquer l’éclairage, l’accès à l’eau lorsque celui-ci dépend d’équipements électriques et la conservation des aliments. Pour les jeunes en formation, elle réduit les conditions disponibles pour étudier le soir. Les effets varient selon le quartier, la durée de la panne et les solutions de remplacement accessibles.
Les petites activités sont particulièrement exposées. Un atelier de soudure, un salon de coiffure ou un commerce qui utilise un réfrigérateur ne peut pas toujours absorber plusieurs jours d’interruption. Les entreprises capables de financer un groupe électrogène disposent d’une solution de secours, mais celle-ci entraîne des dépenses de carburant et d’entretien. Les travailleurs indépendants et les commerces aux marges limitées ont moins de possibilités pour préserver leur revenu.
Le problème dépasse la capitale. En avril, l’Agence congolaise d’information faisait également état de coupures persistantes à Pointe-Noire et rapportait des visites parlementaires destinées à examiner les difficultés d’alimentation. Les situations locales ne sont pas identiques, mais elles posent une question commune de continuité du service et de suivi des investissements.
Les promesses d’amélioration attendues sur le terrain
En août, le ministre de l’Énergie avait annoncé que des travaux de réhabilitation de transformateurs stratégiques devaient contribuer à mettre fin aux délestages d’ici septembre 2026. Cette échéance est passée. Les coupures signalées en octobre montrent que les habitants ne constatent pas encore une amélioration suffisante dans tous les secteurs. Cela ne permet pas, sans bilan détaillé des travaux, de conclure que les opérations annoncées n’ont pas été réalisées.
Le prochain rendez-vous à surveiller concerne aussi la gouvernance d’E2C. Le collège syndical de l’entreprise a annoncé une assemblée générale pour le 18 novembre, selon un média congolais, dans un contexte de critiques sur la gestion et de demande de départ de la direction. Cette démarche syndicale est distincte de la manifestation rapportée à Brazzaville. Les deux témoignent toutefois d’une pression accrue autour de la qualité du service public.
À l’échelle de l’Afrique centrale, l’accès fiable à l’électricité conditionne l’activité des villes, les services essentiels et les échanges économiques. Pour la République du Congo, l’enjeu immédiat est moins d’afficher une capacité de production que d’assurer l’acheminement régulier du courant jusqu’aux quartiers. Les prochaines réponses attendues sont concrètes : état des équipements, calendrier d’entretien, explication des interruptions et résultats mesurables des travaux annoncés.
La mobilisation des jeunes, telle qu’elle a été rapportée, donne une visibilité publique à cette attente. Sa portée dépendra des suites : dialogue avec les habitants, communication d’E2C et amélioration vérifiable de la desserte. Tant que ces réponses resteront floues, les coupures continueront de peser différemment sur les foyers, les étudiants et les petites entreprises de Brazzaville.