Aného cherche à faire de son histoire un moteur économique
Sur la côte togolaise, certaines villes ne vivent plus seulement de leur passé. Elles tentent d’en faire une ressource utile, visible et durable. À Aného, cette bascule se joue dans un lieu chargé de mémoire, entre lagune, océan Atlantique et vieux quartiers où le patrimoine bâti raconte encore plusieurs siècles d’échanges et de circulation humaine. La ville historique des Lacs 1, dans le sud du Togo, s’inscrit désormais dans cette logique d’attractivité culturelle et touristique. Le Festival international d’histoire d’Aného, ou FIHA, en est l’un des instruments les plus exposés.
Le contexte est plus large qu’un simple rendez-vous culturel. Depuis 2021-2027, l’Union européenne et ses États membres coopèrent avec le Togo autour du développement humain, de la décentralisation, de l’emploi et du soutien à la culture. Dans ce cadre, l’UE se présente comme un partenaire de long terme du pays, avec une action coordonnée au Togo aux côtés de l’Allemagne et de la France. À Aného, ce partenariat prend un relief particulier, car la ville a été intégrée à la stratégie nationale de marketing territorial lancée par les autorités togolaises pour mieux valoriser plusieurs pôles locaux, dont Kara, Blitta, Kpalimé et Aného.
Le FIHA 2026 annoncé du 12 au 15 novembre
Selon les informations communiquées ce 27 août 2026, la cinquième édition du FIHA doit se tenir du 12 au 15 novembre 2026 à Aného. Le thème retenu est « Partage ». L’Union européenne a été désignée comme région invitée, tandis que Blitta sera la ville associée. Au programme annoncé figurent des défilés, des découvertes culturelles et des concerts. L’objectif affiché reste le même : attirer visiteurs, acteurs culturels et partenaires autour du patrimoine de la ville.
Ce choix prolonge une logique déjà visible lors des précédentes éditions. En 2025, le festival avait été ouvert à Aného le 20 novembre par le ministre togolais du tourisme, de la culture et des arts. L’événement avait alors réuni diplomates, chercheurs et invités venus d’Europe, du Brésil et de plusieurs pays africains. Le gouvernement avait salué le FIHA comme un outil de rayonnement national et de marketing territorial. L’édition 2025 était placée sous le signe des diversités, avec l’Égypte comme pays invité d’honneur et Bassar comme ville associée.
Le festival ne surgit pas dans un vide institutionnel. Les autorités togolaises ont déjà identifié Aného comme une ville pilote de leur stratégie de marketing territorial. Les documents publics consacrés à cette politique citent la cité historique parmi les localités à fort potentiel touristique et culturel. Cette orientation s’appuie sur un constat simple : Aného ne dispose pas seulement d’un littoral attractif. Elle possède aussi des bâtiments afro-brésiliens et coloniaux, des sanctuaires, des pratiques rituelles et un ancrage historique qui en font un site singulier dans le sud du pays.
Patrimoine, tourisme et équilibres locaux
À Aného, la question n’est pas seulement de célébrer l’histoire. Elle est aussi de savoir comment la préserver sans la figer. Les services du ministère togolais de la culture ont rappelé que l’agglomération Aného-Glidji figure sur la liste indicative du Togo à l’UNESCO depuis le 16 décembre 2021. Les mêmes services soulignent la présence d’édifices anciens encore utilisés, de sites cultuels et d’un paysage où mer, lagune et terre ferme se touchent presque. Cette combinaison donne un potentiel touristique réel, mais elle impose aussi des choix prudents en matière de conservation et d’aménagement.
Le projet de Musée des Trônes et des Divinités Noires, évoqué par les acteurs locaux et soutenu par plusieurs partenaires dont l’Union européenne, s’inscrit dans cette même dynamique. Il traduit une volonté de transformer la mémoire en infrastructure culturelle, donc en activité économique. Pour la commune des Lacs 1, l’enjeu est concret : prolonger la durée de séjour des visiteurs, élargir l’offre d’hébergement, structurer les circuits de visite et faire travailler davantage les acteurs locaux, des guides aux artisans, en passant par les restaurateurs et les transporteurs. Dans une ville où l’économie informelle reste forte, chaque afflux de visiteurs peut irriguer plusieurs micro-activités.
Le bénéfice attendu ne se limite pas à Aného. Le choix de Blitta comme ville associée montre que le festival cherche aussi à relier des territoires différents du Togo. C’est une manière de rappeler que le développement culturel ne doit pas rester concentré à Lomé, la capitale, mais peut irriguer plusieurs régions. Cette logique rejoint l’approche de la CEDEAO, l’organisation régionale d’Afrique de l’Ouest, qui insiste depuis des années sur l’intégration des marchés, la mobilité et la valorisation des économies locales. À l’échelle togolaise, la culture devient donc un levier de décentralisation autant qu’un produit d’appel touristique.
Une vitrine togolaise à portée ouest-africaine
Le FIHA raconte enfin quelque chose de plus large sur le moment culturel ouest-africain. De Dakar à Cotonou, de Lomé à Abidjan, les villes recherchent des formats capables d’attirer des publics sans effacer les communautés qui y vivent. Le modèle d’Aného repose précisément sur cet équilibre : faire venir des visiteurs, accueillir des partenaires, mais garder le récit ancré dans une histoire locale, guin-mina et togolaise, sans perdre la maîtrise du sens. C’est une forme de diplomatie culturelle de proximité.
La présence annoncée de l’Union européenne comme région invitée donne aussi une portée politique à l’événement. L’UE n’est pas seulement un financeur. Au Togo, elle se présente comme un partenaire engagé dans la culture, la décentralisation et l’inclusion socio-économique. Son intérêt pour Aného confirme que la valorisation patrimoniale peut servir à la fois la mémoire, le développement local et les relations internationales. Reste désormais à voir si l’édition de novembre 2026 confirmera cette ambition sur le terrain, au-delà des annonces, dans la fréquentation réelle, les retombées pour les habitants et la qualité des équipements culturels qui accompagneront le festival.