À Abidjan, les jeunes sélections jouent déjà plus qu’un match
Dans un tournoi U18, la hiérarchie peut changer vite. Une large victoire ne dit pas seulement la force d’une équipe. Elle révèle aussi la profondeur d’un vivier, l’efficacité d’une préparation et la capacité d’un pays à installer une génération sur la durée. À Abidjan, le FIBA U18 AfroBasket 2026 donne déjà ce signal, avec le Mali, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun en première ligne.
La compétition se déroule en Côte d’Ivoire du 5 au 16 août 2026, avec douze sélections réparties en trois groupes. Les deux premiers de chaque poule, puis les deux meilleurs troisièmes, iront en quarts de finale. Au-delà du trophée, les deux finalistes décrocheront aussi un billet pour la Coupe du monde U19 masculine 2027.
Ce cadre compte. Il explique pourquoi chaque match de groupe pèse lourd, bien avant les phases à élimination directe. Il rappelle aussi le rôle central d’Abidjan, ville hôte, dans une compétition qui sert de vitrine au basketball de formation sur le continent.
Le Mali et la Côte d’Ivoire imposent le tempo
Vendredi, le Mali a signé la performance la plus nette du tournoi jusqu’ici. Les tenants du titre ont battu le Gabon 113-37 au Palais des Sports de Treichville. Le score dit l’écart. Mais les chiffres individuels disent aussi le contrôle : Mohamed Keita a terminé avec 28 points et 5 passes en 26 minutes, Abdoul Karim Diallo avec 14 points et 15 rebonds, Sekou Bagayoko avec 17 points, et Ibourahima Coulibaly avec 18 points en sortie de banc.
Le Mali avait déjà pris le meilleur sur le Maroc lors de son premier match. Avec deux succès en deux sorties, il partage la tête du groupe B avec Madagascar. Cette situation confirme un point important : le titre continental U18 de 2024 n’a pas été un accident. Il a construit une attente, et cette attente porte désormais sur la capacité malienne à transformer une génération brillante en filière durable.
Dans le même groupe, Madagascar a battu le Maroc 59-48. Les Malgaches restent eux aussi invaincus. Le Maroc et le Gabon, en revanche, ont besoin d’un dernier match solide pour ne pas sortir trop tôt d’une phase de groupes déjà resserrée.
La Côte d’Ivoire a, elle aussi, confirmé son statut de pays hôte qui veut peser sportivement. Les Ivoiriens ont dominé l’Égypte 89-62, vendredi, après avoir provoqué 30 pertes de balle et remporté la bataille du rebond 52-43. Karl-Randell Kouame-Zeze a inscrit 18 points, Nathan Djako 12. Avec deux victoires, les Éléphanteaux sont en tête du groupe A et restent invaincus à domicile.
Dans un tournoi de jeunes, l’avantage du terrain n’est pas qu’un confort logistique. Il crée une énergie, pousse les remplaçants, et donne aux joueurs une première expérience de pression continentale. Pour la Côte d’Ivoire, c’est aussi une manière de montrer que l’organisation d’un grand rendez-vous africain peut s’accompagner d’un vrai niveau de compétitivité.
Le Tchad change la lecture du groupe A
La surprise la plus nette est venue du Tchad. Après une lourde défaite contre la Côte d’Ivoire lors de son entrée en lice, la sélection tchadienne a pris le dessus sur le Nigeria 59-50. Le match a basculé dans le dernier quart-temps, mais le Tchad a gardé sa structure. Yaya Ngaba a pesé partout : 15 points, 21 rebonds et 4 contres. Timothée Ndohoudou a ajouté 15 points, 8 rebonds et 6 passes, tandis que Junior Djibrine a marqué 17 points.
Le Nigeria, pourtant qualifié comme champion de la zone 3 des éliminatoires, se retrouve en difficulté avec deux défaites. Victor Sunday a bien compilé 22 points et 10 rebonds, mais son équipe n’a pas su installer un rythme assez constant pour renverser le match. Dans un groupe où la Côte d’Ivoire semble déjà lancée, cette contre-performance complique la route des Nigérians vers les quarts de finale.
Pour le Tchad, ce succès a une valeur particulière. Le pays n’est pas seulement présent à Abidjan pour apprendre. Il a aussi validé sa montée en puissance en remportant la zone 4 lors des éliminatoires, ce qui lui a ouvert la porte de la phase finale. Cette victoire contre le Nigeria change donc le récit : elle montre qu’une sélection issue d’un bassin moins installé dans les grandes conversations du basket africain peut bousculer un favori historique à son premier faux pas.
Yaya Ngaba est en train de devenir l’un des visages du tournoi. FIBA le présente déjà comme un joueur à suivre, et ses rebonds contre le Nigeria confirment cette montée en visibilité. Pour le Tchad, l’enjeu est plus large qu’un simple match gagné. Il s’agit de faire exister une génération, de lui donner de la confiance, puis de lui offrir un cadre de progression après Abidjan.
Le groupe C relance la bataille pour les quarts
Ce samedi 8 août, deux rencontres du groupe C doivent encore redistribuer les cartes : Cameroun-Rwanda à 14h30 GMT, puis Tunisie-Sénégal à 17h00 GMT. Le groupe est pour l’instant équilibré, avec le Cameroun et le Sénégal déjà lancés par une victoire chacun dans leurs premiers matchs.
Jeudi, le Cameroun a battu la Tunisie 53-41 dans un match fermé, porté par Ronny Ewanke. Le Sénégal a, lui, dominé le Rwanda 78-38, avec une avance de 31 points à la pause. Bacary Doucouré a marqué 15 points dans cette entrée réussie. Deux nouvelles victoires ce samedi mettraient l’un des deux favoris dans une position très favorable avant leur confrontation directe de lundi.
La Tunisie et le Rwanda jouent plus gros encore. Une deuxième défaite les rapprocherait d’une sortie prématurée d’un tournoi où la marge d’erreur est faible. À ce stade, la phase de groupes ne pardonne pas : un mauvais départ oblige ensuite à courir après le classement, la différence de points et les scénarios de repêchage.
À l’échelle continentale, l’édition 2026 confirme une tendance utile à suivre. Les nations qui investissent dans la détection, les stages et les compétitions régionales gagnent en profondeur. Le Mali, le Sénégal et le Cameroun capitalisent sur une culture du haut niveau déjà visible chez les seniors. La Côte d’Ivoire transforme, elle, son rôle d’hôte en plateforme sportive. Le Tchad montre qu’une progression rapide est possible quand une équipe de jeunes arrive structurée, même sans grande exposition médiatique préalable.
La suite se jouera dès les prochaines journées, avec une attention particulière sur les chocs de groupes et la course aux deux premières places. Mais, à ce stade, une évidence se dessine déjà à Abidjan : les écarts ne sont pas figés, et le tournoi U18 sert, comme souvent en Afrique, de laboratoire à ciel ouvert pour la prochaine génération du basket continental.