Une mine peut être exploitée en Côte d’Ivoire sans que ses financements viennent tous de Côte d’Ivoire. Le montage de Doropo met en lumière une autre question : quelle place les banques installées dans le pays peuvent-elles prendre dans l’essor de l’industrie aurifère ?
Une filière en expansion, des financements à assembler
La production d’or ivoirienne a fortement progressé ces dernières années. Les données du portail économique du gouvernement font état d’une hausse de 23,54 tonnes en 2015 à 59,124 tonnes en 2024. Elles prévoyaient 61 tonnes en 2025. L’objectif affiché par les autorités est d’atteindre 100 tonnes par an d’ici 2035. Ces projections dépendent toutefois de la mise en service des projets et de leur montée en puissance. Les données publiques sur la production aurifère ivoirienne situent cette croissance dans une stratégie de développement du secteur minier.
Cette dynamique s’inscrit dans une économie où l’agriculture conserve un poids majeur, tandis que les autorités cherchent à diversifier les activités productives et les recettes d’exportation. Pour les populations, les retombées ne se résument pas aux volumes extraits : elles dépendent aussi des emplois accessibles, des achats réalisés auprès d’entreprises locales, des recettes publiques et de la gestion des effets sociaux et environnementaux.
La Côte d’Ivoire est membre de la CEDEAO, l’organisation de coopération économique et politique des États d’Afrique de l’Ouest. Cette appartenance donne un cadre régional à la circulation des biens et des capitaux, mais les grands projets miniers restent tributaires de financements importants, de décisions d’investissement et de partenariats souvent internationaux.
Doropo associe sept banques au chantier
Le 3 novembre 2026, la société australienne Resolute Mining a signé à Abidjan des conventions de financement de 148 milliards de francs CFA pour construire la mine de Doropo, dans le nord-est du pays. Le pool réunit la Banque nationale d’investissement, Bank of Africa, BGFI Bank, AFG Bank, NSIA Banque, Bridge Bank et la Banque de l’Union. Des médias ivoiriens ont rapporté cette signature et la composition du groupe bancaire. Le compte rendu de la presse ivoirienne sur l’accord de Doropo confirme ces éléments.
Resolute indique que le projet est entièrement financé et mentionne 260 millions de dollars de financement bancaire local dans son rapport trimestriel de septembre 2026. Le montant en francs CFA communiqué lors de la signature équivaut à environ 253 millions de dollars selon les estimations rapportées localement. Ces chiffres renvoient à des présentations différentes du financement ; ils ne doivent donc pas être confondus avec le coût total de construction. Le rapport trimestriel de Resolute Mining décrit l’avancement du chantier et son financement.
Le prêt bancaire constitue une partie du montage, aux côtés des liquidités déjà disponibles et des flux de trésorerie issus des mines en exploitation de Resolute. En clair, l’entreprise combine des ressources internes et des emprunts souscrits par plusieurs établissements. Cette formule répartit le financement entre prêteurs et évite de faire reposer l’ensemble du chantier sur une seule banque.
Le contraste avec Koné, autre grand projet aurifère du pays, aide à comprendre les différentes origines possibles des capitaux. Montage Gold, société canadienne, a obtenu des financements internationaux pour construire cette mine. Sa première coulée d’or a eu lieu le 26 septembre 2026, selon l’Agence ivoirienne de presse et l’entreprise. L’Agence ivoirienne de presse sur la première coulée à Koné rapporte cette étape. La participation d’une banque implantée en Côte d’Ivoire à un projet, comme celle d’Ecobank Côte d’Ivoire dans le financement de Lafigué, ne signifie pas nécessairement que les capitaux sont d’origine ivoirienne : implantation locale et nationalité du groupe bancaire sont deux réalités distinctes.
Un levier pour les banques, pas une garantie de retombées locales
Pour les banques, financer une mine peut générer des revenus d’intérêts et renforcer leur expérience du crédit aux grands projets. Le financement syndiqué — un prêt partagé entre plusieurs établissements — leur permet aussi de participer à une opération importante sans en porter seules le risque. Pour l’entreprise minière, un prêt mobilisé dans le pays d’activité peut diversifier ses ressources et rapprocher le financement de son implantation.
Mais le lieu où se trouve la banque ne dit pas, à lui seul, qui possède le capital, où sont dépensées les recettes ni quelle part de la valeur créée reste dans le pays. Les banques prêtent ; elles ne deviennent pas pour autant propriétaires de la mine. Les effets économiques dépendront aussi des emplois occupés par des Ivoiriens, des contrats confiés aux fournisseurs locaux, des impôts et redevances versés, ainsi que de la manière dont les communautés concernées sont associées aux décisions.
La répartition territoriale compte également. Doropo se situe dans le Bounkani, loin de Yamoussoukro, capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire. Les bénéfices nationaux — recettes publiques ou exportations, par exemple — ne garantissent pas automatiquement que les communautés riveraines profiteront des mêmes débouchés. La qualification professionnelle, l’accès aux marchés publics et privés, les infrastructures et le suivi des engagements sociaux pèseront sur les retombées locales.
Les prochains projets préciseront la tendance
D’autres mines, dont Assafou, Boundiali et Afema, sont attendues dans les prochaines années, mais leur financement et leurs calendriers doivent encore se préciser. Les décisions finales d’investissement, les accords de crédit et les besoins en capitaux propres permettront de mesurer si Doropo annonce une évolution durable ou reste une opération particulière.
La question dépasse la Côte d’Ivoire. À l’échelle ouest-africaine, l’essor de nouveaux projets accentue la compétition pour attirer les capitaux, tout en posant un enjeu commun : mieux connecter l’extraction aux banques, aux entreprises et aux compétences de la région. Pour l’heure, Doropo montre que des banques présentes dans le pays peuvent réunir un financement substantiel. La part des investisseurs institutionnels ivoiriens — assureurs, fonds de pension ou investisseurs privés — reste, elle, à établir au fil des prochains projets.