Produire un vaccin sur place ne signifie pas encore fabriquer tous ses composants. En Zambie, le projet ZAMVAX pose précisément cette question : combien de maillons de la chaîne pharmaceutique pourront réellement être installés à Lusaka, et à quelles conditions les doses pourront-elles parvenir aux patients et aux pays voisins ?

Une première étape centrée sur le conditionnement

Le 2 novembre 2026, la société publique zambienne Industrial Development Corporation (IDC) et l’entreprise chinoise Jijia International Medical Technology ont signé un accord de coentreprise pour créer ZAMVAX. L’IDC détiendra 60 % de la nouvelle société, contre 40 % pour Jijia. L’accord fait suite à un mémorandum d’entente conclu en 2024.

La première phase, estimée à 24,13 millions de dollars, doit installer une unité de remplissage, de finition, de conditionnement et de contrôle qualité dans la zone économique multifonctionnelle de Lusaka-Sud. Sa capacité annoncée atteint jusqu’à 20 millions de doses de vaccin oral contre le choléra par an. Le chiffre concerne la capacité visée, et non une production déjà effective.

Un élément est déterminant : au démarrage, l’unité utilisera des antigènes en vrac importés. Elle conditionnera donc localement une partie du produit, sans produire encore l’ensemble des composants du vaccin. La deuxième phase doit introduire une production locale de ces antigènes et, à terme, une fabrication intégrée. Le coût total annoncé pour le projet en deux phases est de 200 millions de dollars selon Times of Zambia, tandis que l’IDC a communiqué une estimation de 213 millions. Les montants restent donc à préciser dans le détail financier du projet.

Une réponse à une épidémie majeure, pas à toutes ses causes

La Zambie a connu une importante flambée de choléra entre octobre 2023 et 2024. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a comptabilisé 23 382 cas et 740 décès au 23 juillet 2024. Ces données, publiées par l’OMS pour l’Afrique et corroborées par des bilans des Nations unies, donnent la mesure de la pression exercée sur les services sanitaires.

Durant cette crise, des doses ont été acheminées avec l’appui de partenaires internationaux. Mais les stocks mondiaux de vaccins oraux contre le choléra ont été soumis à une forte tension, alors que plusieurs pays africains faisaient face à des épidémies. Fabriquer ou conditionner davantage de doses dans la région pourrait réduire certains délais d’approvisionnement. Cela ne garantit toutefois ni une disponibilité immédiate, ni un prix accessible, ni une distribution équitable.

Le vaccin constitue un outil de prévention, pas un substitut aux mesures de santé publique. L’accès à l’eau potable, l’assainissement, la surveillance des foyers épidémiques et la prise en charge rapide restent essentiels. Les besoins ne sont pas identiques partout : Lusaka concentre une population urbaine importante, tandis que les districts ruraux peuvent rencontrer d’autres obstacles d’accès aux soins et aux réseaux de distribution.

Du projet industriel à l’accès réel aux doses

L’IDC prévoit qu’une moitié de la capacité annuelle soit destinée au marché zambien et l’autre à l’exportation, sous réserve des autorisations nécessaires. Ces volumes constituent une perspective annoncée, non un engagement de livraison déjà garanti. Le projet devra obtenir les financements prévus, respecter les exigences réglementaires et démontrer la qualité constante des lots avant toute mise sur le marché.

La différence entre conditionnement et fabrication intégrée compte aussi pour l’autonomie recherchée. Tant que les antigènes viennent de l’étranger, l’approvisionnement local demeure exposé aux mêmes ruptures internationales pour cette matière première. La seconde phase, si elle est financée et menée à bien, pourrait donc représenter un changement plus profond. Elle suppose des compétences spécialisées, des équipements, des contrôles rigoureux et des débouchés suffisamment prévisibles pour soutenir l’activité.

L’entreprise commune envisage aussi, à plus long terme, des vaccins pédiatriques et vétérinaires. Cette extension dépendra d’études de faisabilité, de financements supplémentaires et d’autorisations propres à chaque produit. Elle ne fait pas partie des capacités déjà installées. Pour les travailleurs zambiens, la mise en place d’une filière peut ouvrir des emplois qualifiés ; pour les patients, l’effet dépendra surtout de la disponibilité et du prix des doses dans les services de santé.

Un enjeu pour la SADC et l’ambition africaine

La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des pays voisins et cherche à développer les échanges et les chaînes industrielles régionales. Une production zambienne pourrait servir des marchés au-delà des frontières, mais les exportations devront satisfaire aux règles applicables dans chaque pays. Une capacité annoncée ne crée pas, à elle seule, un système régional d’achat, d’homologation et de distribution.

Le projet s’inscrit aussi dans l’objectif de l’Union africaine de produire localement 60 % des vaccins nécessaires au continent d’ici 2040. L’initiative répond à une dépendance révélée pendant la pandémie de Covid-19, lorsque l’accès aux doses a souvent été déterminé par les capacités d’achat et de production extérieures. Pour atteindre l’objectif continental, les usines devront toutefois s’appuyer sur des marchés durables, des compétences locales et des procédures réglementaires fiables.

La prochaine étape sera donc concrète : suivre le financement, le calendrier de construction, le transfert de savoir-faire et les autorisations de mise sur le marché. La question centrale n’est pas seulement de savoir si la Zambie pourra conditionner des vaccins contre le choléra. Elle est de déterminer si ZAMVAX pourra, dans la durée, produire davantage d’éléments localement et fournir des doses sûres, abordables et accessibles en Zambie comme dans la région.