Recycler, restaurer des sols ou développer des activités liées aux ressources marines ne crée pas automatiquement des emplois durables. Pour les jeunes Ivoiriens, l’enjeu est aussi de savoir quelles compétences acquérir, où se former et comment rencontrer des employeurs. Un nouveau dispositif veut rapprocher ces étapes, sans que ses résultats soient encore mesurables.
Un point d’entrée entre métiers et formations
Le 5 novembre 2026, à Abidjan, les ministères ivoiriens chargés de la Jeunesse et de l’Environnement ont signé une convention prévoyant un guichet consacré aux emplois verts et bleus. La signature a eu lieu à l’ouverture de la deuxième édition des Journées carrières, au Palais de la culture de Treichville. L’Agence ivoirienne de presse et le média ivoirien Le Mandat Express ont rapporté l’annonce. Le compte rendu de l’AIP sur la convention.
Le guichet doit informer les candidats sur les débouchés, les orienter vers des formations et les rapprocher des dispositifs d’insertion. Il doit aussi recenser les besoins des entreprises et les projets portés par les jeunes. La convention établit donc un cadre de coopération ; les informations disponibles ne précisent pas encore les modalités pratiques, le calendrier de déploiement ni les objectifs chiffrés de placement.
Les emplois verts couvrent notamment des activités liées à la gestion des déchets, à l’énergie ou à la protection des ressources naturelles. Les emplois bleus concernent les activités associées aux mers, aux eaux et à leurs ressources. Dans les deux cas, les métiers vont du travail technique à l’entrepreneuriat. Le ministre Mamadou Touré a présenté l’objectif comme la construction d’un « passage plus clair » entre intérêt pour un métier, acquisition de compétences et exercice d’une activité. Il a également insisté sur la santé, la sécurité et la protection sociale au travail.
Des outils existent déjà, mais l’insertion reste à suivre
Le dispositif s’appuie sur des expériences antérieures. En octobre 2024, l’Organisation internationale du Travail (OIT) a remis au gouvernement ivoirien un répertoire des métiers et emplois verts. Cet outil décrit les professions et les compétences associées. Par exemple, un agent de tri peut ne pas avoir besoin d’un niveau de formation préalable, mais doit savoir reconnaître les matières recyclables et respecter les consignes de sécurité. Le répertoire ivoirien des métiers verts présenté par l’OIT.
En mars 2024, des Journées carrières organisées par l’UNICEF et le ministère de la Jeunesse avaient réuni 50 structures publiques et privées et proposé à 2 532 adolescents et jeunes des possibilités de stages, de mentorat et de coaching. Ces données, publiées par l’UNICEF, indiquent une mise en relation à grande échelle. Elles ne précisent toutefois pas combien de participants ont ensuite obtenu un emploi ou créé une activité. Le bilan des journées carrières de 2024 en Côte d’Ivoire.
Dans le Tchologo, au nord du pays, un projet soutenu par le Japon et mis en œuvre par l’OIT illustre une autre voie : associer une compétence technique à la création d’activités locales. Des résidus agricoles servent à produire du biochar, un matériau issu de la transformation de biomasse, ainsi que du compost et du digestat. En mars 2026, l’OIT recensait 338 bénéficiaires formés, dont 189 femmes, répartis dans 24 unités de production à Kong et Ouangolodougou. Elle signalait aussi des revenus complémentaires, sans en publier les montants ni la régularité. Les résultats du projet de biochar dans le Tchologo.
Le défi : convertir l’orientation en travail décent
Ces initiatives éclairent les principales responsabilités du guichet. Il devra faire correspondre les formations aux besoins réels des employeurs, tout en aidant les porteurs de projets à accéder à des conseils et à des équipements. Un répertoire de métiers peut préciser les compétences attendues ; il ne garantit ni la disponibilité d’une formation à proximité, ni l’existence d’un poste rémunéré.
Les retombées dépendront aussi des territoires et des secteurs. À Abidjan, l’accès aux entreprises et aux services d’orientation peut faciliter les rencontres. Dans les régions, les emplois liés à l’agriculture, aux déchets ou aux ressources en eau nécessitent des équipements, des débouchés commerciaux et un accompagnement adapté. Les expériences rurales du Tchologo montrent que la formation peut s’articuler à une activité productive, mais les résultats annoncés ne suffisent pas encore à établir la stabilité des revenus ou la viabilité à long terme des unités.
La qualité des emplois constitue un autre point de vigilance. Les activités environnementales ne sont pas automatiquement décentes : la sécurité des tâches, les droits des travailleurs et l’accès à la protection sociale comptent autant que le nombre de personnes orientées. Sur ce point, l’accent mis par le ministre sur les conditions de travail donne au projet un critère concret d’évaluation, au-delà du seul volume de participants.
Une portée ouest-africaine, des résultats encore attendus
La Côte d’Ivoire inscrit cette démarche dans sa politique d’emploi et de transition écologique. À l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, où les activités agricoles, côtières et urbaines confrontent les économies à des besoins de compétences différents, l’articulation entre formation et débouchés est un enjeu partagé. Le guichet ivoirien reste toutefois une initiative nationale : sa portée régionale dépendra de résultats documentés et d’éventuels échanges avec les pays voisins.
La prochaine étape sera de rendre le service opérationnel et d’en suivre les effets : formations effectivement accessibles, stages, recrutements, activités créées et conditions de travail. La deuxième édition des Journées carrières s’est tenue les 5 et 6 novembre 2026. Le nombre de visiteurs ou de contacts ne dira pas, à lui seul, si le dispositif ouvre des parcours durables. Ce sont les résultats d’insertion, ventilés selon les métiers et les territoires, qui permettront de juger son utilité.