Une inflation passée sous la cible ne suffit pas à protéger les ménages ni les finances du Ghana. Pour Accra, l’enjeu est désormais de consolider la reprise tout en reconstituant des réserves de change, alors que les recettes du pays restent liées à quelques grandes matières premières.

Une reprise à consolider

Le Ghana, pays d’Afrique de l’Ouest membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), sort d’une période de fortes tensions économiques et d’un programme de financement du Fonds monétaire international (FMI). En juillet 2026, le conseil d’administration du Fonds a achevé la dernière revue de son accord de financement de 39 mois et examiné un nouvel Instrument de coordination des politiques (PCI), un cadre de suivi sans nouveau prêt. Ce dispositif doit accompagner la politique économique ghanéenne sur trois ans.

Le 5 novembre, les services du FMI ont annoncé un accord au niveau des équipes avec les autorités ghanéennes pour la première revue du PCI. Leur évaluation reste soumise à l’approbation de la direction et du conseil d’administration du Fonds. La mission s’est déroulée à Accra du 22 octobre au 4 novembre, selon la Ghana News Agency et le média ghanéen 3News.

Le FMI décrit les résultats comme « globalement satisfaisants » : la plupart des objectifs quantitatifs examinés ont été atteints. Ce constat ne signifie toutefois pas que l’évaluation est définitivement validée. Le passage devant le conseil d’administration reste une étape distincte.

Des indicateurs en amélioration, mais contrastés

La croissance réelle du produit intérieur brut (PIB) a atteint 6,2 % au premier semestre 2026 sur un an, portée notamment par l’investissement, selon les données communiquées par l’équipe du FMI. Le Fonds projette une croissance de 5,7 % pour l’ensemble de l’année. Les statistiques nationales font état d’une progression de 6 % au deuxième trimestre, un chiffre qui complète le bilan semestriel sans s’y substituer.

L’inflation annuelle s’est établie à 5,5 % en octobre, sous la fourchette de 6 à 10 % associée à l’objectif de la Banque du Ghana. Mais le mouvement récent invite à la prudence : l’inflation a remonté pour le troisième mois consécutif, après 5,2 % en septembre, indique le Service statistique du Ghana, relayé par la Ghana News Agency. Une moyenne nationale favorable ne signifie donc pas que toutes les dépenses baissent, ni que les ménages ressentent la même évolution selon leur lieu de résidence ou leur panier de consommation.

Sur le plan budgétaire, le FMI estime que l’excédent primaire devrait atteindre l’objectif de fin d’année du programme. Cet indicateur mesure l’écart entre les recettes et les dépenses publiques avant paiement des intérêts de la dette. Le Fonds relève également une diminution importante de la dette publique ces dernières années, sans que cela efface les échéances à refinancer ni les pressions sur les comptes publics.

L’or au cœur de l’équation des réserves

La principale alerte porte sur les réserves de change, utiles pour régler les importations et amortir les tensions sur la monnaie. Le FMI affirme qu’elles ont reculé ces derniers mois et salue les mesures correctives prises par les autorités. Celles-ci ont transféré à l’Office de l’or du Ghana, ou GoldBod, l’intermédiation des opérations de change liées au dispositif concerné et relevé l’obligation de vente d’or imposée aux grandes compagnies minières. La Ghana News Agency rapporte ces mêmes mesures.

Cette orientation donne à l’État un rôle accru dans la mobilisation des recettes en devises issues de l’or. Elle s’inscrit dans la création récente de GoldBod, organisme public chargé de structurer le commerce de l’or ghanéen. Mais le mécanisme ne supprime pas l’exposition aux cours mondiaux : si les prix baissent, les recettes d’exportation peuvent se contracter. Le cacao et le pétrole exposent également le budget et les comptes extérieurs aux fluctuations des marchés.

Le Fonds cite aussi les tensions géopolitiques et le durcissement des conditions financières mondiales. À l’intérieur du pays, il pointe les besoins de refinancement de la dette domestique, les pressions financières dans l’énergie et le cacao, ainsi que les fragilités persistantes du secteur financier. L’équilibre budgétaire dépend donc autant de la discipline des dépenses que de recettes parfois volatiles.

Les ménages et les entreprises face aux arbitrages

Pour les ménages, une inflation globale plus faible peut alléger la hausse générale des prix, mais les données d’octobre montrent une progression récente. Les effets ne se répartissent pas uniformément : transport, alimentation, logement et énergie pèsent différemment selon les revenus et les régions. Pour les entreprises, la stabilité des prix et du cedi facilite les décisions d’investissement, tandis que les contraintes de crédit et les incertitudes sur le change restent déterminantes.

Le FMI recommande une politique monétaire prudente, davantage de flexibilité du taux de change et le renforcement des réserves de sécurité. Il appelle aussi à constituer un fonds d’amortissement, c’est-à-dire une réserve destinée à honorer les dettes arrivant à échéance. Ces instruments peuvent réduire le risque de crise de liquidité, mais impliquent des choix sur l’usage des recettes publiques et la répartition des efforts. Le défi pour les autorités sera de préserver la stabilité sans freiner les activités productives ni transférer de manière disproportionnée les coûts aux ménages.

Un test de crédibilité pour la région

Le dossier sera suivi au-delà du Ghana. Membre de la CEDEAO, le pays est connecté aux échanges et aux marchés financiers ouest-africains. Une gestion plus prévisible de sa dette et de ses réserves peut renforcer la confiance des investisseurs et des partenaires régionaux ; à l’inverse, de nouvelles tensions sur le change ou les finances publiques pourraient peser sur ses importations et ses échanges.

La prochaine étape immédiate est l’examen de la première revue par la direction puis le conseil d’administration du FMI. Le calendrier du PCI prévoit une décision sur cette revue au plus tard le 15 janvier 2027. D’ici là, les indicateurs à surveiller sont la trajectoire des réserves, l’évolution de l’inflation, la réalisation de l’excédent primaire et la capacité de GoldBod à soutenir les recettes en devises sans accroître la vulnérabilité du pays aux cours de l’or.