Un financement annoncé à plusieurs centaines de millions de dollars peut faire avancer un projet minier. Mais il ne garantit ni une mine, ni des emplois, ni une transformation des minerais sur place. En Namibie, l’accord envisagé autour de Kameelburg place ces questions au premier plan.

Un projet encore loin de la production

Le 5 novembre 2026, la société australienne Aldoro Resources a annoncé un protocole d’accord avec Willetech International Investment, un groupe basé à Singapour. Celui-ci prévoit une prise de participation de 51 % dans Kameelburg Exploration Mining (KEMPL), la société qui détient le projet. Aldoro conserverait 42 % et des partenaires namibiens, 7 %.

Willetech prévoit aussi de mobiliser au moins 2 milliards de yuans, soit environ 300 millions de dollars selon l’estimation communiquée. Cette somme n’est toutefois pas un financement intégral déjà acquis : elle devrait être engagée par étapes, en fonction de l’avancement du projet. Un premier montant de 100 millions de yuans a été placé sur un compte supervisé en Chine. Son transfert en Namibie dépend encore d’autorisations chinoises.

Le protocole ne vaut pas accord définitif. La transaction reste notamment soumise à l’approbation des actionnaires d’Aldoro et aux autorisations réglementaires requises en Namibie et en Chine. Les parties doivent encore fixer les modalités précises de la participation et des financements. Aldoro mène parallèlement une première étude économique, destinée à examiner les conditions d’une éventuelle exploitation.

Kameelburg dispose déjà d’une ressource minérale estimée à 804,5 millions de tonnes, selon une mise à jour publiée par Aldoro en août 2026 et rapportée par le quotidien namibien The Namibian. Le gisement comprendrait 1,37 million de tonnes d’oxydes de néodyme et de praséodyme, deux éléments utilisés dans les aimants permanents des véhicules électriques et des éoliennes. Une ressource estimée ne constitue cependant ni une réserve exploitable ni une preuve de rentabilité.

La valeur ajoutée, enjeu central pour Windhoek

La Namibie cherche à tirer davantage de valeur de ses ressources au-delà de l’extraction. Son sixième plan national de développement fixe pour 2030 un objectif de hausse de la part des exportations minières transformées, de 46,6 % à 57 %. Le document met aussi l’accent sur la participation des Namibiens, les fournisseurs locaux et le développement d’activités de transformation.

Ce cap éclaire l’intérêt de Kameelburg, mais aussi ses limites. Le projet attire des capitaux étrangers et pourrait renforcer la place du pays dans les chaînes d’approvisionnement des matériaux critiques. Pour que les retombées dépassent les revenus miniers, il faudra aussi savoir si des étapes de traitement, des emplois qualifiés et des contrats pour les entreprises namibiennes peuvent être développés dans le pays. Le protocole annoncé ne précise pas encore ces retombées.

La répartition annoncée du capital donne 7 % aux partenaires namibiens. Ce chiffre ne permet pas, à lui seul, de mesurer la participation économique locale : les accords définitifs devront préciser les droits de gouvernance, les engagements financiers et les bénéfices attendus pour le pays. Le gouvernement namibien devra également examiner le projet dans le cadre de ses règles minières et de ses autorisations environnementales.

Lofdal dessine une autre voie, avec le Japon

Kameelburg n’est pas le seul projet qui nourrit les ambitions namibiennes dans les terres rares. À Lofdal, dans la région de Kunene, le Japon soutient le développement d’un gisement de terres rares lourdes. En juillet 2026, Toyota Tsusho a annoncé la création d’une société dédiée au projet et un investissement de JOGMEC, l’organisme japonais chargé de la sécurité des approvisionnements en métaux et en énergie.

Les deux projets ne portent pas exactement sur les mêmes éléments ni sur les mêmes partenariats. Ensemble, ils montrent toutefois que la Namibie attire des acteurs étrangers qui cherchent à sécuriser des approvisionnements pour les technologies industrielles. La question, pour Windhoek, est de convertir cet intérêt en retombées durables et en capacités locales, sans s’en tenir à l’exportation de minerais peu transformés.

Cette ambition s’inscrit aussi dans le cadre régional de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe. La coopération régionale peut peser sur les infrastructures, les échanges et l’accès aux marchés. Mais chaque pays négocie ses projets selon ses propres règles : la présence d’investisseurs internationaux ne garantit pas, à elle seule, une stratégie industrielle commune.

Les prochaines étapes pèseront davantage que l’annonce

À court terme, les éléments décisifs seront la signature des accords définitifs, les autorisations nécessaires et la preuve que les financements annoncés peuvent effectivement être mobilisés. L’étude économique devra ensuite préciser les coûts, les besoins en infrastructures et les conditions d’une exploitation viable. À ce stade, Kameelburg reste un projet en développement, pas une mine en production.

Le dossier met en évidence un enjeu partagé par plusieurs pays africains riches en ressources : attirer les investissements tout en conservant une part plus importante de la valeur créée. Pour la Namibie, le test ne se limitera donc pas au montant annoncé. Il portera aussi sur la part des Namibiens dans le projet, les activités réalisées dans le pays et les bénéfices concrets pour les régions concernées.