Pour un automobiliste nigérian, trouver du gaz naturel comprimé (GNC) près de chez soi peut encore être difficile. Le Nigeria veut donc utiliser une partie de ses stations-service existantes pour rapprocher ce carburant des conducteurs, sans attendre la construction de nouveaux sites partout dans le pays.

Un réseau de stations à convertir plutôt qu’à reconstruire

Le 3 novembre 2026, Oluwole Adama, directeur exécutif du Midstream and Downstream Gas Infrastructure Fund (MDGIF), a annoncé que le fonds cherchait à nouer des partenariats avec plus de 1 000 points de vente en deux ans. L’idée : installer des équipements de ravitaillement en GNC dans des stations qui vendent déjà de l’essence ou du diesel. Le responsable a évoqué plus de 25 000 stations-service au Nigeria. Ce chiffre et l’objectif annoncé lui sont attribués, faute de confirmation indépendante trouvée.

Lors d’un entretien accordé à Per Second News en marge du salon ADIPEC, à Abou Dhabi, Adama a indiqué que les premières unités de ravitaillement étaient en cours de déploiement. Selon ses déclarations rapportées par le média, une première livraison de 15 équipements venait d’arriver, sur une demande initiale de 75. Il a également dit vouloir en installer certains avant la fin de l’année. Ces étapes restent annoncées par le fonds : elles ne constituent pas encore un bilan de mise en service.

Le recours à des stations déjà actives pourrait accélérer l’accès au GNC et réduire le coût d’implantation de chaque point de vente. Mais une pompe installée ne suffit pas : il faut aussi que le gaz arrive régulièrement, que les équipements soient entretenus et que les automobilistes puissent faire convertir leur véhicule.

Le défi se joue aussi en amont

Le dispositif annoncé s’inscrit dans un programme plus large. En novembre 2025, le MDGIF avait présenté, avec Endurance Group, la Bank of Industry et Séquor Investment Partners, un projet visant 500 stations en trois ans. La société dédiée envisagée, CAM InfraCo, devait aussi développer des infrastructures d’approvisionnement et organiser le transport du gaz. L’annonce actuelle met davantage l’accent sur l’équipement de points de vente existants ; elle ne précise pas comment cet objectif s’articule avec le programme des 500 stations.

La chaîne d’approvisionnement nécessite plusieurs niveaux. Des stations dites « mères » compriment le gaz. Celui-ci peut ensuite rejoindre des stations « filles », par gazoduc ou par camions spécialisés. Ces derniers peuvent desservir des zones éloignées des conduites, mais impliquent des coûts et une logistique adaptés. Adama a lui-même souligné que l’extension des pompes devait aller de pair avec le développement de l’approvisionnement.

Les premiers équipements comptent, mais ils ne disent pas encore où les stations seront installées, quels exploitants seront retenus, ni comment les volumes de gaz seront garantis. Le calendrier, les critères de sélection et les modalités financières des partenariats restent à préciser. Sans ces informations, le nombre de points de vente visés ne permet pas, à lui seul, de mesurer l’accès réel pour les usagers.

Une réponse aux coûts de transport, avec des limites

Le développement du GNC intervient après la suppression de la subvention fédérale sur l’essence en 2023, qui a contribué à alourdir les dépenses de transport. Pour les chauffeurs de taxi, les transporteurs et les ménages qui dépendent des déplacements quotidiens, un carburant moins cher peut alléger la facture. Mais le bénéfice dépendra du prix effectivement proposé, du coût de conversion des véhicules et de la distance jusqu’à une station.

Les difficultés ne sont pas identiques selon les territoires. Dans les grands centres urbains, une station supplémentaire peut servir un grand nombre de véhicules. Dans les États moins desservis par les gazoducs, le transport par camion et la régularité des livraisons pèseront davantage. Les petites entreprises de transport et les conducteurs indépendants, qui disposent de marges limitées, pourraient aussi avoir plus de mal à financer une conversion que les grands opérateurs.

Un reportage de l’Associated Press publié en novembre 2024 décrivait déjà les limites du réseau et les longues distances que certains conducteurs devaient parcourir pour faire le plein. Il relevait aussi le coût de conversion pour les particuliers. Ce constat, antérieur aux nouvelles annonces, rappelle que l’extension des infrastructures ne garantit pas automatiquement un accès abordable. Le prix, la sécurité des installations et la disponibilité des ateliers agréés restent déterminants.

Un enjeu pour la politique gazière ouest-africaine

Le MDGIF a été institué dans le cadre de la loi nigériane sur l’industrie pétrolière de 2021. Il intervient dans un secteur où le pays cherche à mieux utiliser ses ressources gazières sur le marché intérieur, notamment pour les transports et l’industrie. Le programme de GNC est aussi une réponse aux effets économiques de la réforme des carburants : réduire la dépendance à l’essence importée et contenir les coûts logistiques sont deux objectifs liés, mais qui ne se confondent pas.

À l’échelle régionale, le Nigeria est un acteur majeur de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), organisation de coopération entre pays ouest-africains. Une infrastructure plus dense pourrait soutenir les transports et les échanges nigérians. Toutefois, l’annonce concerne le réseau national ; aucun mécanisme régional de distribution ou de coopération gazière n’a été précisé à ce stade.

La prochaine étape sera donc moins le nombre annoncé que la capacité à faire fonctionner la chaîne complète : équipements, approvisionnement, transport, entretien et conversions de véhicules. Le fonds vise plus de 1 000 partenariats sur deux ans, tandis qu’un autre projet de 500 stations a été annoncé en 2025. Leur articulation et leur avancement concret seront essentiels pour savoir si le GNC devient une option accessible au-delà de quelques corridors et grandes villes.

Sources consultées : déclarations du MDGIF sur les 1 000 points de ravitaillement, projet nigérian de 500 stations de GNC, projets d’infrastructures GNC inaugurés au Nigeria en 2026 et reportage sur l’accès au GNC et les coûts de conversion.