Une ligne électrique ou un réseau d’eau ne transforme pas à lui seul une économie. Encore faut-il que les ménages puissent s’y raccorder et que les entreprises locales disposent des moyens de produire. C’est à cette condition que l’aide extérieure peut soutenir la croissance en Ouganda, plutôt que financer des équipements sans retombées durables.
Des priorités nationales ancrées dans l’Afrique de l’Est
À Kampala, le gouvernement présente sa stratégie de croissance décuple comme un moyen d’accélérer la transformation économique du pays. Elle mise notamment sur l’agro-industrie, le tourisme, les minerais et les sciences, technologies et innovations. L’objectif annoncé est de porter le produit intérieur brut à 500 milliards de dollars d’ici 2040.
Cette ambition s’inscrit aussi dans un cadre régional. L’Ouganda appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), qui rassemble plusieurs pays de la région autour de la coopération économique et de projets d’intégration. L’électricité, les échanges agricoles et les infrastructures transfrontalières pèsent donc sur les débouchés des producteurs ougandais, mais aussi sur les connexions avec les pays voisins.
Le défi est concret. Selon les données de la Banque mondiale, 55,3 % de la population ougandaise avait accès à l’électricité en 2024, contre 44,8 % en zone rurale. Ces deux indicateurs mesurent l’accès des populations, et non la qualité du service ou son coût pour les foyers et les entreprises. L’écart entre villes et campagnes reste néanmoins marqué.
Une coopération annoncée à Kampala
Les gouvernements ougandais et allemand ont conclu leurs négociations de coopération le 3 novembre 2026 à Kampala. Le ministère ougandais des Collectivités locales confirme la signature d’accords à cette date. Il détaille 10 millions d’euros pour le projet proposé SCALE et 3 millions pour PARWEST, deux initiatives liées au développement économique local et aux communautés accueillant des réfugiés.
Une enveloppe totale de 50 millions d’euros, comprenant des volets financiers et techniques dans l’eau, l’électricité, l’agro-industrie et l’économie locale, a également été rapportée. Toutefois, les informations publiques consultées ne permettent pas de vérifier indépendamment l’ensemble de ce montant ni sa répartition détaillée. Il faut donc distinguer ces chiffres annoncés des 13 millions d’euros que le ministère confirme pour SCALE et PARWEST.
Parmi les projets cités dans la répartition rapportée figure l’électrification du Nil occidental, avec 18 millions d’euros prévus. Cette région jouxte la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud. L’accès au courant peut y faciliter l’activité des exploitations agricoles et des entreprises. Mais l’effet dépendra du calendrier des travaux, du coût des raccordements et de la capacité du réseau à fournir un service régulier.
Les négociations prolongent un partenariat ancien, établi en 1962 selon les informations institutionnelles allemandes. Berlin avait engagé 58,4 millions d’euros de subventions en 2020, puis 68,8 millions en 2022. Ces montants antérieurs illustrent la continuité de la coopération, sans garantir que chaque projet atteigne ses objectifs ni que les nouvelles sommes soient déjà décaissées.
De l’infrastructure à l’activité productive
Pour les exploitations rurales, l’électricité peut permettre de transformer, conserver ou conditionner les récoltes plus près des lieux de production. Cela peut réduire les pertes et ouvrir des débouchés. Pour les petites entreprises, l’enjeu est aussi de remplacer des solutions énergétiques coûteuses ou irrégulières. Toutefois, une nouvelle ligne ne suffit pas si les tarifs restent hors de portée ou si les équipements productifs manquent.
Les projets d’eau ont un effet tout aussi direct sur les ménages et les activités économiques. Un accès plus proche et plus fiable peut réduire le temps consacré à la collecte, soutenir les services de proximité et contribuer à la production agricole. Les bénéfices peuvent donc différer selon les territoires : les centres urbains disposent souvent de réseaux plus développés, tandis que les zones rurales et frontalières dépendent davantage de l’extension des infrastructures.
Le ministère des Collectivités locales présente SCALE et PARWEST comme des outils pour attirer des investissements, soutenir les entreprises et renforcer les économies locales. Il indique que cette coopération s’appuie sur un partenariat engagé en 2018 et vise aussi les communautés qui accueillent des réfugiés. La confirmation de ces deux financements ne renseigne cependant pas, à elle seule, sur les bénéficiaires finaux, les échéanciers ou les résultats attendus dans chaque district.
Les autorités ougandaises cherchent à relier l’aide internationale à leur propre stratégie économique. Cette orientation invite à suivre non seulement les engagements financiers, mais aussi les marchés attribués, les emplois créés et la part de valeur ajoutée conservée dans le pays. La transformation locale des produits agricoles et des matières premières demeure déterminante pour que les investissements profitent aux producteurs et aux travailleurs, au-delà des grands chantiers.
Un test de mise en œuvre, aussi pour la région
La coopération allemande s’inscrit dans un paysage où les gouvernements africains cherchent à financer leurs priorités tout en élargissant les partenariats économiques. Pour l’Ouganda, l’enjeu régional est de mieux relier les infrastructures nationales aux échanges avec ses voisins de l’EAC. Une énergie plus accessible peut soutenir les filières locales ; des connexions insuffisantes ou des coûts élevés peuvent au contraire limiter cet avantage.
La prochaine étape sera la mise en œuvre : préciser les montants effectivement engagés, publier les calendriers et suivre les résultats des projets. Il faudra notamment distinguer les financements annoncés des décaissements, puis vérifier si les équipements atteignent les zones ciblées. C’est à cette échelle — celle des villages, des entreprises et des communautés d’accueil — que se mesurera la contribution réelle du partenariat à l’objectif économique fixé pour 2040.