À Lagos, la valeur d’un film ne se joue pas seulement au nombre de spectateurs dans la salle. Elle dépend aussi de sa capacité à trouver un financement, un distributeur et un public au-delà des frontières. C’est ce défi de toute une industrie que l’Africa International Film Festival (AFRIFF) place au centre de sa 15ᵉ édition.

À Lagos, le cinéma cherche aussi ses partenaires

Le festival se déroule du 1ᵉʳ au 7 novembre 2026 dans la capitale économique du Nigeria. En parallèle des projections, le Marché du film et des contenus africains (AFCM) réunit des professionnels du 2 au 5 novembre. Producteurs, acheteurs, diffuseurs et investisseurs peuvent y nouer des contacts et examiner des projets de coproduction ou de distribution. Le marché est ainsi conçu comme un espace d’affaires, et pas seulement comme une vitrine culturelle.

Cette évolution répond à un enjeu concret. Un film peut être sélectionné et susciter l’intérêt du public sans pour autant disposer des ressources nécessaires à sa production ou d’un accès durable aux écrans. Les rencontres professionnelles cherchent à rapprocher les créateurs des acteurs capables de financer, vendre et distribuer leurs œuvres.

Le programme de l’AFCM prévoit notamment des échanges sur le financement des productions, les coproductions internationales, la distribution et l’intelligence artificielle. Le site du festival annonce quatre jours de rencontres entre producteurs africains et internationaux, investisseurs, distributeurs et plateformes. Pour les détails du programme, consulter le programme professionnel du marché AFCM.

Une sélection panafricaine, des chiffres à lire avec prudence

L’édition s’articule autour du thème « Frames of the Future: Africa’s Creative Intelligence », consacré à l’avenir de la création africaine face aux changements technologiques. La question de l’intelligence artificielle y côtoie des préoccupations plus anciennes : les moyens de produire, la circulation des œuvres et la maîtrise des droits.

Les chiffres publiés sur la sélection ne concordent toutefois pas entièrement. Une couverture nigériane annonce 135 films, dont 23 longs métrages. La page officielle de la sélection affiche, elle, 119 films répartis en neuf catégories au moment de sa consultation. L’écart peut tenir à une mise à jour du programme ou à des périmètres de comptage différents. Faute de clarification publique, ces nombres ne doivent pas être présentés comme parfaitement équivalents. Le programme en ligne permet de suivre les titres et les séances annoncés : la sélection officielle de l’AFRIFF 2026.

Le marché affiche également des estimations différentes selon les supports. Une couverture publiée le 4 novembre évoque près de 1 500 participants attendus. Le site de l’AFCM annonce pour sa part 1 000 participants, dix délégations nationales et une centaine d’entreprises invitées. Ces chiffres décrivent des objectifs ou des capacités annoncées, pas nécessairement la fréquentation effectivement enregistrée. Ils ne permettent donc pas encore de mesurer le nombre de contrats conclus.

Le rendez-vous s’inscrit dans une histoire plus longue. Créé en 2010 par la productrice et entrepreneuse nigériane Chioma Ude, l’AFRIFF a fait de Lagos un point de rencontre entre cinéastes africains et diaspora. La précédente édition aurait attiré environ 21 000 spectateurs, selon les chiffres repris dans la couverture de l’édition 2026. Ce bilan, qui n’est pas confirmé ici par une seconde source indépendante, doit rester attribué.

De la visibilité aux revenus : le défi de l’industrie

Pour les cinéastes, le passage d’un festival à un marché peut ouvrir des pistes de financement et de diffusion. Pour les acheteurs et les plateformes, il facilite la découverte de nouveaux contenus et de partenaires. Mais la tenue de rendez-vous professionnels ne garantit ni investissement, ni contrat, ni sortie commerciale. La portée réelle de l’AFCM dépendra des accords obtenus et de leur traduction en emplois et en recettes pour les productions.

Les bénéfices potentiels sont eux aussi inégalement répartis. Les sociétés déjà structurées, souvent installées dans les grandes villes, disposent généralement de davantage de ressources pour voyager, présenter un projet et négocier. Les cinéastes indépendants ou issus de régions moins connectées aux circuits de financement peuvent rencontrer plus d’obstacles. Un marché continental ne devient inclusif que si l’accès aux rencontres et aux financements ne se limite pas aux professionnels déjà visibles.

Le Nigeria dispose d’un secteur audiovisuel important, notamment grâce à Nollywood, mais les films nigérians ne résument pas la diversité des cinémas du continent. Une sélection réunissant des œuvres de plusieurs pays peut contribuer à faire circuler les récits et les compétences. Encore faut-il que les accords de distribution dépassent l’événement et atteignent les salles, les télévisions et les services numériques de chaque marché.

Un test pour Lagos et les échanges régionaux

L’ambition dépasse donc les frontières du Nigeria. En Afrique de l’Ouest, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) rassemble des pays dont les industries audiovisuelles peuvent gagner à coproduire et à partager leurs réseaux de diffusion. Mais les langues, les réglementations, les coûts de circulation et l’accès aux financements compliquent encore ces échanges. Un marché professionnel peut rapprocher les acteurs ; il ne supprime pas, à lui seul, ces barrières.

À l’échelle continentale, l’enjeu est de transformer la reconnaissance culturelle en capacité économique : négocier les droits, financer les projets sur la durée et distribuer les œuvres auprès de publics divers. Les prochaines indications à surveiller sont les résultats concrets des rencontres de Lagos, la fréquentation réelle du marché et la circulation des films sélectionnés après le festival.

L’AFRIFF 2026 met ainsi en lumière une question décisive pour le cinéma africain : comment faire en sorte qu’un film ne s’arrête pas à sa projection, mais trouve aussi les moyens d’être produit, vendu et vu. La réponse se mesurera moins aux annonces qu’aux partenariats durables noués à Lagos et aux œuvres qui atteindront effectivement leur public.