À Tataouine, dans le sud-est tunisien, les greniers fortifiés racontent une histoire plus ancienne que leur célébrité au cinéma. Ces ksour et les villages bâtis dans la roche témoignent de choix architecturaux adaptés au climat et aux modes de vie de la région. Le défi est désormais de préserver ce patrimoine tout en faisant en sorte que sa mise en valeur bénéficie aux habitants.
Un patrimoine façonné par les usages locaux
Dans le gouvernorat de Tataouine, les ksour sont d’anciens greniers collectifs fortifiés. Leurs cellules de stockage, souvent appelées ghorfas, sont disposées en étages autour de cours. Elles permettaient de conserver les récoltes et d’organiser les échanges. L’Agence foncière touristique tunisienne présente les ksour et l’habitat troglodytique comme des éléments caractéristiques du patrimoine régional, mais aussi comme un potentiel d’attraction touristique.
Chenini donne à voir une autre forme de cette adaptation. Le village s’étage sur un relief rocheux, au-dessus d’habitations et de vestiges liés à une longue occupation. À proximité, Ksar Ouled Soltane et Ksar Hadada illustrent l’architecture des greniers fortifiés. Ce ne sont pas de simples décors : leur intérêt tient aussi aux techniques, aux usages et aux savoir-faire qu’ils rendent visibles.
Les habitats troglodytiques, creusés dans la roche ou organisés autour de cours en contrebas, répondent eux aussi à des contraintes concrètes. Leur disposition protège du soleil et contribue à maintenir une température plus stable. Réduire ces lieux à une curiosité pittoresque ferait perdre de vue l’ingéniosité des communautés qui les ont conçus et entretenus.
Le cinéma attire l’attention, sans résumer la région
La saga Star Wars a ajouté une dimension populaire à la renommée de Tataouine. Le nom de la planète fictive Tatooine s’inspire de celui de la ville tunisienne. Mais les lieux de tournage sont dispersés dans le sud du pays : Ksar Hadada, dans le gouvernorat de Tataouine, est associé à des scènes de la saga, tandis que d’autres décors se trouvent notamment dans la région de Tozeur.
Cette distinction compte. La ville de Tataouine n’est pas le décor unique des films, et la région ne se limite pas à leur imaginaire. Ksar Hadada attire les visiteurs qui reconnaissent ses cours et ses galeries à l’écran. Pour autant, l’intérêt du site précède le tournage : il s’agit d’un ensemble patrimonial dont la fonction première était liée au stockage et à la vie collective.
Le cinéma peut servir de porte d’entrée vers d’autres découvertes, à condition que l’offre touristique ne transforme pas les lieux en simple arrière-plan. Une visite attentive peut relier le tournage à l’histoire de l’architecture, aux pratiques locales et aux paysages du Sud-Est. C’est cette articulation, plutôt que la seule référence à une franchise internationale, qui donne de la profondeur à l’expérience.
Préserver les sites et partager les retombées
La fréquentation touristique crée des possibilités pour les guides, les hébergements, les artisans et les petits commerces. Elle peut aussi soutenir l’entretien des sites. Mais les retombées ne sont pas automatiques : elles dépendent de la place accordée aux acteurs locaux, de la qualité des infrastructures et de la capacité à protéger des bâtiments fragiles contre l’usure et les aménagements inadaptés.
Les enjeux varient selon les territoires. À Tataouine et dans les bourgs proches, les services et les activités commerciales peuvent profiter des visites. Dans les villages plus éloignés, l’accès, le transport et la saisonnalité pèsent davantage. Les habitants qui entretiennent ou font vivre ces lieux ne doivent pas être relégués derrière les circuits organisés depuis les grands pôles touristiques.
Les autorités tunisiennes ont déjà évoqué la restauration de Ksar Ouled Soltane et de Ksar Hadada en vue de préparer leur candidature au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette annonce, rapportée par l’agence de presse tunisienne TAP, signale un objectif de reconnaissance et de conservation ; elle ne signifie pas que ces sites sont déjà inscrits. Les études, la restauration et la gestion à long terme restent déterminantes.
Un enjeu tunisien à l’échelle du Maghreb
La question dépasse la promotion d’une destination. Elle touche à la manière dont la Tunisie relie patrimoine, développement régional et partage des revenus touristiques. Dans un pays où les visiteurs se concentrent souvent sur les pôles côtiers, le Sud-Est offre une autre géographie du voyage, fondée sur des savoir-faire et des lieux habités plutôt que sur une offre uniforme.
La Tunisie est membre de l’Union du Maghreb arabe, qui réunit également l’Algérie, la Libye, le Maroc et la Mauritanie. À cette échelle, la sauvegarde des architectures de terre et des patrimoines amazighs fait écho à des histoires et à des pratiques présentes dans plusieurs pays voisins, sans effacer leurs différences. La coopération patrimoniale et les échanges de compétences peuvent renforcer les efforts de conservation.
Pour Tataouine, la prochaine étape se joue donc autant dans l’entretien quotidien des ksour que dans leur visibilité internationale. La notoriété de Star Wars peut attirer le regard ; la transmission des savoirs, l’implication des habitants et la protection des lieux détermineront ce qui restera après la visite.
L’Agence foncière touristique tunisienne sur le patrimoine de Tataouine | La TAP sur les projets de restauration des ksour | Les pays membres de l’Union du Maghreb arabe | Étude sur les ksour et le développement touristique dans le Sud-Est tunisien