À Rabat, la fin des opérations de la MINURSO ouvre une séquence incertaine : le Maroc gagne un levier diplomatique, mais le différend sur le Sahara occidental reste entier. Sans mandat renouvelé, l’ONU perd un dispositif de terrain sans obtenir d’accord politique entre les parties.

Un désaccord au Conseil, pas un règlement du conflit

Créée en 1991 par le Conseil de sécurité, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental devait notamment surveiller le cessez-le-feu et préparer un vote sur l’avenir du territoire. Le référendum n’a jamais eu lieu. Depuis, les désaccords sur les électeurs et les options soumises au vote ont empêché sa tenue.

Le mandat de la mission arrivait à échéance le 31 octobre 2026. Le 30 octobre, le Conseil de sécurité n’a adopté aucun des deux textes concurrents soumis à ses membres. La Russie a opposé son veto au projet américain, soutenu par onze membres. Une proposition russe visant à prolonger la mission n’a, elle non plus, pas obtenu les neuf voix nécessaires. Le mandat a donc expiré, et la période de liquidation a commencé le 1er novembre, selon le porte-parole du secrétaire général de l’ONU. Le compte rendu du vote au Conseil de sécurité et les premières indications sur la fermeture de la mission confirment cette séquence.

Le texte américain plaçait l’initiative marocaine d’autonomie au centre des négociations et proposait de mettre fin à la mission. La résolution 2797, adoptée en 2025, avait déjà demandé que les discussions prennent cette proposition comme base, tout en maintenant l’objectif d’une solution qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Cette résolution avait renouvelé le mandat jusqu’au 31 octobre 2026. Le texte officiel de la résolution 2797 rappelle ce cadre.

Pour Rabat, un succès diplomatique qui ne clôt pas le dossier

Les autorités marocaines défendent depuis des années un plan d’autonomie sous souveraineté du Maroc. La fin de la MINURSO peut renforcer leur argument selon lequel les négociations doivent désormais se concentrer sur cette proposition. Mais l’expiration du mandat ne constitue ni une reconnaissance internationale nouvelle de la souveraineté marocaine, ni une décision de l’ONU sur le statut du territoire.

La résolution de 2025 prévoyait aussi une revue stratégique du futur de la mission. Le blocage de fin octobre a changé la donne : au lieu d’un mandat révisé ou prolongé, les Nations unies entament le retrait de leurs personnels et la liquidation des activités. Ces opérations prennent du temps. Elles impliquent le sort des sites, du matériel et des fonctions de surveillance jusque-là exercées sur le terrain.

Pour les Sahraouis vivant dans le territoire, comme pour les personnes établies dans les camps de réfugiés près de Tindouf, en Algérie, l’enjeu est concret : la réduction de la présence onusienne peut rendre le suivi des tensions et des incidents plus difficile. La mission n’avait pas réglé le conflit, mais elle constituait un mécanisme international de surveillance. Les responsables de l’ONU ont, au moment de son départ, appelé les parties à la retenue et réaffirmé l’importance des droits de la population du territoire. Le suivi de la presse marocaine sur les consignes au personnel éclaire les premiers effets opérationnels de l’échéance.

Alger, le Polisario et le risque d’une surveillance amoindrie

Le Front Polisario réclame l’autodétermination, avec l’indépendance parmi les issues possibles. L’Algérie soutient sa position et conteste les textes qui, selon elle, privilégient le plan marocain. Le Maroc considère, lui, l’autonomie comme la seule voie réaliste. Ces divergences s’inscrivent dans une rivalité régionale durable entre Rabat et Alger, dont les relations diplomatiques sont rompues depuis 2021.

La disparition de la mission ne met pas fin à cette rivalité et ne garantit pas une reprise des négociations. Elle peut toutefois réduire les informations indépendantes disponibles sur le terrain, au moment où les tensions restent élevées. L’ONU a indiqué que la fin du mandat n’effaçait pas le droit des Sahraouis à décider de leur avenir et que ses efforts politiques pouvaient se poursuivre par l’intermédiaire de l’envoyé personnel du secrétaire général.

Il faut donc distinguer deux choses : la fin de l’autorisation de la MINURSO et le règlement du conflit. La première est effective depuis le 1er novembre 2026. Le second demeure à construire, faute d’accord entre le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, parties concernées par les discussions de l’ONU.

Un test pour la diplomatie régionale et l’ONU

Le dossier saharien pèse sur l’intégration du Maghreb. La fermeture de la frontière entre le Maroc et l’Algérie et l’absence de coopération politique régionale limitent déjà les échanges entre les deux voisins. Une nouvelle dégradation pourrait compliquer davantage les efforts de rapprochement et peser sur les populations, les entreprises et les projets transfrontaliers, au-delà des seuls cercles diplomatiques.

Le vote révèle aussi les limites du Conseil de sécurité lorsque ses membres permanents s’opposent frontalement. Le désaccord entre Washington et Moscou a laissé expirer un mandat sans solution de remplacement. Pour les prochains mois, les points à suivre seront la conduite du retrait, les modalités de suivi des tensions et la capacité de l’envoyé de l’ONU à remettre les parties autour d’une même table. La fin de la présence de la mission change les conditions du dossier ; elle n’en écrit pas l’issue.