Au Sahara occidental, la fin du mandat de la MINURSO laisse une question immédiate : qui observera désormais le cessez-le-feu et signalera les incidents sur le terrain ? Pour le Maroc, cette issue marque une avancée politique. Pour les Sahraouis favorables à l’indépendance, elle ne règle pas le différend sur l’avenir du territoire.

Un mandat expiré, deux textes rejetés

Le Conseil de sécurité n’a adopté aucun des deux projets examinés le vendredi 30 octobre 2026. Le texte américain a recueilli onze voix, mais le veto russe l’a bloqué ; la Chine, le Pakistan et la Somalie se sont abstenus. Une contre-proposition russe visant à prolonger la mission d’un an a ensuite obtenu trois voix pour, une contre — celle des États-Unis — et onze abstentions. Elle n’a donc pas atteint le seuil requis.

Le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, créée en 1991, a expiré le 31 octobre. Le 1er novembre, l’ONU a annoncé le début de sa liquidation : une équipe réduite doit superviser le retour des équipements prêtés par les pays contributeurs et le traitement du matériel des Nations unies. La mission entre ainsi en phase de retrait, sans qu’un nouveau mandat du Conseil encadre la suite. La déclaration du secrétaire général des Nations unies sur la fin de la MINURSO indique toutefois que l’organisation reste prête à soutenir un règlement politique.

Le projet américain proposait de prolonger la mission jusqu’au 31 octobre 2027, de la renommer et de retirer la référence au référendum. Il plaçait le plan d’autonomie marocain au centre des négociations. Moscou a dénoncé une approche unilatérale et défendu une reconduction sans changement du mandat. Washington a, à son tour, voté contre le texte russe, qui a échoué faute de soutien suffisant. Le compte rendu de la séance du Conseil de sécurité confirme les votes et le rôle de la mission.

Un territoire contesté, un équilibre régional fragile

Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, figure toujours sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU. Le Maroc contrôle la majeure partie du territoire et défend, depuis 2007, une autonomie sous sa souveraineté. Le Front Polisario revendique l’indépendance et l’autodétermination du peuple sahraoui ; l’Algérie soutient le mouvement. Le référendum envisagé lors du cessez-le-feu de 1991 n’a jamais eu lieu, notamment faute d’accord sur les personnes autorisées à voter. La résolution 2797 de 2025 avait prolongé le mandat jusqu’au 31 octobre 2026 tout en prenant le plan marocain comme base des discussions, sans écarter le principe d’autodétermination.

La décision de New York intervient dans une rivalité régionale qui dépasse le seul dossier onusien. Le Maroc et l’Algérie ont rompu leurs relations diplomatiques en 2021. Les positions divergentes sur le Sahara pèsent aussi sur les relations maghrébines et sur la capacité de la région à relancer sa coopération. L’Union du Maghreb arabe, organisation régionale regroupant notamment les deux pays, ne constitue pas aujourd’hui un cadre actif de médiation comparable au processus des Nations unies.

Les réactions soulignent l’écart entre les lectures du vote. Le Cabinet royal marocain a présenté la non-reconduction comme un pas vers la clôture du dossier à l’ONU. De son côté, le secrétaire général António Guterres a rappelé que la fin du mandat ne supprime pas le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Le Front Polisario a, lui, critiqué un texte américain qui, selon son représentant, aurait compromis ce droit. Ces prises de position sont celles des acteurs concernés ; elles ne constituent pas un règlement du statut du territoire. L’Agence de presse africaine APA a rendu compte de la réaction de Rabat, tandis que l’agence algérienne APS a relayé le rappel de l’ONU sur l’autodétermination.

Ce que le retrait change sur le terrain

La MINURSO ne s’était pas limitée à la perspective d’un référendum : ses observateurs surveillaient aussi le cessez-le-feu et facilitaient les échanges entre les parties. Sa disparition de la scène opérationnelle réduit donc un canal de vérification indépendant. Cela ne signifie pas automatiquement une reprise des combats, mais rend le suivi des incidents et leur attribution plus difficiles. Le secrétaire général de l’ONU a exprimé sa préoccupation face au risque d’escalade et appelé toutes les parties à la retenue.

Les effets ne seront pas identiques pour tous. Les autorités marocaines voient dans l’issue du vote une occasion de consolider leur approche diplomatique et leur plan d’autonomie. Pour les habitants du territoire, ainsi que pour les réfugiés sahraouis vivant notamment dans les camps de Tindouf, la question concrète demeure celle de leur représentation et de leur avenir politique. Les militaires et civils de la mission, eux, entrent dans une phase de départ et de transfert logistique ; cette opération ne règle pas les désaccords de fond.

La suite dépendra du dialogue, pas du seul vote

La liquidation de la MINURSO ne vaut ni reconnaissance internationale d’une souveraineté, ni décision sur l’autodétermination. Elle marque plutôt une rupture dans le dispositif de suivi établi depuis 1991. Le Maroc, depuis Rabat, affirme que le processus politique tel qu’il était conduit à l’ONU est suspendu ; les Nations unies disent rester disponibles pour soutenir le dialogue par l’intermédiaire de l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura.

À l’échelle africaine, l’enjeu est aussi celui de la capacité des mécanismes multilatéraux à maintenir une surveillance impartiale quand les membres permanents du Conseil de sécurité s’opposent. Les prochaines étapes à suivre sont le retrait effectif des équipes, les éventuelles initiatives de médiation et la possibilité d’un nouvel accord au Conseil. En attendant, aucun nouveau mandat ne remplace celui arrivé à échéance, et le statut du Sahara occidental reste contesté.