En République démocratique du Congo, l’épidémie d’Ebola ne se mesure plus seulement à l’extension de la carte. Elle se lit aussi dans les villages où les équipes sanitaires peinent à arriver, dans les centres sous tension et dans les familles qui hésitent à signaler les symptômes.
Au samedi 31 octobre 2026, les données du ministère congolais de la Santé faisaient état de 10 351 personnes infectées et de 5 026 décès. Le bilan a été rapporté par l’agence Associated Press. Trois jours plus tôt, Radio Okapi citait un décompte arrêté au 25 octobre : 10 060 cas et 4 887 décès. La progression rapide explique l’écart entre ces deux points de situation.
Une flambée concentrée dans l’est, mais étendue à huit provinces
Déclarée à la mi-mai, cette 17e épidémie congolaise est provoquée par le virus Bundibugyo, une espèce du virus Ebola. Elle a touché huit provinces sur les 26 que compte le pays. L’Ituri reste l’épicentre : au 25 octobre, le ministère y recensait plus de 7 200 cas et 3 370 décès. Le Nord-Kivu comptait alors plus de 2 300 cas.
Le bilan du 31 octobre dépasse les 5 000 morts et fait de cette flambée la deuxième plus meurtrière jamais documentée, derrière celle qui a frappé l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) décrivait déjà, en août, une épidémie en expansion rapide. Son bilan, établi à une date antérieure, ne peut toutefois pas être comparé directement aux chiffres congolais d’octobre.
La situation s’inscrit dans un contexte difficile pour les services publics de l’est. L’insécurité et les déplacements de population entravent les déplacements des équipes, le suivi des contacts et l’accès aux soins. En Ituri, des femmes présentant des symptômes suspects n’ont pas pu être transférées faute d’ambulance disponible, selon les informations relayées par Radio Okapi.
La riposte dépend aussi de la confiance et des moyens
Le virus se transmet principalement par contact direct avec le sang ou d’autres liquides biologiques d’une personne infectée. Repérer rapidement les malades et suivre leurs contacts permet de freiner les chaînes de transmission. Or, selon des responsables cités par Associated Press, une part importante des nouveaux cas échappe encore aux chaînes de contacts déjà identifiées.
Les obstacles ne sont pas uniquement médicaux. Des agents de santé ont subi des violences et des structures de soins ont été perturbées. Des travailleurs d’un centre de traitement en Ituri ont cessé le travail pour réclamer plusieurs mois de salaires impayés, rapporte l’agence. Ces tensions fragilisent la continuité des soins et la relation entre équipes sanitaires et communautés.
La méfiance ne se dissipe pas par des consignes seules. Les rumeurs sur la contamination des sources d’eau, mentionnées dans les récits d’attaques contre des intervenants, montrent l’importance d’une information compréhensible, portée par des relais connus localement. Les chefs communautaires, les soignants, les associations et les autorités sanitaires ont chacun un rôle dans cette relation de confiance, sans que la responsabilité des violences soit déplacée sur les populations.
La souche Bundibugyo pose aussi un défi médical particulier. Selon l’OMS, on ne sait pas encore si le vaccin Ervebo, efficace contre une autre espèce du virus Ebola, protège les humains contre celle-ci. Un essai clinique est donc important pour établir son utilité. En attendant, les équipes s’appuient sur le dépistage, l’isolement, les soins de soutien et la prévention des infections.
Un enjeu transfrontalier pour l’Afrique centrale et de l’Est
Les déplacements entre la RDC et ses voisins rendent la surveillance régionale essentielle. Des cas liés à l’épidémie ont été signalés en Ouganda, au Kenya et au Nigeria. L’OMS avait également confirmé des cas en France, sans transmission active signalée dans ce pays à la fin août. Les bilans et statuts évoluent : les autorités doivent donc distinguer les cas importés, les chaînes de transmission locales et les pays où l’épisode est terminé.
La RDC appartient à plusieurs espaces régionaux, notamment la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). La surveillance aux frontières, l’échange rapide de données et la coordination des laboratoires concernent ainsi des organisations et des pays au-delà de l’Afrique centrale. L’OMS maintient l’épidémie au niveau d’urgence de santé publique de portée internationale et souligne le risque de propagation transfrontalière.
La comparaison historique rappelle l’ampleur du défi, mais aussi la nécessité de manier les chiffres avec précision. L’épidémie de 2018 à 2020 en RDC avait fait 2 299 morts, selon l’OMS. La flambée actuelle a dépassé ce bilan. La prochaine étape dépendra moins d’une annonce nationale que de résultats concrets : des soins accessibles, des équipes rémunérées et protégées, des alertes traitées rapidement et une coopération régionale capable de suivre les déplacements du virus.
Sources croisées : données récentes de l’épidémie rapportées par Associated Press, bilan du ministère relayé par Radio Okapi le 28 octobre 2026, situation et évaluation de l’OMS sur le virus Bundibugyo, repères historiques d’Africa CDC sur Ebola et bilan de l’épidémie congolaise de 2018-2020 publié par l’OMS.