À New York, deux projets concurrents ont échoué en quelques heures. À partir du samedi 31 octobre 2026, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) n’a donc plus de mandat en vigueur. Pour le Maroc, le Front Polisario et les habitants du territoire, cette impasse ouvre une période d’incertitude, sans régler le conflit qui dure depuis des décennies.

Un bras de fer au Conseil de sécurité

La MINURSO avait été créée en 1991 pour accompagner un cessez-le-feu et préparer un référendum sur le statut du Sahara occidental. Ce vote, au cœur du mandat initial, n’a jamais eu lieu. Depuis, le Conseil de sécurité renouvelle généralement la mission chaque année. La dernière prolongation, adoptée en 2025, fixait son échéance au 31 octobre 2026.

Le désaccord s’inscrit dans un contexte régional tendu. Le Maroc considère le Sahara occidental comme faisant partie de son territoire et défend un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. Le Front Polisario réclame l’autodétermination des Sahraouis, notamment par un référendum. L’Algérie soutient le Polisario, tandis que Rabat et Alger restent en rivalité et n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 2021.

Cette rivalité pèse sur l’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation régionale réunissant notamment le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, dont l’intégration demeure limitée. Le différend autour du Sahara occidental dépasse donc le face-à-face entre Rabat et le Polisario : il affecte aussi les relations entre voisins et les perspectives de coopération nord-africaine.

Deux textes rejetés, deux logiques opposées

Le vendredi 30 octobre, les États-Unis ont soumis au Conseil de sécurité un projet soutenant le plan d’autonomie marocain comme base de règlement. Le texte maintenait aussi une référence à l’autodétermination, mais Moscou a estimé qu’il ne répondait pas suffisamment aux exigences du processus onusien. La Russie a opposé son veto. Selon le compte rendu de l’Associated Press, onze membres ont voté pour le projet américain, trois se sont abstenus et la Russie a voté contre.

Moscou a ensuite présenté un texte concurrent qui visait à prolonger d’un an le mandat de la MINURSO. Celui-ci n’a recueilli que trois voix favorables ; les États-Unis ont voté contre et onze membres se sont abstenus. Il n’a donc pas atteint les neuf voix nécessaires à son adoption. Les deux échecs, confirmés par des comptes rendus distincts de la séance, ont laissé la mission sans renouvellement. Le mandat précédent arrivant à échéance le lendemain, son avenir immédiat est devenu incertain.

Le compte rendu du Conseil de sécurité de l’ONU confirme la tenue de la réunion consacrée au Sahara occidental le 30 octobre. L’Associated Press rapporte les résultats des deux votes. La presse marocaine, dont Le Desk, a également rendu compte du rejet du texte russe et de l’expiration du mandat.

Un revers diplomatique, pas un règlement du conflit

Rabat a salué la non-reconduction comme une évolution favorable à sa position. Le Cabinet royal a présenté la décision comme un pas vers la clôture du dossier à l’ONU, selon SNRT News. Mais la fin du mandat ne vaut ni reconnaissance internationale nouvelle de la souveraineté marocaine, ni accord politique avec le Polisario. Elle ne supprime pas non plus le désaccord sur la manière d’exercer le droit à l’autodétermination.

Le blocage met surtout en évidence les limites de la diplomatie au Conseil de sécurité. Les États-Unis ont cherché à faire avancer une formule centrée sur l’autonomie marocaine. La Russie a bloqué ce texte, puis n’a pas réussi à faire adopter sa propre proposition de prolongation. Les votes ont ainsi révélé des désaccords entre membres permanents et une absence de majorité sur la continuité de la mission. Aucun des deux camps diplomatiques n’a obtenu le résultat recherché.

Pour le personnel de l’ONU, l’enjeu immédiat concerne la suite des opérations et les conditions d’un éventuel retrait. Pour les acteurs politiques, la question est de savoir si le Conseil se réunira de nouveau et sous quelle forme. En revanche, l’échec d’un renouvellement ne signifie pas automatiquement qu’une solution de remplacement existe. Les mécanismes de surveillance et de médiation pourraient se trouver fragilisés tant qu’aucune décision nouvelle n’est prise.

Les effets concrets ne sont pas identiques pour tous. Les responsables marocains et le Polisario évaluent la décision à l’aune de leurs objectifs politiques. Les habitants du territoire, eux, restent concernés par l’absence de règlement, les tensions et l’incertitude sur le processus de paix. Les civils et les équipes humanitaires pourraient aussi être touchés si une transition mal préparée compliquait la coordination ou l’accès aux interlocuteurs internationaux. Ces conséquences dépendront toutefois des décisions que prendra l’ONU dans les prochains jours.

Un enjeu pour le Maghreb et l’Union africaine

Le Sahara occidental est inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies. La République arabe sahraouie démocratique, proclamée par le Polisario, est également membre de l’Union africaine, tandis que le Maroc a réintégré l’organisation en 2017. Cette configuration institutionnelle reflète le désaccord continental : elle ne constitue pas, à elle seule, un règlement du statut du territoire.

La MINURSO était l’un des dispositifs internationaux directement consacrés au conflit. Son absence de mandat, si elle se prolonge, risque de réduire les moyens de suivi et d’accroître la pression sur les canaux diplomatiques. Il faut maintenant surveiller toute nouvelle réunion du Conseil, les échanges avec le secrétaire général de l’ONU et les réactions de Rabat, du Polisario et d’Alger. La priorité sera de déterminer si les membres du Conseil peuvent s’entendre sur une continuité opérationnelle ou sur un autre cadre, sans préjuger du statut final du Sahara occidental.