En République démocratique du Congo, la question n’est plus seulement de savoir qui participera à un éventuel dialogue. Il faut aussi déterminer s’il pourra réunir les acteurs politiques et armés sans légitimer la conquête du pouvoir par la force, ni contourner les règles constitutionnelles.
Une opposition entre deux lignes rouges
Réunie à Rome du 26 au 27 octobre 2026, la Coalition Article 64 (C64) a pris position sur deux fronts. Cette plateforme, qui rassemble notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata, a condamné le recours aux armes pour accéder au pouvoir. Elle a, dans le même temps, réclamé un dialogue national inclusif et proposé de rencontrer séparément le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila.
La déclaration intervient alors que Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), coalition politico-militaire associée à la rébellion de l’AFC/M23. La C64 affirme qu’aucune solution militaire ne peut régler durablement la crise. Elle dit vouloir une issue politique, tout en rejetant la prise du pouvoir par les armes, quel qu’en soit l’auteur.
Cette position a été rapportée par l’Agence congolaise de presse et recoupée par plusieurs médias congolais, dont UNE.CD et Enquête.cd. Reuters rapporte également l’appel à des discussions et le refus de soutenir la rébellion. Les rencontres proposées restent, à ce stade, une initiative annoncée par la coalition : aucun calendrier public n’est précisé.
Le dialogue existe déjà comme enjeu politique
La démarche de la C64 s’inscrit dans une crise où plusieurs processus se chevauchent. Félix Tshisekedi a annoncé en août un dialogue national destiné à aborder la paix et la cohésion, mais les groupes armés doivent en être exclus. La coalition d’opposition défend, elle, une formule plus large, avec des discussions autour des conflits, de la gouvernance et des conditions d’un cessez-le-feu.
Cette divergence pose une question pratique : comment inclure les acteurs nécessaires à l’arrêt des combats sans confondre négociation politique et reconnaissance d’une prise de pouvoir par la force ? La C64 ne détaille pas encore les règles de représentation, les garanties de sécurité ni les modalités de mise en œuvre. Sans ces précisions, l’appel reste une orientation politique, pas un mécanisme de paix opérationnel.
La coalition veut également relier le dialogue aux tensions constitutionnelles. Elle rejette toute révision qui modifierait les dispositions protégées par l’article 220, notamment celles concernant le nombre et la durée des mandats présidentiels. Elle s’oppose à un troisième mandat ou à un report du scrutin prévu en 2028. Ces sujets nourrissent la défiance entre pouvoir et opposition ; ils ne se confondent toutefois pas avec les causes du conflit dans l’Est.
Des médiations régionales à coordonner
La C64 demande la relance d’une facilitation africaine associant l’Angola et le Togo, ainsi que la médiation de l’Église catholique et de l’Église du Christ au Congo, réunies dans le cadre de l’ECC-Cenco. Elle appelle aussi à articuler ces démarches avec les discussions de Doha et les autres initiatives internationales.
La région est directement concernée. La RDC est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), deux organisations engagées dans les enjeux de sécurité régionale. Les efforts diplomatiques ne peuvent donc se limiter à Kinshasa : les relations avec les pays voisins, les déplacements de populations et les échanges transfrontaliers pèsent aussi sur l’évolution de la crise.
La coalition réclame l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui porte notamment sur le retrait des forces rwandaises et la fin de leur soutien au M23. Elle demande que les engagements soient assortis d’un calendrier et de mécanismes de vérification. Ce point est essentiel : des annonces diplomatiques sans suivi concret risquent de laisser les civils exposés aux combats et de fragiliser davantage les accords.
Des conséquences qui dépassent les négociations
Pour les habitants des zones touchées par les affrontements, l’enjeu immédiat est la sécurité : arrêt des hostilités, protection des civils et accès humanitaire. À Kinshasa, le débat porte aussi sur les libertés politiques, la confiance dans les institutions et la tenue du prochain cycle électoral. Les conséquences ne sont donc pas les mêmes pour les populations de l’Est, les acteurs politiques de la capitale et les communautés dépendantes des échanges commerciaux transfrontaliers.
La C64 réclame par ailleurs la fin des arrestations et des entraves visant les activités politiques pacifiques. Elle demande des enquêtes indépendantes sur des violences qu’elle associe aux manifestations des 12 juin et 15 septembre, ainsi que sur la mort d’un homme nommé Lomboto. Ces accusations et demandes émanent de la coalition ; elles doivent être examinées par des enquêtes crédibles avant que les responsabilités puissent être établies.
La portée de l’initiative dépendra désormais de la réponse de Tshisekedi et de Kabila, mais aussi de la capacité des médiateurs africains et internationaux à coordonner leurs démarches. La C64 tente de se distinguer à la fois de la stratégie du pouvoir et de l’option armée. Reste à voir si cette ligne commune peut tenir et déboucher sur des engagements vérifiables, alors que les discussions constitutionnelles, le scrutin de 2028 et la crise sécuritaire avancent sur des calendriers différents.