Des centrales électriques, des voies ferrées ou des réseaux numériques ne se construisent pas sur la seule promesse d’un marché régional. Il faut des financements durables, des projets prêts à démarrer et des garanties capables de rassurer les investisseurs. C’est le défi remis au centre des échanges par la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) à Bruxelles.
Un forum bruxellois, un enjeu ouest-africain
Le président de la BIDC, George Agyekum Donkor, a appelé à mobiliser davantage de capitaux publics et privés pour financer les infrastructures et le développement des compétences en Afrique de l’Ouest. Il s’exprimait le 23 octobre 2026, lors d’un échange de haut niveau du Rebranding Africa Forum à Bruxelles.
La séance portait sur le financement des populations, de la prospérité et de l’intégration régionale. Le thème général de cette 12e édition du forum était consacré aux systèmes de santé africains. Le financement du développement régional s’inscrivait donc dans une réflexion plus large sur les conditions nécessaires à des services essentiels plus solides.
Le cadre régional a évolué récemment. Depuis le retrait effectif du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO, le 29 janvier 2025, l’organisation compte douze États membres. La BIDC, institution financière de la Communauté, indique toutefois intervenir auprès de quinze États membres. La banque et l’organisation politique régionale n’ont donc pas le même périmètre institutionnel.
De l’argent disponible aux projets réalisables
George Agyekum Donkor a cité plusieurs priorités : une énergie fiable, des transports modernes, des infrastructures numériques, l’industrialisation et la formation. Ces secteurs sont liés. Une entreprise industrielle a besoin d’électricité et de routes. Les échanges transfrontaliers dépendent aussi de corridors de transport, de systèmes numériques et de règles qui facilitent le commerce.
Le président de la BIDC a également pointé trois obstacles : le manque de financements à long terme, la perception du risque et la pénurie de projets jugés suffisamment solides pour obtenir un financement. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement de trouver des investisseurs. Il faut aussi préparer les projets, évaluer leurs coûts et leurs retombées, puis répartir les risques de manière crédible.
La BIDC dit pouvoir contribuer à ce travail en structurant les projets et en mobilisant des mécanismes de financement innovants. Sa stratégie Croissance, Résilience et Optimisation, dite GRO, couvre la période 2026-2030. Elle oriente ses investissements vers les infrastructures, l’agriculture, l’énergie et la transformation numérique, avec une attention annoncée à la résilience climatique et au secteur privé.
La banque affirme avoir engagé plus de six milliards de dollars dans plus de 330 projets. Ces financements couvrent notamment l’énergie, l’agriculture, l’industrie, la santé, l’éducation et les services financiers. Ce total donne une indication de l’activité de l’institution, mais ne précise pas à lui seul les montants déjà décaissés, les résultats obtenus ni la répartition des projets entre les pays.
Les effets dépendent de la mise en œuvre
Les infrastructures régionales peuvent réduire les coûts de transport et faciliter la circulation des marchandises. Mais leurs bénéfices ne sont pas automatiques. Ils dépendent des connexions entre les pays, de l’entretien des équipements et de la capacité des entreprises locales à accéder aux marchés et aux financements.
Les projets d’énergie ou de transport peuvent soutenir les activités économiques et créer des emplois. Toutefois, les retombées diffèrent selon les territoires et les groupes sociaux. Les grandes entreprises et les centres urbains peuvent capter rapidement les nouveaux débouchés. Les petites entreprises, les agriculteurs et les populations éloignées des corridors ont besoin d’un accès effectif aux réseaux, aux services et au crédit pour en bénéficier aussi.
Le financement du capital humain, mis en avant par Donkor, renvoie notamment aux compétences et aux services de santé et d’éducation qui permettent aux populations de participer à la transformation économique. Il s’agit d’un enjeu de productivité, mais aussi de répartition des bénéfices : une infrastructure seule ne garantit ni formation, ni emploi stable, ni accès équitable aux services.
La mobilisation de capitaux privés soulève elle aussi des questions concrètes. Les garanties publiques et les financements mixtes peuvent rendre certains projets possibles, mais leur conception doit rendre lisibles les risques assumés par les États et les résultats attendus pour les populations. La qualité de la préparation et du suivi des projets pèsera donc autant que les annonces de financement.
La coopération régionale à l’épreuve des résultats
La stratégie de la BIDC intervient dans un contexte où les besoins en investissements dépassent souvent les ressources disponibles dans chaque pays pris séparément. Les réseaux électriques, les routes et les échanges numériques fonctionnent mieux lorsqu’ils relient plusieurs économies. La coopération régionale peut ainsi donner une échelle plus importante aux projets et aux marchés.
Mais les changements institutionnels au sein de la CEDEAO compliquent la lecture de cette intégration. La BIDC conserve un mandat couvrant quinze États, tandis que la Communauté en compte douze après le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger. La capacité à financer des projets qui servent effectivement plusieurs pays sera un indicateur important de la continuité des liens économiques régionaux.
À Bruxelles, Donkor a appelé les gouvernements, les partenaires au développement, les investisseurs institutionnels et les entreprises à renforcer leur coopération. La prochaine étape sera moins la formulation de priorités que leur traduction en projets financés, achevés et accessibles. Le volume engagé par la banque, les infrastructures mises en service et les retombées pour les populations permettront de mesurer cette progression.