À Durban, la sécurité des habitants et celle des ressortissants étrangers se retrouvent au cœur d’une même urgence. À quelques jours des élections municipales sud-africaines, la présence de soldats doit soutenir la police, tandis que les tensions autour de l’asile exposent les limites d’une réponse mêlant maintien de l’ordre et gestion migratoire.

Une échéance électorale sous tension

Le scrutin municipal est fixé au mercredi 4 novembre 2026. Il concerne la gestion des villes et des municipalités, des services de proximité à l’aménagement local. Dans ce contexte, les incidents à Durban, capitale économique du KwaZulu-Natal, donnent une dimension politique immédiate aux débats sur l’immigration et la sécurité.

La province porte aussi la mémoire de violences graves. En 2008, des attaques xénophobes dans plusieurs régions du pays ont fait des dizaines de morts et déplacé des milliers de personnes. En 2015, de nouvelles violences ont conduit au recours à l’armée. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples rappelle cette répétition dans son examen des attaques visant des ressortissants d’autres pays africains.

Le sujet dépasse les frontières sud-africaines. Les déplacements de personnes, les liens économiques et les échanges régionaux concernent notamment les pays voisins d’Afrique australe et les États dont des ressortissants vivent en Afrique du Sud. La SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, constitue le cadre régional de coopération, mais la gestion de l’asile reste aussi encadrée par le droit sud-africain et les engagements internationaux du pays.

510 militaires en appui à la police

Le président Cyril Ramaphosa a autorisé le déploiement de 510 membres des Forces nationales de défense sud-africaines dans le KwaZulu-Natal, en soutien à la police. L’opération, appelée Operation Prosper, a commencé le 9 octobre et doit se poursuivre jusqu’au 30 novembre, selon la présidence sud-africaine.

Le coût prévisionnel annoncé s’élève à 34 082 720 rands. La présidence indique que les militaires doivent aider au maintien de l’ordre et rester disponibles en cas de nouveaux incidents. Cette décision s’inscrit dans le cadre constitutionnel qui permet leur déploiement pour soutenir les forces de police. La communication officielle sur le déploiement militaire précise sa durée, ses effectifs et son budget.

Le calendrier de l’opération précède le scrutin, mais les autorités n’ont pas présenté le déploiement comme une mission de supervision électorale. Il vise les troubles et les risques de violences dans la province. La différence importe : l’armée appuie la police, tandis que la conduite des élections relève de la Commission électorale indépendante.

La tension s’est ravivée après une décision de la Cour constitutionnelle sur l’accès à la procédure d’asile. Le 9 octobre, des manifestations anti-immigrés ont dégénéré à Durban et dans la région de Johannesburg, avec des commerces ciblés et des véhicules incendiés, selon plusieurs comptes rendus sud-africains. Le ministère de l’Intérieur a ensuite retiré une directive administrative liée à la reprise du traitement des demandes. Ce retrait n’annule pas le jugement de la Cour, rappelle la Commission sud-africaine des droits de l’homme.

La Commission explique que la décision constitutionnelle interdit d’écarter une personne de la procédure d’asile pour certains seuls obstacles administratifs, sans examen de sa situation. Elle ne confère pas automatiquement le statut de réfugié. La distinction est essentielle, car la confusion autour du jugement a alimenté des rumeurs et des mobilisations hostiles. La Commission sud-africaine des droits de l’homme a appelé au calme et condamné les violences.

La protection des personnes, enjeu immédiat

Le 22 octobre, un ressortissant étranger a été mortellement agressé lors d’une marche à Durban, selon la police, citée par l’agence Associated Press. La chaîne publique sud-africaine SABC a également rapporté le décès et les déclarations policières. Les circonstances et le mobile doivent rester attribués aux autorités tant que l’enquête n’a pas établi les faits. Cet homicide souligne le risque concret auquel sont exposées les personnes prises pour cible en raison de leur origine ou de leur statut migratoire.

Pour les habitants des quartiers concernés, les pillages et les incendies menacent les commerces, les emplois et les déplacements quotidiens. Les petites entreprises, sud-africaines comme étrangères, peuvent être particulièrement fragilisées lorsqu’elles dépendent de leur activité de proximité. Les personnes étrangères, elles, peuvent craindre les agressions ou hésiter à solliciter les services publics. Le maintien de l’ordre ne répond donc pas, à lui seul, aux questions de protection, d’accès à l’asile et de désinformation.

Le déploiement militaire pose aussi une question de durée et de rôle. Les soldats sont annoncés en appui, mais la police demeure chargée de l’application ordinaire de la loi. L’efficacité de l’opération se mesurera à sa capacité à prévenir de nouvelles violences, sans transformer la présence militaire en réponse permanente à des tensions sociales et politiques.

Un test pour les institutions et la région

À Pretoria, le gouvernement doit tenir ensemble trois exigences : faire respecter les décisions de justice, assurer la sécurité des personnes et gérer les procédures migratoires. Le retrait d’une directive après des manifestations violentes peut brouiller la compréhension du droit et nourrir l’idée que l’intimidation permet de modifier une politique publique. À l’inverse, une procédure d’asile débordée ou mal expliquée peut alimenter les tensions locales.

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples inscrit les attaques xénophobes en Afrique du Sud dans une histoire qui comprend les violences de 2008 et celles de 2015. Cette lecture continentale rappelle que les conséquences ne s’arrêtent pas aux frontières : les pays d’origine des victimes suivent la sécurité de leurs ressortissants, tandis que les gouvernements de la région doivent préserver la coopération et éviter que des actes de violence ne deviennent un contentieux diplomatique.

Dans l’immédiat, les prochaines étapes à observer sont la fin du déploiement prévue le 30 novembre, le traitement concret des demandes d’asile après le retrait de la directive et la réponse policière aux agressions. Le scrutin municipal du 4 novembre place ces enjeux au premier plan, sans que les violences contre des étrangers puissent être réduites à un simple épisode de campagne.